[The Legendary Tiger Man] dance craze
Date : mercredi 20 mai 2015
Le Petit Bain est loin d’être rempli en ce mercredi soir tristounet, on craint même de n’avoir qu’une demi-jauge, mais que l’on se rassure, il y aura une arrivée en masse entre la première partie et la tête d’affiche, ce qui permettra de friser le sold-out, avec un public très mixte, plutôt jeune et enthousiaste, comme quoi les invités ne s’avèreront pas si nombreux que cela, ou bien ils auront été submergés par l’ambiance qu’aura réussi à créer notre ami Paulo…
Mais n’anticipons pas trop, il y a une première partie, c’est Cleo T qui s’y colle, et on ne peut pas dire que le morceau introductif me transporte particulièrement, le genre de cha-cha-cha quelque peu passe-partout interprété par la scintillante chanteuse-claviériste et ses deux acolytes (un trompettiste qui gèrera également les percussions et la scénographie, un violoncelliste qui empoignera une guitare par la suite) serait même du genre à m’envoyer attendre la fin près du bar… Sauf que, sous ces apparences guère reluisantes (on frisera la variétoche plutôt cheap un peu plus tard), pointent quelques évocations insoupçonnées qui remettent la prestation sur de meilleurs rails. En particulier, sous des couverts d’électro gentillette pourrait émerger l’image (et le son) des Elles, en moins drôle évidemment, mais ce côté décalé permet de rester jusqu’au bout (oui, même le dernier titre en « bontempi style ») de ces 35 minutes d’un set qui ne m’aura pas fait sauter au plafond mais qui aura offert une tranquille séance de chauffe à un public plutôt attentif mais sans excès de zèle.
Car le plat de résistance, c’est bien la prestation de The Legendary Tiger Man, le one-man-band portugais que l’on connaît bien après avoir déjà assisté à une demi-douzaine de prestations, en solo véritable ou trio, et ce soir c’est un mix solo-duo auquel nous allons avoir droit. En effet, le Paulo arrive seul sur scène, avec sa guitare, peu après 21h30, et entame un gonna shoot my woman bien blues, assez calme, histoire de prendre la température de la salle, avant d’aller s’installer derrière sa batterie pour un walkin’ downtown bien plus marqué, rythmiquement parlant, puis un naked blues sur lequel l’écran géant derrière la scène diffuse une vidéo adaptée, pleine de glaise et de fureur, qui correspond bien à la musique proposée. On l’a senti très vite, le public accroche totalement à ce qui lui est proposé, cela met à bas (et tant mieux !) mes craintes concernant un taux d’invités supérieur à la moyenne, et si les premiers morceaux (tirés d’anciens albums) en solo ont fait frémir les foules, que dire de ceux qui vont suivre, alors qu’il se trouve désormais accompagné d’un batteur ? Ceux qui pensaient qu’on était déjà au pic du concert se trompent lourdement, car en abordant en duo les titres de son dernier opus en date (« true »), c’est à un regain d’énergie que nous sommes conviés, le son prend encore plus d’ampleur, et le chanteur qui ne se perd pas en digressions oiseuses est concentré sur son jeu, royal, et prend juste le temps de présenter succinctement ses morceaux. On le sait, wild beast est habituellement une tuerie, il ne déroge pas à la règle ce soir, mais on pourrait en dire autant de la quasi-totalité de la set-list ! Lorsque le Tiger Man s’assied derrière sa batterie, il en profite pour bidouiller quelques sons, histoire de créer une ambiance encore plus électrique, et comme le batteur doit être payé au litre de sueur, inutile de dire qu’il ne ménage guère ses efforts, et que cela s’entend : en finesse ou plus brutalement, c’est un vrai plus, soniquement parlant, et on ne parle même pas des quelques coups de gong qui marqueront durablement certaines oreilles sensibles… L’utilisation des vidéos est efficace, mais parcimonieuse, histoire de ne pas tomber dans la routine ni empêcher le spectateur lambda de se concentrer sur ce qui se passe sur scène, on a ainsi droit à & then came the pain ou honey, you’re too much, la nudité ne fait peur à personne et c’est tant mieux, mais l’utilisation de l’écran prend une ampleur particulière avec l’apparition de Lisa Kekaula pour the saddest thing to say, la preuve en direct qu’on peut faire un mélange de virtuel (les images et la voix de Lisa) et de réel (la musique jouée sur scène) qui ne semble pas figé. C’est même un des moments forts de la soirée, mais cela est sans doute aussi dû à la voix inimitable de Lisa.
Même seul avec sa guitare, le Tiger Man peut envoûter sans beaucoup d’artifices, sa version du twenty flight rock (Eddie Cochran) toute en demi-mesure frise la perfection, mais ce n’est qu’une pause dans le set. Abordant la quasi-totalité de ses albums, avec beaucoup de « true » et « femina » dedans, c’est sur les derniers morceaux que le set part totalement dans le merveilleux : seul avec sa guitare, assis derrière sa batterie, the Legendary Tiger man nous envoie ainsi un crawdad hole irrésistible, puis un bad luck r’n’b machine à 100 à l’heure, qu’il agrémente d’une reprise d’Hasil Adkins (she said, bien connue des crampsophiles) pas loin d’égaler l’originale, avant de nous laisser croire à une fin tranquille. Que nenni, la reprise du these boots are made for walking, avec Cleo T en guise de choriste de luxe surexcitée, n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, on est loin de l’original pour le coup, le retour du batteur y est pour beaucoup, et que dire du final 21st century rock’n’roll ? c’est simplement l’apothéose, un titre étiré sur presque 15 minutes, avec des larsens en veux-tu en voilà, des échanges incisifs entre le batteur et le chanteur-guitariste, on fait même durer le plaisir avec le public, certains sont en transe dans la fosse, Paulo finit sa bouteille de bourbon en se la vidant sur le crâne, autant dire qu’on sort rincé de ces 85 minutes intenses et intégralement réussies. Mais comme on ne peut finir sur tant de violence, the Legendary Tiger Man finit par revenir nous offrir une dernière douceur, un petit duo virtuel avec Asia Argento sur life ain’t enough for you, ce qui permet de calmer tout le monde et de finir en beauté, on vient de prendre plus d’une heure et demie de plaisir immense, et on comprend que le chanteur mette un peu de temps avant de rejoindre ses fans au stand de merchandising après le concert ! Là, il prend le temps de dédicacer, discuter, et sa gentillesse achève le tableau d’un artiste décidément incontournable. J’en connais qui ont bien de la chance de pouvoir le voir ce jeudi soir à la cave aux Poètes…
Set-list :
- Gonna shoot my woman
- Walkin’ downtown
- Naked blues
- Wild beast
- Storm over paradise
- & then came the pain
- Gone
- Twenty flight rock
- My heart, safe at home
- Honey, you’re too much
- Dance craze
- The saddest thing to say
- Crawdad hole
- Bad luck rhythm’n’blues machine/She said
- These boots are made for walking
- 21st century rock’n’roll
- Rappel : Life ain’t enough for you
La suite, c’est à la Mécanique Ondulatoire dès ce jeudi (Roubaix n’était pas une option raisonnable), avec les Norvins et les Cynics.