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l'ayatollah du rock
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18 octobre 2022

[Steve Ignorant] punk is dead

Date : mardi 18 octobre 2022

 

C'est mardi, et si cela fait déjà 15 ans que je n'ai pas mis les pieds à la Pêche à Montreuil, cela semble être le bon soir pour y retourner : il y a du monde, une affiche pour le moins intéressante, et la promesse d'une excellente ambiance, qui ne sera jamais démentie.

 

La soirée commence avec Prince Ringard, un duo anarkofolk breton composé d'une guitariste-harmoniciste (qui utilise également une caisse claire et une grosse claire) et d'un chanteur qui ne compte que deux années de moins que Charlie Harper... Si musicalement on comprend que le chanteur récuse l'appellation "punk", il n'est en revanche pas difficile de comprendre pourquoi la salle remplie de punks de toutes obédiences apprécie autant ce qui lui est proposé : si on peut entendre du Renaud ou du Thiéfaine des débuts, il s'agit surtout de s'attarder sur des textes décapants, incisifs, provocateurs à l'occasion, et qui conchient tour à tour le racisme, l'homophobie, le sexisme ou encore le fascisme, ce dernier étant un thème récurrent qui ne peut que satisfaire les spectateurs. Malgré son âge avancé, le chanteur conserve une agressivité intacte, ne se laissant pas emmerder par ceux qui ont déjà un peu trop abusé de la bibine (et se feront éventuellement virer de la salle un peu plus tard dans la soirée), et le Breton (la Bretagne revient régulièrement dans ces textes extrêmement bien ficelés) peut ainsi appeler un chat un chat et (re)conquérir un public qui se délecte de ces 40 minutes jouissives, conclues par la reprise a cappella de les anarchistes (Ferré) reprise en chœur par une bonne partie de l'assistance - non, il n'y a pas forcément besoin de gros son pour apprivoiser des punks !

 

C'est un quartet anglais qui enchaîne rapidement, et très vite on comprend ce que les Headsticks veulent dire en proclamant leur "Revolutionary Punk Roots Rock'n'Roll", entamé par un titre dont on jurerait qu'il a quelques racines chez les Stiff Little Fingers... Pour être franc, tout le début du set reste un peu le cul entre deux chaises, ni vraiment énergique ni vraiment mélodique ou mélodieux, en dépit de la bonne volonté du chanteur, on a du mal à comprendre les commentaires laudatifs qu'on a pu lire ici ou là, il faudra en fait attendre que le guitariste empoigne une guitare acoustique pour qu'on commence enfin à céder à une appréciation de ce qui nous est présenté, en termes de mélodies par exemple. Et si le musicien reprendra sa guitare électrique par la suite, cela n'aura pas d'influence négative sur la fin du set, qui aura tout de même mis du temps à décoller, ce qui n'aura ainsi permis d'être conquis qu'une petite vingtaine de minutes sur la cinquantaine qu'ara duré le set. On ne récusera donc pas totalement cette prestation, mais on n'en conservera qu'une petite partie dans l'aspect positif de la balance - tant pis, on n'attendait de toute façon rien d'un groupe qu'on découvrait sur scène.

 

Je dois avouer ne pas être un spécialiste de Crass, et n'avoir réellement commencé à écouté le groupe anarcho-punk anglais qu'il y a peu, mais en apprenant que son historique chanteur Steve Ignorant venait interpréter des titres de Crass (qui n'a duré qu'une grosse demi-douzaine d'années), la curiosité m'a suffisamment titillé pour me retrouver ici ce soir. Pour l'occasion, le chanteur est accompagné d'un groupe de jeunes musiciens, un quatuor guitare-basse-batterie-clavier qui ne semble pas complexé au regard de la pression qu'il pourrait ressentir, et dès le premier titre the gasman cometh, on constate à la fois une réelle complicité entre les musiciens et le chanteur, et également que le groupe est pour le moins carré, ce qui va nous offrir des versions pour le moins efficaces de morceaux dont les versions originales pouvaient paraître un poil inabouties, en bref c'est une sorte de Crass propre qui va nous être offerte, au plus grand plaisir de spectateurs qui sont venus en nombre et semblent (y compris les plus jeunes) connaître l'intégralité des textes par cœur, et pas uniquement sur les morceaux les plus emblématiques (punk is dead, do they owe us a living?, so what...). Avec l'énergie et l'intensité impulsées dans la set-list, il est difficile de résister et faire la fine bouche, d'autant que lorsque la claviériste Carol Hodge reprend le rôle initial de Gee Voucher au chant, en commençant sur systematic death, on ne perd aucune énergie mais c'est une autre forme de puissance qui s'insère dans le micro, tout aussi bluffante que lorsque Steve est à l' œuvre mais qui permet à la fois de permettre à Steve de se reposer un brin, mais aussi d'éviter de demeurer das un créneau vocal qui pourrait être un poil monocorde. Les morceaux s'enchaînent, qu'ils soient courts ou plus longs l'ennui n'est jamais là, et si on sera un poil sceptique en entendant des bribes de marseillaise dans bloody revolutions, cela restera anecdotique, et ne gâchera en rien l'impression extrêmement favorable et l'excellente surprise qu'auront constituées ces 75 minutes à la fois très professionnelles et totalement adaptées à l'endroit et au public, le rappel final en forme de version différente de do they owe us a living? permettant aux spectateurs de quitter la salle avec à la fois des sourires béats et le sentiment d'avoir assisté à une très grande prestation, sur laquelle tous n'auraient pas parié ! Comme quoi cela valait le coup de prendre le risque d'être fatigué au boulot le lendemain matin...

 

Set-list :

  1. the gasman cometh
  2. do they owe us a living?
  3. end result
  4. systematic death
  5. they've got a bomb
  6. punk is dead
  7. mother earth
  8. bata motel
  9. white punks on hope
  10. heard too much about
  11. system
  12. big man, big m.a.n.
  13. darling
  14. you've got big hands
  15. securicor
  16. g's song
  17. fight war, not wars
  18. poison in a pretty pill
  19. so what
  20. berketex bribe
  21. big a, little a
  22. shaved women
  23. bloody revolutions
  24. Rappel : banned from the roxy
  25. do they owe us a living?

 

La suite, c'est dès ce mercredi, avec un retour au QG (oui, je sais...) pour voir Goul qui fête l'anniversaire de son chanteur...

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