[Gitane Demone / the Crystelles] little dreamer
Date : 2 novembre 2011
En ce mercredi soir, le Klub offre une double affiche : dans la salle du bas, les métalleux (cheveux longs, vestes pleines de patches…) sont invités à partir de 19h, tandis que les goths et darkeux de tous poils sont conviés à partir de 21h dans la salle du haut… Cela tombe bien, ça permet d’arriver plus tard, et encore il faudra attendre pas mal de temps avant que les choses sérieuses ne commencent : une heure de délai entre l’ouverture des portes et le concert, c’est le tarif habituel dans cet endroit toujours sympa…
Etonnamment, l’assistance qui était restée assez famélique jusque là devient très honorable lorsque The Dark Shadows monte sur la petite scène, à croire que le trio d’Australiennes avait caché des supporters dans les loges… Dans une configuration basse-guitare-batterie très classique, les trois donzelles nous proposent leur « Alternatif / Indépendant / Punk » qui a quelque chose d’assez rockabilly dans les sonorités, sinon dans les sons eux-mêmes : j’ai souvent l’impression de me retrouver devant des Stray Cats féminines et dark, mais pas trop, il n’y a pas forcément d’attitude fermée et sombre, la bassiste par exemple passera tout le set à faire des sourires à tout le monde, visiblement elle s’amuse beaucoup à faire ce qu’elle fait ! La chanteuse-guitariste à belle coiffure (le look peut importer, de temps en temps) a ôté ses lunettes de soleil, pourtant elle est plus éclairée qu’avant le concert, et cela lui permet de s’éloigner des stéréotypes dark qui pourraient lui coller à la peau, tout en restant très rock (la batterie est très présente et rythmée), le seul cas de ballade calme étant à mon sens le moment le plus faible du set… Tout cela est assez sympathique, mais il manque tout de même le petit plus qui rendrait le groupe indispensable, peut-être les voix sont-elles un peu faibles, peut-être s’agit-il d’un manque de prise de risques musicaux, le fait est que le concert n’atteint jamais des sphères nirvanesques, restant simplement d’un bon niveau. On notera tout de même une très bonne reprise, celle de l’insupportable eisbär (Grauzone), qui est méconnaissable (et donc très appréciable) dans une version bien plus rock et totalement anti-synthétique, et cet unique OVNI permet de balayer toutes les réticences nées au fil du concert à propos du groupe, qui balance ainsi du côté positif, et qu’on réécoutera à une autre occasion avec un a priori bien plus favorable qu’en début de soirée…
Pas trop de perte de temps avant que le groupe suivant ne s’installe, dans une configuration assez équivalente, sauf que là la chanteuse ne s’occupe pas de la guitare : l’ancienne membre de Christian Death, Gitane Demone, est accaparée par ses textes et son chant, et laisse ainsi sa guitare à un guitariste très inspiré, qui réussit avec son compère bassiste (très habité, pour le moins…) et la petite batteuse (pour la petite histoire, Zara Kand est la fille de Gitane D et de Valor Kand, les fans de Christian Death apprécieront…) à créer un univers musical assez complexe et très intéressant, globalement assez loin du « Alternatif / Electronique / Jazz » promis… En effet, on est plutôt dans un genre de blues-punk bien sale, qui évoquerait assez nettement le Gun Club, en se rapprochant des glorieux anciens, ou de manière plus récente d’un Dimi Déro au féminin, ce qui situe le niveau proposé ! A vrai dire, on ne reconnaît pas forcément les titres interprétés ce soir, qui sont plus ou moins éloignés des versions album, mais c’est pour le plus grand bien commun, et la voix plutôt haut perchée fait – étonnamment – penser à la Galas, dans une version opposée quoique complémentaire de la brune et torturée cantatrice... Le visage émacié, les cheveux couleur de jais, dans des vêtements très collés au corps, Gitane ressemble bien à l’image qu’on se fait d’elle, mais c’est par sa présence scénique qu’elle impressionne, puisque dans cette partie du set elle est la seule à intervenir, la seule à bénéficier d’un micro, le reste du groupe est dédié à créer un écrin sonore autour d’elle, et y réussit à la perfection, il est difficile de ne pas rentrer dans le monde de la Demone, hormis à être un métalleux égaré remontant du sous-sol, ou un habitué du bar préférant s’esclaffer bruyamment pendant l’intermède voix-basse superbe mais qui aurait dû se dérouler dans un silence religieux... Bref, cette phase est carrée, totalement réussie, à titre personnel elle conforte tout le bien que je pouvais penser de GD, et je vais donc pouvoir me jeter derechef sur ma collection d’albums pour les réécouter avec délectation...
Mais le concert n’est pas vraiment fini, puisque si le guitariste abandonne son instrument aux mains de Gitane, le reste du groupe (basse+batterie) reste en scène, puisque le trio officie sous le nom de the Crystelles, avec toujours la même chanteuse, mais pas tout le temps, puisque sa fille abandonnera sa batterie de temps à autres pour s’emparer du microphone, et même le bassiste s’essaiera au chant, avec le maniérisme que l’on pouvait attendre de lui au vu de son attitude avec sa basse... La voix est ici moins mise en avant, la musique est assez différente, puisque c’est plus souvent le Velvet Underground qui me traverse l’esprit en guise de “Blues / Punk / Rock”, la déconstruction faisant également partie des mots qui viennent à l’esprit à l’écoute des morceaux du groupe... Ici, les tempos ne sont pas toujours répétitifs, la guitare n’est pas forcément totalement accordée (il y a d’ailleurs un long moment de solitude pour Gitane, lorsque sa guitare décide de ne créer que des sons stridents et incontrôlables...), et l’effet de surprise joue à plein, même si on n’est pas forcément toujours emballé par les titres eux-mêmes, qui frisent parfois le hippisme (pas de chevaux là-dedans, juste des réminiscences des hippies...) lorsque Zara utilise ses maracas en chantant quasiment a cappella ! Mais on ne tombe jamais réellement du mauvais côté de l’ornière, la qualité reste souvent au rendez-vous, et l’hypnotisme de certains morceaux rappelle que c’est quasiment le même groupe qui officiait quelques minutes auparavant, avec un talent indéniable : il faut sans doute un poil plus de temps et d’efforts pour s’habituer aux Crystelles, mais je suis confiant, après quelques écoutes des CD, je parie qu’il me sera difficile de les ôter de la platine ! Et puis, au final, 40 minutes de première partie, puis 80 de tête d’affiche, cela donne un concert tout à fait honorable, et un rapport qualité-prix assez imbattable ! Et pas besoin de référendum pour s’en assurer...
Prochain RDV dans deux semaines avec les UCMFM au Nouveau Casino.