[Hubert-Félix Thiéfaine] arsenic is good for us
Date : 22 octobre 2011
Le problème lorsqu’on assiste à un concert à Bercy, c’est le monde : tant dans la salle qu’à l’extérieur, il s’agit de canaliser les milliers de spectateurs, et en ce samedi soir l’idée est de faire parcourir des kilomètres autour du POPB pour différencier les “assis” des “debout”, heureusement qu’il ne pleut pas car 20 minutes pour rentrer dans la salle, ça frise le foutage de gueule... ou la désorganisation totale !
Après être passé par le sas enfumé, puis avoir fait la queue (encore !) pour prendre une 1664 à la pression qui prendra du temps à être bue, on pénètre dans la salle, juste pour assister aux 30 dernières secondes accordées à Archimède, et cela suffit pour ne pas regretter d’avoir pris son temps...
Pour son “homo plebis ultimae tour” (les derniers concerts, donc ?), Hubert-Félix Thiéfaine a décidé de faire les choses en grand, tant dans la capacité des salles choisies (essentiellement des Zénith, le POPB...) que par le nombre de musiciens invités à jouer avec lui : outre les musiciens auxquels ont s’attend (batterie, basse, guitare, clavier), c’est en effet un orchestre à cordes d’une vingtaine de membres qui participera aux festivités, pas sur l’ensemble des titres, et pas forcément de manière pertinente non plus (si on ne les entend pas, c’est du gâchis !), mais l’idée est tout de même là, on ne peut que s’en féliciter, rien que pour les 3 ou 4 titres magnifiés par cette présence conséquente ! Entamé avec la méconnue annihilation (inédit tiré du best-of “séquelles”), le set comportera une bonne part des morceaux du dernier album “suppléments de mensonge” (8 des 12 titres, tout de même !), mais laissera la part belle à des morceaux plus anciens, pas forcément beaucoup joués sur les dernières tournées, et qui feront rugir de joie Bercy à chaque découverte. Comme souvent, HFT n’est armé que d’une guitare acoustique et d’un harmonica, mais il est vrai qu’il a suffisamment à s’occuper avec ses textes, qui sont loin du schéma habituel couplet-refrain comportant 15 mots maximum... Encore un petit nouveau, et on commence à rentrer dans le dur, avec lorelei sebasto cha, on peut voir le poème original en arrière-plan sur l’écran géant, et le titre est proposé en version ralentie et alourdie, ce qui n’apporte pas grand chose à l’original, à vrai dire... En revanche, soleil cherche futur est offert en version top niveau, et la fosse commence à surchauffer... Cela peut d’ailleurs tenir au taux de nicotine, puisque cela fume partout, pas que du tabac d’ailleurs, et cela ne risque pas d’arranger les problèmes de toux inhérents à la saison... On en découvre l’orchestre à cordes qu’au 5ème titre, lorsque l’écran géant se surélève, à ce sujet on peut se demander l’intérêt de cet écran, dans la mesure où il y a un décalage énorme entre l’image et le son, ce qui est perturbant, et qu’en plus on à l’impression que celui qui est chargé de l’animation visuelle ne maîtrise pas ses outils : incrustation de menus divers et avariés, images en juxtaposition des rampes de lumières, on aurait bien pu s’en passer, dans l’ensemble !
Si les spectateurs lambda apprécient à 100% la prestation du soir, ceux qui s’étaient renseignés sur les dates précédentes peuvent légitimement être un poil déçus de la set-list, qui n’évolue pas d’un iota d’un soir à l’autre, et les enchaînements sont également très semblables, comme sur l’introduction à petit matin..., qui est l’occasion pour HFT de rappeler que si son set ne comportait pas de références à la drogue, l’alcool, la mort, le sexe ou dieu, cela ne durerait pas plus de 12 minutes... Petit moment de répit dans le concert, avec une interprétation tout en retenue du chant du fou, HFT et son clavier n’étant rejoints que sur la fin par le guitariste, que l’on avait vu accompagner Higelin il y a peu, et si JP Nataf fait sa première apparition à l’occasion des confessions d’un never been, c’est bien les dingues et les paumés qui enflamme la fosse, même si j’aurais préféré éviter tant de claviers sur la fin du morceau... Une curiosité pour suivre : dédié aux victimes de la maladie d’Alzheimer, le calme et beau l’étranger dans la glace s’avère également limite chiant sur scène, mais que l’on se rassure, ce sera le seul vrai moment d’ennui de la soirée ! Et comme on va enchaîner avec 4 morceaux anciens, cela va se rattraper très vite : si sweet amanite phalloïde queen est desservi par un jeu de batterie trop lourdingue (le risque existera pendant toute la prestation, mais c’est vraiment le seul moment où cela frisera l’insupportable), la version de solexine et ganja, sur une musique m’évoquant très largement on the road again (pas de Lavilliers), est une vraie réussite, le petit plus étant l’image de la croix de RIZLA en arrière fond, la preuve que l’écran géant peut servir positivement quand il est utilisé à bon escient ! La suite monte encore le niveau de plusieurs crans, puisque 113e cigarette sans dormir et narcisse 81 sont excellemment réinterprétés, et le retour de JP Nataf pour garbo xw machine permet de constater que même des morceaux très récents comme celui-ci peuvent s’intégrer aux meilleurs moments du concert ! Deuxième moment de répit avec un mathématiques souterraines acoustique, avec Lucas Thiéfaine à la guitare, c’est sympa mais pas forcément transcendant... Ta vamp orchidoclaste s’avère également d’un très bon niveau, alors que la ruelle des morts n’apporte pas grand chose, hormis l’occasion de voir le clip, et c’est sur l’enchaînement autorisation de délirer / alligators 427 que s’achève le concert, la montée du deuxième titre aboutissant au climax du set, et on remarque que le guitariste n’en fait pas des tonnes non plus, ceci expliquant peut-être cela : on retrouve souvent la volonté de branlage de manche qui m’insupporte au plus haut point, dans ce cas précis le péril est esquivé, je ne peux que m’en réjouir !
Une petite pause, et le groupe revient sur scène, pour un rappel attendu : un titre récent, les ombres du soir, et l’incontournable fille du coupeur de joints, qui fait se pâmer les plus virils des spectateurs de la salle et se lever les plus vieux dans les gradins... En gros, je pense que ce morceau n’est pas le meilleur, et de loin, de la longue discographie de Thiéfaine, mais comme on est dans une configuration grand public, on n’a pas trop le choix... Mais j’aurais apprécié que l’on s’en passe ce soir, il y avait sans doute des choix musicaux plus judicieux à effectuer !
Menfin, avec un deuxième rappel exécuté tranquillement par le groupe, les lumières se rallument après 2h13 (la précision est importante, non ?) d’un set carré, comportant son lot de très bons moments, mais qui n’aura assurément pas la même valeur émotionnelle que celui d’il y a 13 ans au même endroit : la durée y est, les vieux titres également, mais il manque sans nul doute un poil de personnalisation du set pour qu’on ait une autre impression que celle d’une tournée millimétrée et assez peu humaine... Le choix des salles, immenses et froides, est ainsi malheureusement en concordance avec ce côté hyper-professionnel, vivement qu’on retourne dans des salles de taille humaine !
Set-list :
annihilation
fièvre résurrectionnelle
lorelei sebasto cha
soleil cherche futur
infinitives voiles
petit matin 4.10 heure d’été
le chant du fou
confessions d’un never been
les dingues et les paumés
l’étranger dans la glace
sweet amanite phalloïde queen
solexine et ganja
113e cigarette sans dormir
narcisse 81
garbo xw machine
mathématiques souterraines
ta vamp orchidoclaste
la ruelle des morts
autorisation de délirer / alligators 427
Rappel 1 :
les ombres du soir
la fille du coupeur de joints
Rappel 2 :
lobotomie sporting club
La suite ? ben il n’y a rien de sûr avant la mi-novembre et les UCMFM au Nouveau Casino...