[Frustration 20 ans] le (encore plus) grand soir
Date : samedi 12 novembre 2022
Comme la veille, la Maroquinerie affiche complet en ce samedi soir, mais il y a une petite différence qui n'est pas qu'anecdotique : les e-billets ne sont pas reconnus au moment de la vérification, et rapidement décision est prise de se contenter de prendre les billets imprimés ou de jeter un œil rapide sur les téléphones, histoire de ne pas retarder toute la soirée. Résultat, certains petits malins en profiteront pour se glisser subrepticement dans la salle, qui ne sera donc plus bondée mais probablement au delà de la jauge, ce qui peut expliquer qu'on sentira les agents de sécurité un brin sur les nerfs jusqu'au bout de la nuit...
C'est un duo parisien qui démarre, et si Bracco a une réputation scénique croissante depuis de longs mois, le set débute avec un titre sur lequel le chanteur grattouille de temps en temps sa guitare, pendant que son acolyte chargé des machines et des percus s'occupe du reste, dans un style techno-punk pas forcément désagréable. Mais immédiatement après, la guitare se retrouve à plat pour servir de percu, et l'aspect punk disparaît du paysage, et on se retrouve plutôt devant une performance, puisque le chanteur qui s'est très vite retrouvé torse poil et en pseudo-short va faire le show, avec le micro dans la bouche, des simulacres de mains dans le calbut, et l'aspect musical techno se retrouve bien plus mis en avant, ce qui ne me convainc pas plus que cela. Alors plutôt que de ronchonner devant le spectacle, je laisse les fans apprécier la chose, et profite d'une terrasse encore agréable, en termes de température comme en termes de densité de population...
Même si on rate le début de la prestation de Ambassade (ou De Ambassade, ça dépend des moments), on va très vite comprendre que le trio batave ne mise pas beaucoup sur la mise en scène ni le jeu de scène, puisque, de droite à gauche (vu de la salle), on a une claviériste qui crée des boucles de 3 notes avant de sembler profondément s'emmerder derrière son instrument, un bassiste qui fait le job, et un chanteur préposé aux machines qui évoque parfois vocalement Dave Gahan, le tout sous le signe d'une synth-wave pas violente pour deux ronds. Étonnamment, on peut rester devant le groupe jusqu'au bout sans avoir forcément envie de quitter la salle, mais ce n'est pas par enthousiasme qu'on reste, c'est juste que c'est tellement mou que c'en est totalement neutre, on ne peut pas dire que ce soit insupportable, c'est plus simplement une certaine forme de néant auditif...
Heureusement, on sait depuis très longtemps, mais cela a encore été confirmé hier, que les Frustration vont nous remonter le moral d'un coup, et effectivement dès l'introductif et angoissant insane, dont la musique est mise en valeur par un jeu de lumières extrêmement efficace et bluffant, on comprend que ce qui avait semblé vendredi un excellent concert va s'avérer en comparaison un apéritif copieux mais incomparable avec le repas roboratif qui va nous être offert ce soir. Il faut dire aussi que si le groupe semblait en garder un peu pour aujourd'hui, il peut lâcher les chevaux, y compris dans les interludes. On verra ainsi Fabrice tenter de faire croire aux spectateurs que le concert de la veille a duré jusqu'à 4h du matin avec des reprises des Sheriff, que la fête s'est terminée en dansant sur Wet Wet Wet avec Hanouna, bref on le voit rarement aussi déconneur sur scène, et le public apprécie l'occasion. Et surtout, comme on le pressentait, ce qui n'a pas été joué vendredi va nous offrir une set-list quasiment rêvée, qui va piocher dans toute la discographie du quintet, avec souvent les titres les plus pêchus, de even with the pills à assassination en passant par the drawback ou mother earth in rags... On a droit aussi à des titres pas entendus depuis bien longtemps, avec un relax dédié à Vincent, un on the rise qui frise l'archéologie ou encore faster qui conclura dans l'enthousiasme général et mérité le premier rappel. En fait, seul slave markets ("sans Jason, trop occupé avec Amyl", mais on s'en doutait un peu) semble un moment de répit dans cette succession de bombes, mais c'est bien le seul, et à voir les cinq musiciens prendre un tel plaisir on se dit qu'il aurait été dommage de ne pas y assister. Pour être franc, à chaque intro on se dit qu'on avait oublié le titre qui démarre, et on en profite d'autant plus, et l'énergie ambiante est encore largement supérieure à celle de la veille - on n'avait pourtant pas l'impression d'être avec Pascal Sevran dans un EHPAD... La fosse pogotte à qui mieux mieux, ça slamme dans la bonne humeur, les paroles sont reprises (parfois en yaourt, mais l'intention y est) avec ferveur, et si Fabrice est déchaîné comme rarement (la bouteille de whisky semble en avoir pris un coup), ses quatre comparses ne boudent pas non plus leur plaisir, il n'est qu'à jeter un œil sur les photos de Robert Gil pour en avoir la preuve ! Cela faisait très longtemps que Junior n'avait pas quitté ses claviers pour slammer, ce soir il profite du retour de too many questions pour prendre son bain de foule, et les ballons de baudruche et cotillons qui accompagnent ce dernier titre ne font qu'ajouter aux sourires que l'on peut voir sur tous les visages.
Si Fabrice et Nicus ont quitté la scène avant le rappel, Mark, Pat et Junior ne font même pas mine de faire semblant, ils attendent que les deux autres reviennent pour un rappel lui aussi énormissime, l'enchaînement de dreams laws rights and duties et electric heat (reprise des obscurs Visitors écossais, "il n'y a que des snobinards parisiens pour les reprendre" se gaussera Fabrice avec pas mal d'autodérision) ne fait que préparer le chemin à faster, qui aurait dû terminer en apothéose cette soirée. Mais les choses étant ce qu'elles sont, les musiciens eux-mêmes ne semblent vraiment pas désireux de partir tout de suite, alors ils nous offrent un deuxième rappel, un classique si l'on veut mais qui cracherait sur le duo no trouble/blind pour clore ces 75 minutes ? Personne, bien évidemment, Pat finit encore dans la fosse, chacun sur et hors scène irradie de bonheur, et on aura donc eu confirmation que ce 20e anniversaire valait décidément le double voyage vers la Maro, en espérant ne pas devoir attendre encore un an avant de revoir nos hérauts post-punk !
Set-list :
- insane
- around
- relax
- midlife crisis
- as they say
- even with the pills
- pulse
- slave markets
- minimal wife
- premeditation
- on the rise
- the drawback
- mother earth in rags
- assassination
- too many questions
- Rappel : we have some...
- dreams laws rights and duties
- electric heat
- faster
- Rappel 2 : no trouble
- blind
La suite, après ce bel enchaînement de soirées, ce sera ce mardi, avec TV Priest à la Gaîté Lyrique dans le cadre du festival Pitchfork.