[Viagra Boys] ain't nice
Date : jeudi 5 mai 2022
Retour à l’Élysée Montmartre en ce jeudi soir, le concert est annoncé complet depuis bien longtemps, il y a donc des revendeurs/acheteurs à proximité des lieux, et si à l'heure de la première partie la salle sonne encore le creux, cela ne sera pas le cas à l'heure de la tête d'affiche...
Présentée comme "la reine post-punk de Londres", Nuha Ruby Ra se présente seule sur la grande scène, avec deux micros, et aucun musicien ni instrument avec ou autour d'elle : tout va se passer avec des parties pré-enregistrées, éventuellement lancées sur scène par des pédales, et très vite je remets en cause la notion de post-punk, ou plutôt la définition du jour qui est de mettre tout sous cette appellation... Étant donné que cela part directement dans tous les sens, c'est plutôt d'un pot pourri qu'on devrait parler, puisque si on entend de temps en temps des rythmiques bien franches, elles sont régulièrement accompagnées de sonorités jazzy, et d'autres choses forcément moins désagréables, mais pas tant que ça... Visiblement, l'idée est de mettre dans ses morceaux tout ce qu'elle peut avoir subi comme influences musicales, mais sans vraiment de sens, et surtout sans émotion. Pas le moins du monde touché par ce qui pourrait prendre une toute autre ampleur avec des musiciens sur scène (particulièrement au niveau percussif ou des guitares), on se surprend de temps en temps à penser ici aux Foune Curry, là (mais de beaucoup plus loin) à Diamanda Galas, mais les comparaisons ne sont pas vraiment à l'avantage de Nuha, qui préfère se trémousser de manière pseudo-habitée plutôt que de donner du corps à cette prestation. Bref, ces 35 minutes sont une longue descente aux enfers musicaux, qui paradoxalement ne m'empêcherait pas forcément de jeter un œil sur la version studio de ce qui nous est si mal présenté en version live. Une première partie dont on se serait globalement bien passé, donc...
Ce n'est heureusement pas pour la première partie qu'on s'est déplacé ce soir, mais pour pouvoir enfin vérifier ce que vaut sur scène le combo américano-suédois Viagra Boys, qui après des débuts post-punk tonitruants en 2016, a mis de l'eau et surtout du sax dans son vin à l'occasion de la sortie de son deuxième album "welfare jazz" il y a un peu plus d'un an. Le groupe débarque sur scène à 21h00 pétantes, on a donc un batteur qui s'installe derrière ses fûts, un bassiste qui s'empare de son instrument (qui sera souvent bien mis en avant), un préposé aux claviers et machines qui arbore un Stetson blanc, un saxophoniste en boxer shot tricolore (la classe...), un guitariste qui semble extrêmement juvénile, arbore un t-shirts "Plasmatics" (oui, le bon goût est de retour !) et semble prêt à postuler pour prendre place chez ACDC d'ici une vingtaine d'années, et enfin le chanteur, américain et ventripotent -il n'y a pas forcément de lien entre les deux-, qui se retrouve immédiatement torse poil, ce qui permet d'avoir tout le concert pour observer en détails tous ses tatouages (hormis la tête, il ne doit pas rester beaucoup d'espaces encore vierges), et ça démarre tambour battant, avec un research chemicals qui va quasiment résumer ce que va être la suite du set : sur une rythmique disco-punk, le chanteur va ânonner ses textes (parler de chant serait une grossière approximation) en se contorsionnant (beaucoup), en se caressant le bidon (souvent) et en effectuant une gestuelle difficile à suivre (il passera une bonne partie de la soirée allongé sur le sol ou presque). C'est le tube de la maison qui suit, ce ain't nice est d'une efficacité encore jamais mise en question, même avec un poil de sax posé dessus, et ce titre restera le point d'orgue, pas inoubliable mais extrêmement carré, d'une première grosse demi-heure très énergique, pendant laquelle on ne s'enthousiasme pas plus que ça (au contraire d'une très large majorité du public), mais où on ne se pose pas encore la question de savoir si l'on a bien fait de venir... Car passé ce temps, on commence à avoir le sentiment que le groupe s'essouffle un peu, à preuve on sombre de plus en plus régulièrement dans un genre de mélange entre post-punk dansant et free jazz chiant comme du free jazz (jusqu'au fond que l'on touche sur un interminable solo de sax, toujours version free), et lorsqu'il s'agit de varier les styles le groupe nous propose un genre de morceau pour crooner, qui ne nous passionne pas plus (mais pas moins non plus) que ce qui a précédé. La purge se poursuit jusqu'au dernier titre avant le rappel, un shrimp shack étiré jusqu'à la nausée, et comme à ce point de la soirée je commence à avoir des boutons en écoutant ces rythmiques toujours identiques qui semblent uniquement destinées à faire danser, et jamais à me toucher, la sortie de scène du groupe est presque un soulagement pour moi.
Bien sûr, on a droit à un rappel, avec pour démarrer un sports qui se place quasiment au niveau de ain't nice, mais comme cela se termine avec un très insipide down in the basement, je ne traîne pas trop lorsque les lumières se rallument, après à peine 78 minutes de prestation. Vous l'aurez compris, je ne vais pas débourser 29€ (oui, c'est moins de 30, mais ça reste largement excessif) pour un t-shirt, et il serait également étonnant que je veuille en reprendre une couche en décembre au Bataclan :la bandaison , papa, ça ne se commande pas...
La suite, ce sera de nouveau à l’Élysée, ce samedi avec le reggae de Steel Pulse.