[Ministry] the final countdown ?
Date : 28 juillet 2012
Samedi soir du milieu de l’été, le Bataclan affiche une belle contenance, même si l’étage reste inutilisé, et c’est un public très looké, dans une allure “filles perdues cheveux gras” (mais sans trop de filles, pas forcément perdues d’ailleurs) et surtout cheveux longs, qui s’est précipité dans la salle moins surchauffée que nos dernières expériences le laissaient craindre, ce qui est toujours ça de gagné...
Une heure après l’ouverture des portes, c’est un quatuor norvégien, Djerv, qui arrive sur scène, et les premières notes que le batteur, les deux guitaristes et le bassiste nous proposent laissent augurer du tout bon, avec une solide influence Killing Joke... Malheureusement, cette impression ne dépasse pas les 17 secondes (sur une quarantaine de minutes de set), car les choses se gâtent sérieusement dès l’apparition de sa peroxydée chanteuse à coiffure Tokio Hotel : en dehors du fait que la musique s’alourdit d’un coup, ce qui ne déplaît pas forcément aux spectateurs métalleux, la gestuelle caricaturale de la donzelle (souvent l’attitude dite de “la proue de drakkar”, et parfois le balayage du sol avec sa chevelure), ainsi que l’abus de tentatives vocales extrémistes vouées à l’échec font que la passion retombe d’un coup. Sans aller jusqu’à détester la musique proposée, elle a fortement tendance à traverser la boîte crânienne sans laisser de traces au passage, le nom (“audacieux”, en norvégien) est trop ambitieux, et on se dit que les Norvégiens seraient bien plus à leur place en première partie des Suédois d’Europe, dans quelques mois au même endroit...
Pas le temps de s’endormir, puisqu’il est 20h30 précises lorsque Ministry arrive sur scène, dans un déluge de bruit et d’images, puisque l’écran vidéo situé derrière le batteur sera en permanence utilisé, en même temps d’ailleurs que certaines parties vocales pré-enregistrées (les chœurs, en particulier), ce qui est intéressant quoique parfois déroutant... Un départ sur les chapeaux de roues avec i’m not dead yet, et ensuite les titres vont s’enchaîner à grande vitesse, les musiciens sont visiblement habitués à gérer leur taf au millimètre près, et le vieux Al est censé gérer la partie vocaux+interaction avec le public... Je dis “censé”, car vu la façon dont il titube dès son arrivée sur scène, et étant donné qu’il utilise son pied de micro et son pupitre pour tenir debout, on doute de ses capacités à tenir la distance, et à nous proposer un concert inoubliable... Cela se confirme d’ailleurs lorsqu’il commence à nous parler en espagnol, visiblement il a dû oublier qu’il était à Paris, et que les Français ne sont pas doués pour le multilinguisme ! Mais le principal souci est ailleurs... On a déjà parlé des vidéos et des parties vocales enregistrées, et au fur et à mesure des morceaux le doute devient de plus en plus important : Dans son état, et étant donné la façon dont le son est agencé, ne sommes-nous pas en train d’assister à un concert en playback ? Certains (beaucoup) le nieront, il n’empêche que le malaise s’approfondit au fil des minutes... Et comme le son est assez affreux, on a du mal à distinguer les différences entre les divers titres, en dehors des refrains et des images choc qui défilent ! Ajoutez à cela une omniprésence de Bush, qui a pourtant lâché les rênes du pouvoir il y a 4 ans, et on se dit que, sans doute, Ministry, c’était mieux avant... Alors, lorsque Al quitte inopinément la scène, et que le groupe joue un titre clairement sans chanteur, les doutes commencent à se changer en amertume, et il n’y a guère de surprise lorsque les musiciens eux-mêmes quittent la scène... sauf que cela ne fait que 40 minutes que la bouillie a commencé, et que la blague est un peu douteuse ! L’un des organisateurs s’empare du micro, pour demander 10 minutes de patience, puis passé ce délai réitère sa demande, et enfin finit par avouer qu’Al a été hospitalisé, et que la soirée se termine donc en eau de boudin, à 21h25 à peine... Commencer par i’m not dead yet, et finir comme cela, c’est quand même très fort. Alors, dans l’attente de savoir si le concert sera reprogrammé ou remboursé, ce “Defibrillatour” au nom prédestiné commence à tomber à l’eau, et ceux qui pensaient que la reformation du groupe n’était pas forcément une bonne initiative ne peuvent être que confortés dans leur opinion. Et on se demande sérieusement si cela vaudra le coup de retourner assister à une telle purge en cas (improbable, mais sait-on jamais) où le concert serait effectivement reprogrammé : il y a tellement de bonnes choses à prévoir d’ici la fin de l’année (Pogues, NoMeansNo, Kid Congo, Gallon Drunk, Killer Ethyl, 80’s Matchbox B-Line Disaster, Joe Jackson, Bat For Lashes, Raveonettes, et j’en oublie, n’en jetez plus !) que cela ne vaut sans doute pas le coup de perdre son temps à voir des groupes (trop) fatigués !
Voilà, la semaine prochaine, il y a Kid Congo qui revient, au Nouveau Casino, et c’est une valeur sûre !