[Princess Thailand] magiciens de la nuit
Date : lundi 5 février 2024
Pas facile de ramener du monde un lundi soir, même au Supersonic, pourtant généralement bien rempli quelque soit l'affiche, mais le fait que les concerts démarrent à 20h00, une demi-heure plus tôt que d'habitude, doivent expliquer que le premier groupe démarre dans une ambiance relativement confidentielle.
Remarquez, ce n'est pas forcément une mauvaise chose non plus, vu qu'on n'oserait pas dire que la musique du trio féminin Spaghetti Kiss est bruyante, l'appellation "alternative indie pop" ne laissant pas imaginer un déluge de décibels créé par le trio guitare-basse-batterie. Si certains entendent des connexions avec Cocteau Twins ou Cure, j'ai assez rapidement le sentiment que c'est plutôt du côté d'une fusion entre Lush et les Bangles qu'il faut chercher les références, tant il y a un travail au niveau des voix (guitariste et bassiste), en chant seul ou en harmonies, le son de la guitare sortant plutôt par petites pincettes peu agressives. On imagine que le groupe n'est pas très ancien, même s'il a déjà enregistré un 5 titres l'été dernier, on sentira quelques hésitations (voire ratés) au fil du set, et si on ne niera pas que la volonté d'originalité est évidente, je reste parfois en retrait devant des harmonies qui ne me touchent pas, et si je suis prêt à redonner sa chance au trio dans les mois à venir, je dois avouer n'avoir pas été vraiment convaincu ce soir - sans avoir non plus fui, cette demi-heure était écoutable mais ne m'a simplement pas enthousiasmé.
On double le nombre de musiciens (deux guitares, basse, batterie, clavier/maracas, chant) avec San Fairy Ann, qui est présenté comme un groupe "indie rock", est est mené par une chanteuse aux capacités vocales impressionnantes, et chez qui on entend parfois du Kate Bush. Une fois qu'on a dit ça, on peut ajouter que la musique proposée par le groupe me semble un peu bavarde, ayant l'impression que les couches des divers instruments se superposent sans forcément de complémentarité mais plutôt dans une optique cumulative, qui régulièrement me rappelle que parfois le mieux est l'ennemi du bien. Musicalement, je me retrouve dans les années70 un poil démonstratives, et l'apport sur deux titres d'un violon (donc 7 sur scène...) ne fait que renforcer ce sentiment de fourre-tout qui ne laisse pas vraiment entendre de mélodies derrière le chant. Visiblement, une bonne partie du public (qui s'est bien densifié) apprécie la performance, pour ma part ces 46 minutes s'avèrent un poil douloureuses, et pour le coup je ne suis pas sûr que le temps améliorera ma perception des choses...
Heureusement, c'est surtout (uniquement, même si je n'avais pas écouté préalablement les deux premiers groupes) pour Princess Thailand que je suis venu (trop) tôt ce soir, les Toulousains n'ayant pas beaucoup fait parler d'eux depuis un an et demi - le temps de se reconstruire et de préparer le nouvel album "Golden Frames" qui constituera une partie de la set-list du soir. Visuellement, on a deux guitaristes et une chanteuse en front de scène, et un poil moins visibles un bassiste-machiniste qui gère le Korg, et une batterie assez minimale (deux cymbales, un tom, une caisse claire) dont le préposé reste comme avant l'élément central du set. On avait laissé le groupe ici-même en août 2022 sous un déluge électrique, on le retrouve ce soir avec les mêmes influences noise/punk/post-punk, l'aspect no wave étant moins évident à entendre, et ce qui demeure prééminent est cette façon de tordre les morceaux, parfois avec des ruptures, parfois avec des passages de la douceur à la violence, sans jamais ressentir d'aspect fabriqué : ici tout coule de source, un peu acide évidemment, et même la présence permanente de la chanteuse ne se transforme pas en jeu de séduction ou de provocation vis-à-vis du public. Que cela s'aseptise un brin sur un titre ne change rien à la tension qui transcende le set, simplement par le jeu des musiciens puisqu'il n'est jamais question d'avoir des attitudes sur scène, la musique (chant compris) est tout et se suffit à elle-même pour ne pouvoir quitter le groupe des yeux. Je me surprends, une nouvelle fois, à constater qu'on peut utiliser un Korg sans me créer d'éruptions, c'est symbolique de la façon dont les instruments sont utilisés à bon escient, s'il faut utiliser une pédale pour créer un petit effet répétitif le guitariste ne va pas le cacher, c'est sincère et direct. Et si on revient au chant, là où certaines figures éminentes pouvaient précédemment transparaître (Siouxsie, Anja Huwe), ce soir il m'est impossible (et je ne cherche pas non plus) de le rapprocher d'une quelconque influence, c'est un travail extrêmement personnel que fournit la chanteuse, et suffisamment intense qu'on est juste bouche bée et à 100% à l'écoute. Alors oui, on aurait préféré qu'il y ait plus de monde, histoire de voir Aniela traverser la foule jusqu'au bar (plutôt que de rester à 2 mètres de la scène), histoire aussi que l'intensité ne se limite pas à la fosse juste devant, mais on ne va pas trop se plaindre : on aura pu profiter à plein de ces 46 minutes, on espère ne pas devoir attendre encore près de deux ans avant de revoir le groupe sur scène, et en attendant on se consolera avec les trois enregistrements du groupe, qui valent le coup d'oreille même en version studio. Une confirmation ce soir, et on peut miser sur l'avenir, avec la possibilité de voir les fans se multiplier, y compris à l'étranger...
La suite, ce sera samedi soir, juste à côté au Supersonic Records avec Pink Turns Blue.