[We Hate You Please Die] trop timide ?
Date : vendredi 7 octobre 2022
Direction Ivry en ce vendredi soir, c'est le retour de la JIMI, on rejoint donc le Hangar tout en sachant qu'il y aura également des showcases au Tremplin (juste à côté) pour remplir les trous...
La soirée commence trop tôt pour que j’assiste à la performance de Denys and the Roses au Tremplin, je me prépare donc à (re)voir les Unschooling dans le Hangar, et si le groupe ne m'avait pas marqué l'an dernier à la Station, ce soir ce qui n'était qu'un quatuor est désormais un quintet, mais qui fait froid dans le dos avant même de commencer à jouer : 3 guitaristes (dont l'un utilise une 12 cordes), un bassiste (à 6 cordes) et un batteur, cela ne présage pas que du bon... Et effectivement, très vite on comprend que l'appellation "post-punk" ne vaut à peu près que pour la façon de chanter, au demeurant plutôt excitante. Pour le reste, si le préposé aux 12 cordes utilise également un clavier, on se rend compte que ce qui parfois peut évoquer des références australiennes se transforme rapidement en prog, ce qui m'empêche de rester devant la scène - je n'ai pas envie de me pourrir la soirée alors que celle-ci ne fait que débuter. La mauvaise impression ressentie il y a un an est donc accentuée, il faut donc patienter en attendant la suite - ça tombe bien, il fait beau, la bière n'est pas chère, et il y a du monde dehors du même avis musical avec qui discuter...
On passe ensuite quelques minutes au Tremplin, où le trio féminin Ottis Cœur est à l'ouvrage : les voix se complètent bien, le son pop-rock (voire pop sans trop de rock) évoque aussi bien les Calamités que les Plastiscines (allez, plus les Calamités quand même), et si je dois avouer que ce soir je suis plus d'humeur rentre-dedans, il semble à peu près évident que le groupe devrait faire son trou dans la scène rock, car c'est bien fait, efficace, et j'ajouterais même rafraîchissant - cela me change un peu du gros son qui envahit mes oreilles ces derniers temps...
On ne va pas se le cacher, si je me suis déplacé jusqu'ici, c'est bien pour (re)voir les We Hate You Please Die : en un peu plus de trois ans, le quatuor rouennais a sorti deux albums quasi impeccables, livré des prestations mémorables, et reste cependant d'une accessibilité rare. Et s'il faut avouer que l'an passé au Petit Bain on avait connu quelques instants de doute sur certains morceaux, on va très vite comprendre que nos craintes éventuelles étaient infondées. En effet, le groupe va nous proposer un set extrêmement tendu, qui va voir les titres parfois s'éloigner des versions originelles, et surtout qui ne laissera jamais l'ennui s'installer. Emmené par un chanteur qui avouait pourtant avant le concert avoir perdu un peu de voix il y a deux jours au Petit Bain (ce qui ne s'entendra vraiment pas), le trio de musiciens (guitare-basse-batterie) est au taquet, sans pourtant sembler devoir forcer, il faut dire que Mathilde (batterie), Chloé (basse/chant) et Joseph (guitare) ont suffisamment tourné depuis 4 ans pour se connaître à merveille, ce qui permet une complicité sonique évidente, et également permet à Raphaël de se livrer à pas mal d'excentricités (ou d'initiatives ?), comme se jeter dans la fosse ou aller se positionner en fond de salle pour chanter puis slammer sur son public en retour vers la scène, sans vraiment inquiéter ses comparses qui font dans le sonore, l'efficace mais jamais dans le bourrin, c'est toujours l'excitation qui nous envahit à chaque intro, que les titres proviennent du premier ou du deuxième album. Et comme si le plaisir n'était pas suffisant, le groupe nous offre quelques petites nouveautés, prémices à un troisième album qui s'annonce lui aussi bien tendu, les deux petites pépites découvertes ce soir (sra et too shy) ne dépassant guère les deux minutes et s'avérant pleines de puissance et de beauté. Raphaël n'hésite pas à déserter la scène, lorsque le chant principal est assuré par Chloé, ce qui lui évite de capter l'attention (on sent toujours qu'il est capable de tout à chaque instant), et si festival oblige le groupe doit se contenter de 3/4 d'heure, cela n'empêche nullement d'être transporté, évidemment par melancholic rain, mais plus généralement par l'ensemble du set, qui passe à une vitesse folle et ne contient aucun point faible, le groupe a su intégrer et adapter ses nouveaux titres pour leur insuffler l'énergie qui pouvait un poil leur faire défaut au début de leur tournée, et le pogo quasi incessant qui règne devant la scène est symbolique d'une complicité évidente entre un public plutôt jeune et un groupe qui ne l'est guère moins : à ceux qui en doutent parfois, la relève du punk-rock français existe, elle est bien active et ne s’essouffle pas le moins du monde. Gageons que leur futur troisième album sera lui aussi une réussite, et qu'on pourra en parler avec passion autour des micros de Konstroy !
Set-list :
- Exhausted + ADHD
- Paula
- Barney
- Structure
- Vanishing Patience
- Minimal Function
- SRA (nouveau titre)
- Luggage
- Terminal
- Melancholic Rain
- Too Shy (nouveau titre)
- Coca Collapse
- DSM-VI
- We Hate You Please Die
Par la suite, on avait prévu d'assister au concert de Western Machine au Tremplin, mais pour cause de difficultés de balance, c'est Johnny Mafia qui démarre plus tôt au Hangar. Ayant vu (sans enthousiasme) le quatuor sénonais cet été à la Ferme Électrique, et craignant de devoir rater le dernier RER pour rentrer, j’abandonne les lieux plus tôt que prévu - je reverrai les Western Machine avec plaisir dès que j'en aurai l'opportunité !
La suite, c'est dès ce samedi soir (oui, on se reposera bientôt !) au Trianon, avec le retour des Einstürzende Neubauten.