[Cloud Nothings] so right so clean
Date : vendredi 1er février 2019
Le Point Éphémère annonce un concert complet en ce vendredi soir, et comme la pluie est dense, froide et drue, on ne s'éternise pas dehors, la première partie vient d'ailleurs de démarrer, et on constate que la salle n'est pas encore blindée, même si le taux de remplissage est déjà bien élevé.
C'est un trio angevino-parisien qui est sur scène, la chanteuse s'occupant également de la guitare dans Better Off Dead tandis que les deux gars gèrent la section rythmique (basse/batterie). Cette attribution féminine de la guitare est plutôt rare, c'est donc notable, pour le reste c'est un punk-rock en français qui nous est proposé, les textes étant d'un niveau correct et évitant le bas de gamme, mais je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de différences entre les morceaux. C'est énergique, tout de même, mais on a du mal à trouver un point qui fasse que le groupe reste en mémoire, la seule chose qui me marque étant un chant plutôt haut perché et flirtant régulièrement avec le faux ou le presque douloureux. Pourtant, le groupe est capable de différencier ses titres, puisque l'un d'entre eux sort du lot en ajoutant des chœurs masculins (le bassiste) et en modifiant un poil le rythme, et on peut regretter de ne pas avoir plus de variété dans la trentaine de minutes impartie au groupe. Soyons optimistes : ce titre différent est peut-être le premier exemple d'une évolution du groupe vers plus de distinctions entre les morceaux...
La dernière fois que j'avais assisté à un concert des Cloud Nothings, il y a presque deux ans au Petit Bain, je m'étais plus ou moins fait à l'idée que le groupe avait trouvé une formule qu'il allait désormais ressasser à l'envi, et que l'intérêt extrême que j'avais pu lui trouver en concert allait donc s'éteindre, mais l'écoute du dernier album en date ("last building burning", chroniqué pour le prochain Abus Dangereux) a rebattu les cartes, puisqu'on y trouve une diversité permanente dans les morceaux, ce qui je l'espère va être également le cas sur scène. Le quatuor s'installe, et va nous offrir un set sur un mode qui semble récurrent ces derniers temps : on joue le dernier album en intégralité, et dans l'ordre, puis on va piocher dans les albums plus anciens, histoire de faire plaisir aux fans de la première heure. Résultat : une première partie de set conforme à ce qu'on a apprécié sur l'album, puisqu'on entend ici du Green Day (j'assume la référence), là du Subways, là encore on flirte avec la noise, les changements de rythmes sont légion, entre les morceaux mais également à l'intérieur de ceux-ci, la tension est permanente puisqu'on n'a jamais la certitude de ce qui peut arriver dans nos conduits auditifs. Le quatuor de Cleveland n'est guère adepte des longs échanges avec les spectateurs, les morceaux s'enchaînent quasiment sans interruption (toujours cette tension !), et le public désormais bien dense (on a connu pire ici...) apprécie largement ce qui lui est proposé. Mais une fois que le leader du groupe a annoncé qu'il en avait fini avec l'exécution du dernier album, on sent que l'intérêt des spectateurs augmente d'un cran, et effectivement chaque introduction de titre ancien est l'objet de cris et sifflements, un spectateur devant moi se retrouve à sautiller sur place de manière ininterrompue et un poil incongrue, tandis que pour les autres cela s'agite beaucoup, les slams s'enchaînent (cela devient d'ailleurs un peu la fête à neuneu sur la scène), et on retrouve largement cette unicité dans les morceaux qui se succèdent qui me fait parfois perdre un peu le fil du set. C'est toujours énergique, mais bien moins fin qu'en début de set, cependant on sent que le public est aux anges, et on a presque atteint les 70 minutes lorsque le groupe salue, quitte la scène et que les lumières se rallument. Une (petite) partie du public quitte donc les lieux, se disant que la soirée est terminée, mais les moins rapides ont eu raison de ne pas bouger, puisque le groupe revient pour un rappel, l'unique wasted days (de dix minutes) permettant de clore les festivités avec le retour d'une variété qui s'était évanouie, preuve également que le groupe n'a pas attendu le dernier album pour faire évoluer les rythmes et les sonorités. Au bout de ces 80 minutes, on repart avec la banane, puisque loin du semi-ennui qui nous avait engourdi il y a deux ans, ce soir on n'a quasiment jamais perdu le fil du concert, et le pari qui avait suivi l'écoute du "last building burning" est donc gagné, on pourra guetter les prochaines venues du groupe qui a su évoluer (sur scène) dans le bon sens.
La suite, c'est dès ce samedi soir, à la Clef, avec une soirée qui promet (Olivensteins / Courettes / Sheriff Perkins).