[les Wampas] pas trop vieux
Date : samedi 3 octobre 2015
Les horaires ont été annoncés longtemps à l’avance, histoire que chacun sache à quelle heure arriver pour ne rien rater, et c'est donc à 18h45 pile que les quatre membres de Tagada Jones arrivent sur scène, après une longue intro musico-radiophonique sur laquelle on entend la marseillaise de Mireille Mathieu exploser en vol (ça fait plaisir !). Sans être un inconditionnel du groupe, je le suis de plus ou moins près depuis pas mal d'années, que ce soit en version live ou studio, et si je n'ai sans doute pas écouté l'intégralité de sa discographie, j'arrive devant la scène avec un a priori largement favorable, et ce ne sont pas les 45 minutes proposées qui vont inverser cette tendance. Car si le public encore légèrement clairsemé a des allures fortement métalleuses (les t-shirts Hellfest sont légion, par exemple), la musique proposée, ouvertement hardcore, possède cette énergie qui permet de dépasser des sonorités qui pourraient ne pas forcément me faire vibrer. Le chant, plutôt varié, permet la plupart du temps de bien comprendre les paroles, et c'est plutôt une bonne chose car elles sont en français, déjà, et elles sont pour le moins intéressantes, virulentes, mais sans que le set ne tourne jamais au meeting, de toutes façons on sent que les aficionados sont en cohérence politique avec les musiciens, et comme le timing est serré on ne s'éternise pas en explications. Le groupe assume ses origines bretonnes avec un yec'hed mad que le chanteur nous traduit par "à ta santé", histoire de ne pas toujours plomber l'ambiance, mais les titres des chansons, ainsi que leurs refrains ("tout est sous contrôle" pour tout va bien, "regarde refuse résiste" pour instinct sauvage) ne laissent aucune place au doute sur l'engagement du groupe. On a droit à quelques références précises, au 7 janvier par exemple, et les spectateurs, de plus en plus denses, semblent de plus en plus pris par le spectacle proposé, et la fin du show est l'occasion d'un (bel) hommage appuyé aux Béru, avec un karim & juliette ouvertement (outrageusement ?) basé sur vivre libre ou mourir, le groupe tournant depuis vingt ans sans renier ses idéaux ni ses références de l'époque. Une belle démonstration, donc, qui donne envie de revoir les Tagada Jones sans laisser 6 ans s'écouler, comme je venais de le faire...
Set-list Tagada Jones
- De l'amour et du sang
- Instinct sauvage
- Yec'hed mad
- Descente aux enfers
- Tout va bien
- Zéro de conduite
- Cargo
- Je suis démocratie
- ??
- Plus de son, plus d'image
- Karim & juliette
Le temps de changer la configuration de la scène, et c'est un autre quatuor qui arrive devant nous, encore plus ancien puisque le chanteur Charlie Harper, 71 ans aux dernières cerises, a fondé le groupe UK Subs il y a bientôt 40 ans, et demeure le seul membre d'origine en place, même si le bassiste Alvin Gibbs est arrivé peu après. Le batteur aux cheveux bleus et le guitariste aux cheveux bicolores (je ne saurais exprimer cela différemment) sont donc les deux petits jeunots, et ils assument avec fougue ce léger fardeau, tandis qu'Alvin assure encore excellemment son rôle de métronome dans le groupe. Et Charlie, me demanderez-vous ? Affublé d'une chevelure verte (des restes de son ancien métier de coiffeur ?) et d'un t-shirt Ramones bleu, il ne fait pas vraiment son âge, est loin de demeurer en place, et montre que la légende est encore en vie, et sacrément même ! Musicalement, on est bien dans la ligne que le groupe suit depuis ses débuts, un punk anglais flirtant parfois avec le blues (l'harmonica est de sortie, à l'occasion) ou avec le hardcore (le guitariste n'en fait tout de même pas trop dans le maniement de sa six-cordes), la limite de l'exercice tient finalement au fait que pas mal de titres se ressemblent fortement, et qu'il m'est compliqué d'établir une set-list avec le peu d'aide apportée par le groupe et son chanteur (l'accent est parfois compliqué à interpréter), hormis sur quelques nouveaux titres cités in extenso. Il faut dire également qu'en une quarantaine d'années, la discographie est imposante, et que le groupe tapant à peu près dans toutes les époques, il faut être un fin connaisseur pour s'y retrouver, ce que je ne suis pas... Cela n'empêche nullement le set de se dérouler, plutôt plaisamment, le public prenant le temps d'écouter et d'apprécier la prestation, réagissant plus nettement sur la fin, avec les interprétations de warhead ou stranglehold, et si parfois on a pu avoir le sentiment d'un manque de communication entre musiciens et spectateurs, c'est sans doute dû à une totale inutilisation de la langue française par Charlie, qui en dépit de son extrême gentillesse ne fait pas vraiment d'efforts de ce côté-là. Peu importe, on passe de nouveau 45 minutes très agréables, moins interactives que lors du set de Tagada Jones, mais cela complète une affiche plutôt incroyable sans en faire baisser le niveau : après le groupe durant depuis 20 ans et celui qui sévit depuis 40 ans, il ne reste plus qu'à attendre que la tête d'affiche se mette en place, elle qui s'amuse et nous amuse depuis trente ans...
Set-list UK Subs
- Sick velveteen
- You don't belong
- ??
- ??
- Down on the farm
- Hell is other people
- Monkeys
- Emotional blackmail
- Eighteen wheels
- This chaos
- Fear of girls
- Suicidal girl
- ??
- ??
- Warhead
- Riot
- Stranglehold
- Disease
Là encore, le timing est tenu à la minute près, d'ailleurs Didier annonce la couleur d'entrée, après l'habituelle intro rock'n'roll de Gary Glitter l'immonde, les Wampas devront avoir quitté la scène à 22h30, ce qui laisse tout de même 90 minutes devant nous... On le sait, après plus de 20 ans de fidèle collaboration Phil a lâché sa guitare cette année, et on sentira tout au long du set une nette différence dans le son du groupe, moins puissant, moins léché également, sans doute un peu plus punk donc, cela pourra parfois surprendre, mais on ne va pas se plaindre de voir un groupe continuer à évoluer... Didier, sous son bandana, arbore un superbe t-shirt doré "Lynyrd Skynyrd" (vive les transports aériens !), et semble à la fois heureux d'être là et un poil tendu, ce n'est pas vraiment l'habitude du bonhomme, on remarquera de temps à autres des parties non chantées, soit par oubli apparent des paroles, soit le plus souvent par interférences diverses, qu'il s'agisse d'aller shooter dans un dé géant en plastique ou de regarder ce qui se passe derrière, étant donné que la scène sera constamment envahie par des spectateurs désireux de pratiquer le stage-diving, voire plus si affinités (on y reviendra).
Histoire tout de même de montrer que la soirée s'annonce particulière, c'est avec j'ai quitté mon pays que cela démarre, autant dire que l'on pioche déjà dans les albums assez anciens (aucun album ne sera oublié dans la set-list, ce qui commence à devenir un exploit lorsqu'on en a 11 au compteur !), histoire de chauffer le public qui n'en attendait pas moins, et si par la suite c'est le petit dernier "...font la gueule" aura la part belle avec 8 titres, et les spectateurs n'ayant pas forcément suivi l'intégralité de la carrière du groupe auront toujours à un moment ou à un autre l'occasion de se retrouver en terrain connu. On a également droit à des titres que l'on n'attendait pas du tout dans la set-list, comme ce les wampas sont la preuve que dieu existe qui s'y insère parfaitement, ou un chirac en prison qui n'a pas vraiment perdu de son acuité, même si le nom de Chirac pourrait tout aussi bien être échangé avec pas mal d'autres. Comme toujours (même blessé, il l'avait fait l'an passé) Didier ne peut s'empêcher d'aller faire son petit tour dans la salle, que ce soit debout sur les spectateurs, ou porté sur une caisse de matériel (dw, avec des difficultés au niveau du pied de micro) ou sur une chaise (il s'agit selon lui "du pire porté de chaise de tous les concerts parisiens" - on ne le sent pas forcément rassuré, à dire vrai), voire en slammant (pour la sortie finale du concert). Lors des - rares - moments de flottement, le public scande le sempiternel "didier wampas est le roi", histoire de ne jamais laisser le soufflé retomber, et souvent les paroles sont reprises en chœur, un concert des Wampas est un échange, et celui de ce soir ne déroge pas à la règle.
On l'a dit, il y a beaucoup de slammeurs qui grimpent sur la scène avant de s'élancer dans (ou sur) le public, certains (et certaines) en profitent pour dévoiler leurs postérieurs, à l'extrême stupéfaction / gêne des spectateurs les plus jeunes, le spectacle est donc permanent, il ne s'agit pas de s'endormir ou d'aller recharger ses batteries hors de la salle sous peine de manquer une scène cocasse ou intrigante. On a ainsi droit, sur un shalala inespéré, à la disparition de Didier, qui réapparaît descendant les marches illuminées du Casino, c'est un remake de Sid Vicious interprétant my way, d'ailleurs Didier arbore une veste blanche de costume, même si tous les spectateurs n'auront sans doute pas fait le lien, peu importe, ce genre de petites private jokes fait plaisir à ceux qui les comprennent ! Bien sûr, manu chao fait un carton, c'est incontournable, mais il en est de même pour les bottes rouges, par exemple, et si le public sait ce qui l'attend lorsque Didier fait monter sur scène le petit Octave ("un prénom de fils de bobo"), le plaisir reste intact lorsque les premières mesures de ce soir c'est noël arrivent jusqu'à nos oreilles. Il s'agit d'ailleurs de la fin du set, ou du moins de sa partie principale, on est en à 69 minutes de set, et la sortie des musiciens est rapide, tout comme leur retour, puisqu'il ne reste que 20 minutes avant l'extinction des feux.
En guise d’ouverture de rappel, c'est l'aquarium tactile qui remet tout le monde dans le bain, c'est loin d'être une mauvaise idée au vu de l'enthousiasme général, mais le fameux titre récent c'est pas moi qui suis trop vieux... ne fait pas baisser l'ambiance non plus, et que dire de la suite ? Un petite fille sur lequel la gente féminine est appelée à grimper sur scène, avec un gros bémol lorsque les videurs décident de les en empêcher, ce qui gâche la fête de certaines très jeunes filles, mais avec revanche on en voit deux qui la prennent puisque ce sont les deux plus jeunes slammeuses (les jeunes garçons ont été plus téméraires) de la soirée qui se laissent porter jusqu'à la console pour un souvenir inoubliable, précédant de peu Didier qui s'échappe par le hall après un for the rock qui clôt les débats après 88 minutes de concert. Comme toujours, c'était bien, foutraque, plaisant, flirtant parfois avec le n'importe quoi, mais l'essentiel est atteint, lorsque les lumières se rallument on ne voit que des sourires sur les visages, et c'est bien tout ce qu'on attendait en entrant dans la salle. Et comme toujours, on n'attend plus que la prochaine date francilienne pour en reprendre notre dose au minimum annuelle...
Set-list Wampas
- J'ai quitté mon pays
- Je voudrais
- Les ravers de spezet
- C'est l'amour
- Les wampas sont la preuve que dieu existe
- Marfa
- Yeah yeah
- Chirac en prison
- Rimini
- Victoria
- Julie london
- Comme un punk en hiver
- Shalala
- Manu chao
- Le fest-noz d'halloween
- Rising
- Dw
- Valérie
- Oï
- Les bottes rouges
- Joëlle
- Ce soir c'est noël
- Rappel : L'aquarium tactile
- C'est pas moi qui suis trop vieux, votre musique c'est vraiment de la merde
- Petite fille
- Revanche
- For the rock
La suite, ce sera dès mardi, avec le retour de PIL (au Trianon), puis Frustration à Ivry vendredi précédant les Washington Dead Cats samedi à la Maro : l'automne est musicalement une bonne période !