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l'ayatollah du rock
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5 novembre 2022

[Amyl & the Sniffers] no tears at all

Date : samedi 5 novembre 2022

 

Si c'est plutôt la vieille garde qu'on retrouve dans les troquets à proximité de l’Élysée Montmartre en ce samedi soir, on ne sait pas trop à quoi s'attendre en termes de spectateurs dans la salle, on craint même un aspect un peu branchouille qui donnerait un aspect un brin statique à la soirée, mais une fois dans la place on comprend vite qu'il ne servait à rien de s'inquiéter : s'il y a effectivement un mélange certain (âges, rapport au concert et à la musique en général...), la salle réagit avec ferveur à la première partie, et ne sera pas en reste pour la tête d'affiche...

 

C'est un quatuor australien qui est en place pour chauffer la scène : C.O.F.F.I.N. (pour "Children Of Finland Fighting In Norway", un nom pour le moins absurde) vient de Sydney, et a pour particularité de voir le chant principal assuré par le batteur, sur des musiques de rock relativement lourdes, on dira à la Motörhead pour simplifier (ce qui correspond peu ou prou à la définition "psychotic skate punk & aussie pub trash"), et si ce n'est pas vraiment fin, on ne niera pas une certaine efficacité, et surtout cela nous met bien dans l'ambiance de ce qui va suivre... Les spectateurs les plus prudents en profitent pour effectuer les dernières vidanges avant la ruée (la salle est complète), les autres restent jusqu'au bout pour apprécier la prestation des antipodistes, qui auront marqué des points pour une bonne partie des spectateurs...

 

Même si généralement les horaires sont bien tenus ici, et qu'on pouvait croire à l'annonce du "21h00", il est 21h10 lorsque les lumières s'éteignent et que Amyl and the Sniffers arrive sur scène, dans l'enthousiasme général qui laisse le temps aux trois musiciens (guitare/basse/batterie) de s'installer à leurs places (sur une grande scène, ça change du Supersonic voire même de la Boule Noire). On note, plus spécialement pour les tricophiles, que le batteur et le bassiste ont aujourd'hui quasiment la boule à Z, tandis que le guitariste est lui barbu et arbore des cheveux très longs, autant dire que les merveilleuses coupes mullet sont désormais l'apanage exclusif de la chanteuse Amy, qui arrive en mini-short rouge, chemise blanche large qui disparaîtra très vite pour ne laisser qu'un soutif, et de hautes bottes blanches qui ne font qu'accroître le style redneck australien que cultive le quatuor. Dès le premier morceau freaks to the front (je n'ai pas eu la possibilité de vérifier si la sociologie des premiers rangs obéissait à cette injonction), on sait pourquoi on est là, et si certains sont venus par hasard il ne leur faut que quelques secondes pour comprendre leur douleur : une chanteuse qui va passer tout son temps à arpenter l'intégralité de la scène (elle indiquera un peu plus tard être impressionnée par la taille de la salle) en multipliant les postures, de la boxeuse à la culturiste en passant par les moments où elle peut toiser les spectateurs, et qui va chanter/parler/éructer (ça dépend des moments) sur des musiques que d'aucun limitent à du blues boogie rock, mais qui permettent aux fans de reconnaître en 3 secondes chaque intro... Après avoir fait des premières parties sans doute très lucratives cet été, le groupe retrouve "son" public, qui connaît l'intégralité des paroles de ses deux albums (et quelques EP en plus) par cœur, et qui réagit à fond, ne se laissant pas déstabiliser par un son parfois un peu étrange, qui semble régulièrement séparer le chant et la musique. Fondamentalement, cela n'est pas dramatique, mais c'est vrai qu'on sent une grosse différence avec les prestations dans des salles à taille plus humaine, et le côté parfois légèrement approximatif est bien plus marqué ici - remarquez, je préfère cela plutôt que d'avoir des robots sur scène ! Le quatuor va s'appuyer sur les deux albums, joués presque en intégralité l'un comme l'autre, et seuls deux titres plus anciens (i'm not a loser et balaclava lover boogie) réussiront à s'immiscer dans la set-list. Les morceaux sont souvent très courts, alors on les enchaîne par séquences de trois ou quatre, et si dans mon souvenir la chanteuse et ses comparses n'étaient pas forcément très bavards lors des précédentes venues, ce soir on aura droit à quelques harangues, qui rappelleront (quand on les comprendra, l'accent australien étant ce qu'il est...) que le groupe, sous ses airs un peu neuneu, est engagé, ainsi il sera plusieurs fois évoqué le fait que les filles, les trans, les noirs, bref toutes les minorités, ont leur place ici, et si le bassiste prendra quelques fois le micro, c'est bien Amy, sous ses faux airs de Wendy James déjantée, qui remettra à sa place un gars dans la fosse, et ne s'en laissera pas conter. Si le jeu de guitare est assez connoté (difficile d'échapper à AC/DC), cela n'est pas dérangeant pour moi, car le but n'est pas forcément de faire des démonstrations de soliste mais de créer des atmosphères qui offrent à la chanteuse un écrin pour ce rôle de leader qu'elle assume avec puissance et autorité, tout en jouant avec un énième degré (sur ses attitudes de culturiste ou boxeuse, par exemple) qui laisse certains perplexes. Et il faut dire aussi que le répertoire offre une multitude de petites bombes auxquelles on ne résiste pas, de cup of destiny à choices, en passant par got you ou maggot - on n'oubliera évidemment pas security, l'un des deux sommets de "comfort to me" selon moi... À l'instar des autres groupes australiens en forme depuis quelques temps (les Chats, par exemple), le groupe n'en fait pas des tonnes, il mise l'essentiel sur l'efficacité et ne se prend pas le chou, l'aspect visuel n'en étant qu'un exemple parmi d'autres (oui on peut jouer de la basse torse poil sans avoir un corps d'athlète !), et si au bout de ces 70 minutes intenses le groupe en termine avec hertz (l'autre sommet du dernier album), sans aucun rappel (on ne pense pas que les musiciens en aient gardé beaucoup sous la semelle), cela ne dérangera pas grand monde, d'autant que les musiciens restent encore sur la scène pour danser avec les musiciens de C.O.F.F.I.N. sur la musique choisie pour aider à vider la salle... Même si évidemment on était ce soir bien plus loin de la scène et du groupe que lors des deux premiers concerts parisiens, je trouve que le groupe s'en est tout de même bien sorti - mais il ne faudrait pas continuer à voir de plus en plus grand, il est clair qu'on n'irait pas les voir au Zenith par exemple ! Et en ce qui concerne le merch, c'est ceinture ce soir, car 30€ le t-shirt (plutôt moche de surcroit), cela permet de faire des économies...

 

Set-list :

  1. freaks to the front
  2. starfire 500
  3. got you
  4. cup of destiny
  5. gacked on anger
  6. control
  7. maggot
  8. no more tears
  9. choices
  10. security
  11. capital
  12. i'm not a loser
  13. gfy
  14. balaclava lover boogie
  15. shake ya
  16. guided by angels
  17. laughing
  18. knifey
  19. some mutts (can't be muzzled)
  20. hertz

 

La suite, ce sera très probablement mercredi soir, à l'International avec les Soucoupes Violentes.

 
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