[Slaves] beauty quest
Date : mercredi 6 août 2014
En plein mois d’août, il est difficile de se trouver des concerts intéressants à se mettre sous la dent, alors la moindre occasion est bonne, par exemple on ne crache pas sur une soirée alléchante à la Plage du Glaz’Art, même un mercredi soir où les trombes d’eau ne se calment que pour laisser la place à des averses bien drues…
Qu’on se rassure, les organisateurs ont décidé de déplacer le concert de « la Plage du Glaz’Art » au « Glaz’Art » tout seul, bref le concert en plein air se retrouve en salle, et on ne s’en plaindra pas, en dehors de l’atmosphère lourde qui y règne, tandis que les nez les plus délicats auront du mal à s’habituer au fumet (version vieille chaussette) qui embaume les lieux.
Patientant sur la terrasse (bien aérée !), on en louperait presque la première partie, et cela aurait été plus que dommageable, tant la prestation des Rennais de Dead nous aura bluffés ! Pensez : un trio chant-guitare-mini claviers/boîtes, qui œuvre en version quasiment autiste (le chanteur et le bidouilleur sous les capuches, un seul vague « merci, au revoir » en fin de set…) devant un public qui met le temps avant de se presser devant la scène, sans jamais dépasser la cinquantaine d’individus, on a du mal à imaginer qu’il puisse se passer quelque chose d’extraordinaire, et pourtant c’est bien le cas ce soir. D’abord, le chant, souvent quasi sépulcral, évoque indubitablement celui d’Ian Curtis dès le premier abord, mais on n’y voit nulle copie ostentatoire, juste une façon de chanter, et au fil des titres on ne prête plus forcément attention à cette proximité vocale. La guitare, ensuite, est acide, saturée en permanence, et semble se délecter de ses stridences bienvenues, on est proche de la noise noble, celle qui crée l’envie et non l’ennui… Quant au bidouilleur en chef, il crée avec sa boîte et son clavier minimaliste de la transe simili-hypnotique, sans que les sons synthétiques ne nuisent à l’efficacité de l’ensemble, et si le tout nous fait une aussi forte impression, c’est que les références auxquelles on peut rapporter la musique du groupe ne sont pas dégueu : on a cité en creux Joy Division, bien sûr, mais on décèle également de fortes touches de She Wants Revenge, par exemple, et des sonorités qui ne dépareilleraient pas dans un set d’Alien Sex Fiend !
Cerise sur le gâteau, la reprise de l’immortel i wanna be your dog (Stooges) est totalement singulière, tant on a l’impression qu’elle est jouée sans rythme, on adore ce détournement qui offre une dimension supplémentaire à ces 45 minutes inventives, très réussies, dont on se demande bien pourquoi le trio craignait de ne pas être à sa place dans cette soirée ! Et il y aura le 10 octobre une séance de rattrapage au Bus Palladium, pour ceux que cela peut intéresser…
Le temps de passer au merchandising, de remplir les verres, et c’est le duo anglais Slaves qui arrive sur scène, dans des tenues légèrement plus décontractées qu’à la Gaîté Lyrique en mars (en clair, les chemises blanches et empesées ont été laissées au vestiaire), mais l’énergie qui caractérisait la prestation en première partie des BRS n’a elle pas été oubliée, bien au contraire : le jeu de guitare est toujours aussi rentre-dedans, tandis que le jeu de batterie (debout) semble encore plus dur, les cymbales ne sont pas oubliées, et le son général du groupe a acquis une crudité certaine qui crée un son bien plus sale, ce dont personne ne se plaint ! Alors, cette accentuation du jeu primal/primaire/primitif ( ?), si elle peut en surprendre quelques uns, ne peut que satisfaire la majorité des spectateurs qui ont fini par rentrer dans la salle, sans vraiment atteindre un nombre exceptionnel vu qu’on n’en dénombrera guère plus d’une centaine… Les deux chanteurs (même si le batteur en détient la charge principale) sautent partout, ils seront assez rapidement torse nu, laissant apercevoir de nombreux tatouages chez le guitariste, et si la plupart des titres sont issus du premier album ou du 45T de la même période (okay, she grew old…), on a droit à un titre du futur nouvel opus (it’s 7 am), qui ne laisse transparaître nul adoucissement dans la musique du groupe, et qui augure même de belles soirées à venir lorsque le duo reviendra jouer à Paris. Car apparemment le groupe est très excité d’être ici, nous promet de revenir rapidement, ce qui est un gage de bonne soirée future, étant donné que les presque classiques continuent à tout emporter sur leur passage (where’s your car debbie ?, le toujours hilarant girl fight, qui permet au chanteur de disserter dans la fosse sur le fantasme de la bagarre de filles…), et qu’il n’y a pas un seul instant de repos dans la set-list du groupe : ici, nul ne doit compter sur du calme, il faut envoyer du speed, de l’énergique, et il n’y a nulle tromperie sur la marchandise !
Alors oui, on aurait préféré en avoir plus que les 45 minutes syndicales, mais ne nous plaignons pas, une soirée gratuite avec les deux concerts d’excellent niveau auxquels nous avons assisté ne doit laisser aucun regret, et ce ne sont pas les discussions (post-concert) éminemment sympathiques avec les membres de chacun des deux groupes qui infirmeront le sentiment de plénitude qui nous aura envahi ce soir. Le mois d’août, finalement, peut être l’occasion d’assister à de bons concerts à Paris, contrairement à ce qu’on craignait il y a encore quelques jours !
Set-list (très) partielle de Slaves :
- ??
- She grew old
- Live like an animal
- ??
- Okay
- Where’s your car debbie ?
- ??
- Girl fight
- Ceasefire
- White knuckle ride
- It’s 7 am
- Beauty quest
La suite, ce sera assurément Rock en Seine, d’ici 15 jours, mais peut-être y aura-t-il un retour sur la Plage du Glaz’Art dès mercredi prochain, avec les Protomartyr en provenance directe de Detroit…