[Festival 15e anniversaire] rockin' dogs collection
Date : vendredi 13 mai 2022
Pour fêter son 15e anniversaire, le booker Rockin' Dogs a organisé son petit festival, initialement prévu sur deux jours mais finalement limité à la seule soirée de ce vendredi. C'est à la Maroquinerie que les festivités sont prévues, et en arrivant sur place on peut craindre pour l'équilibre de la soirée, puisque la salle sonne vraiment vide à l'heure où le premier groupe entame son set...
C'est le groupe de Thomas Rockin' Dogs qui est chargé d'opérer la première montée en température de la salle, et la tâche semble ardue pour les Lipstick Vibrators puisqu'on n'est guère plus d'une dizaine de présents à 19h30, heure largement annoncée d'entame de festival. Le quintet ne s'offusque pas de ce vide, qui d'ailleurs ne durera guère (le public arrivera dans les dix minutes suivant le début de set), et veut profiter à plein de l'opportunité qui lui est offerte de jouer dans cette belle salle, avec de bonnes conditions acoustiques, et fait comme si, en restant à fond d'un bout à l'autre des 40 minutes qui nous seront offertes. On avait assisté au retour sur scène du groupe en octobre, ce soir on sent qu'il y a encore eu du boulot et des concerts depuis lors, car c'est plutôt carré (on ne note aucun pain rédhibitoire), les deux guitaristes se complètent admirablement, et même Toma n'est fait pas des tonnes quand il enfile sa panoplie de guitar hero, ses solos restent de trop mais d'une durée tout de même raisonnable. La section rythmique est carrée, et tout cela permet au chanteur d'être à l'aise, très rapidement torse poil (une habitude), et assez vite également dans la fosse, où il ne risque guère de se faire marcher sur les pieds (nus), la densité de spectateurs restant tout de même très légère. Bien sûr, le power-rock proposé n'est pas forcément ce que j'écoute le plus dans la vie, sans non plus le rejeter, mais cela explique sans doute que je m'aperçoive que je finis un peu par perdre de l'attention au fil des minutes, sans pour autant avoir non plus envie de me diriger vers - au hasard - le bar. Il n'empêche que comme introduction à cette grosse soirée, on peut dire que le job a été fait, et plutôt correctement, maintenant les musiciens peuvent se transformer en spectateurs et rester dans la fosse pour le reste de la soirée...
La suite, c'est un quatuor américain qui démarre à l'heure annoncée sa prestation : si c'est la première fois que je vois The Mochines sur scène, on ne peut pas nier une certaine connexion avec les Lipstick Vibrators, puisque le rock high energy distillé ressemble à celui de nos petits français... Deux guitares, basse, batterie, le groupe fait dans l'efficacité, enchaînant les titres sans prendre la moindre respiration, et si on n'avait guère décelé de temps faibles chez les Lipstick, chez les Mochines c'est sûr qu'il n'y en a aucun (on oublie les solos de guitare, encore plus fréquents que chez les Lipstick), on sait que les étasuniens ne montent pas sur scène sans être au point, cela se confirme donc ce soir. Revers de la médaille, cela peut parfois sembler un peu trop carré, voire même trop propre, et je mentirais si je n'avouais pas que cela peut également m'apparaître comme manquant un brin d'émotion. Le chant, qui peut friser avec l'insupportable quand il est trop nasillard et trop haut, s'avère le reste du temps bien énergique, et si comme pour les Lipstick je finis par me perdre un peu dans mes pensées, la fin du set voit le quatuor redoubler d'énergie, y compris en n'hésitant pas à faire dans la reprise, laissant au bout des 45 minutes de performance une impression de sauvagerie sur laquelle on n'aurait pas parié pendant le premier quart d'heure. Une découverte intéressante, qui a su dépasser le formatage qui semblait l'apanage du groupe.
On a moins de surprises avec The Courettes, puisque le duo brésilo-danois guitare-batterie fait partie des groupes que l'on ne découvre plus - on l'avait même vu il y a quelques semaines en showcase au Supersonic Records. Là, on est bien moins dans la machine de guerre, le groupe prend le temps, est plutôt bavard, fait participer le public, désormais bien nombreux (la salle n'est pas pleine, mais ressemble à ce qu'on attend d'un concert plutôt bien rempli), et surtout on s'éloigne largement du power-rock des deux premiers groupes pour se concentrer sur le garage rock des sixties, la chanteuse-guitariste n'en faisant jamais trop avec son instrument, tout comme son acolyte qui lui se contentera la plupart du temps d'assurer les chœurs derrière ses fûts. La bonne nouvelle pour ceux qui ont vu récemment le groupe, c'est que la set-list est bien différente de celle du Supersonic Records, même si certains titres sont incontournables et donc présents sur les deux set-lists (r.i.n.g.o., boom! dynamite, ce dernier titre étant comme toujours l'occasion de faire participer le public, un petit jeu auquel celui-ci se prête de bon cœur). Qui aime bien châtie bien, alors il faut reconnaître que les interludes sont parfois un poil longuets, mais cette prestation est par conséquent plus humaine, et pas exempte de soucis techniques, qui voient par exemple le batteur contraint de changer de tom en plein morceau, ce qui d'ailleurs ne semble pas le perturber outre mesure... Le duo aime la France, et Flavia aime parler français, ce qui explique sans doute pourquoi le morceau want you! like a cigarette est interprété en français (on doit reconnaître que même en le sachant, ce n'est pas évident à entendre). Ce qui est également évident, c'est que le groupe aime la scène, alors il n'hésite pas à faire traîner le set, malgré les gestes de Toma en bord de scène, et la cinquantaine de minutes prévues se transforme en une heure complète de set, ce que pas grand monde ne regrette dans la salle à vrai dire, tant c'est sympa, efficace, et pour le moins agréable à entendre et à voir (les sourires sont en permanence de sortie). Bref, même si on ne regrette pas d'avoir vu les deux premiers groupes de la soirée, les Courettes ont à eux seuls largement justifié le déplacement !
Pour un bon nombre de spectateurs, c'est le dernier groupe à l'affiche qui a justifié le déplacement : le trio japonais Guitar Wolf a une belle réputation scénique, et après une arrivée rythmée par le cretin hop des Ramones, ce sont des morceaux à 200 à l'heure qui vont s'enchaîner, dans un style mixant Ramones et Motörhead (pour être rapide), et le heavy rock est immédiatement apprécié par une fosse qui bouge beaucoup, y compris lorsqu'on n'a pas forcément le sentiment d'entendre les mélodies surgir des enceintes, puisque les trois instruments (guitare, basse, batterie) donnent l'impression de se marcher dessus. Les musiciens, arborant tous de petites lunettes de soleil, vont enquiller les titres, reconnus par les fans, appréciés par les moins fans, et les attitudes scéniques du trio (ou du moins des bassiste et guitariste en devant de scène) ajoutent au second degré que ce genre de musique ne peut qu'évoquer. Si le chanteur guitariste est là depuis les débuts du groupe en 1987, ses deux comparses sont bien plus récents, à croire que comme Olga dans les Toy Dolls les leaders épuisent leurs musiciens, ce soir en tout cas ni le batteur ni le bassiste ne semblent las d'être sur scène, au contraire on sent une énergie et une cohésion non feintes sur scène. En revanche, pour ma part au bout d'une petite demi-heure je finis par sentir la fatigue de la semaine me tomber dessus, alors je laisse le reste du public profiter de la soirée jusqu'à son terme, et abandonne les lieux avant la fin du set (le week-end ne fait que commencer, et va être encore bien agité).
En effet, la suite, c'est ce samedi, avec plusieurs possibilités, mais qui pourraient consister, si les horaires le permettent, à voir successivement Paddock & Breakfast à la Vache Bleue et Jo Dahan dans le Bois de Vincennes, voire La Truc à l'Armony (là, c'est bien moins sûr...). Et aussi dimanche, avec un retour à la Maro, avec les Washington Dead Cats et les Happy On The Road (ex-Happy Drivers) !