[the Vibrators] knock you in the ears
Date : jeudi 17 janvier 2019
Direction le Klub, en ce jeudi soir, et on arrive dans une cave bien bondée, mélangeant sans souci jeunes (ou un peu moins) au cheveu ras et à la tenue vestimentaire réglementaire et spectateurs bien plus anciens, la programmation permettant d'attirer les deux publics sans pour autant sembler totalement improbable.
On est à la bourre, mais les horaires n'ont pas été tenus, alors on n'a raté que les deux premiers titres de la prestation de Gonna Get Yours, un quintet (2 guitares, basse, batterie et chant) se qualifiant de "ColdOï", qui se traduit dans les oreilles par un street-punk/oï pas dégueulasse, plutôt mélodique et posé, et dont le chanteur, même s'il pousse bien sa voix (sur des paroles en anglais), n'en abuse pas. Le public réagit bien, on sent que les spectateurs sont ici pour cette première partie et pas que pour la tête d'affiche, et si je reste un brin en retrait, cela est loin d'être désagréable. Cerise sur le gâteau, le groupe termine son set par une reprise de Crisis, un holocaust que le chanteur de Frustration aura sans doute appréciée (malgré un petit pain du batteur), car elle est assez fidèle à la version originale, ce qui explique sans doute l'appellation surprenante citée plus haut. Sans avoir été intégralement convaincu, je dois avouer que juste avant que les lumières ne se rallument, je ne suis pas loin d'en espérer un peu plus...
Le temps de changer de plateau (même si la composition du groupe suivant sera exactement la même), on voit bon nombre de spectateurs aller prendre l'air (bien frais) avant de redescendre, tant la température est estivale dans la cave, on apprécie même la clim', c'est dire s'il fait bon ici... Avec un quart d'heure d'écart avec l'horaire annoncé, c'est Tchernobyl, un tout nouveau groupe composé de membres d'Outreau ou Punkin' Bros qui entame son set, la soirée étant une sorte de release party pour la K7 démo de cinq titres du groupe en vente dans le couloir. Pour être franc, je dois avouer que dans un style relativement proche de ce que viennent de nous proposer les GGY, j'ai un peu plus de mal avec Tchernobyl, indépendamment des divers pains qui parsèment le set (un titre sera d'ailleurs recommencé car irrattrapable). En cause, sans doute un chant qui me semble là un peu forcé, à l'ancienne (références Oï des 80's), et peut-être également des paroles (en français), qui sont tout à fait intelligibles mais que j'ai parfois du mal à évaluer et à replacer dans ma grille de lecture politique. Sans aller jusqu'à m'ennuyer, je reste tout de même un poil déçu du set, cette nouvelle merveille de la scène oï parisienne montrant sans doute mes lacunes en la matière - depuis le lycée, j'ai globalement arrêté d'en écouter... Le fait est que la prestation est d'une durée étonnante, puisque avec 3 titres encore inédits, le set ne dépasse le quart d'heure qu'en raison de la reprise de l'un des titres, autant dire que personne n'a eu le temps de jeter un œil sur sa montre avant la fin !
Si les UK Subs viennent nous voir tous les ans, les Vibrators commencent à prendre leurs habitudes à Paris, puisque c'est la 3e fois en trois ans que le trio anglo-finnois (guitare-basse-batterie) est sur Paris, avec un batteur-chanteur qui est le seul membre d'origine (soit depuis 1976 !), tandis que le bassiste-chanteur finlandais tient le choc depuis plus de quinze ans, et le guitariste-chanteur depuis une bonne dizaine d'années. Le groupe s'appuie bien évidemment sur ses titres les plus anciens (8 titres seront tirés des deux premiers albums de 1977 et 1978), mais ne se repose pas sur ses lauriers, s'offrant par exemple le luxe de ne pas jouer des titres que l'on pouvait croire incontournables (pas de i need a slave, par exemple) tout en insérant dans la set-list des titres bien plus récents (loose change ou strangers never sont ainsi tirés de "past, present and into the future", paru en 2017), qui ne font pas baisser l'intensité ni le niveau qualitatif du concert. Le chant est assuré principalement par le bassiste, cela n'empêche ni le batteur ni le guitariste de faire leur part du boulot à ce niveau, et si comme la veille avec les UK Subs on avait un poil regretté le côté branlage de manche du guitariste, ce soir Nigel (un ex-Members, au passage) abuse un brin de sa guitare en V, même s'il s'arrête toujours juste avant que cela ne devienne insupportable. Ce qu'il a lui-même du mal à supporter, au passage, ce sont les spectateurs qui envahissent son espace vital, il faut dire que cela s'agite pas mal dans la fosse, on voit ainsi un jeune éjecté atterrir sur le pied de micro du bassiste, sans conséquences malheureuses, mais on sent que Nigel est un peu à cran, ce qui incitera les pogoteurs à se limiter un tout petit peu dans leur manque de finesse... Le groupe ne se contente pas d'égrener ses morceaux (y compris une version superbe du troops of tomorrow, qui remet à sa place -assez basse - ce qu'a pu en faire Exploited), il agrémente le set de quelques reprises bien choisies et très léchées, telles ce have love will travel (popularisé par les Sonics) ou encore the sound of the suburbs, récupéré des Members et qui est qualitativement du niveau de l'originale. Le groupe tente d'échanger avec le public, mais c'est souvent un peu vain, alors il se concentre sur ses morceaux, les enchaînements sont la plupart du temps extrêmement rapides, ce qui explique qu'il y a du temps pour laisser les spectateurs faire les chœurs sur baby baby (la bluette que les punks osent chanter sans trop de honte). Au bout de 55 minutes, et après un disco in moscow étiré à l'envi précédant un pure mania bien pêchu, le groupe fait mine de quitter la scène, mais n'attend que quelques cris ou applaudissements pour revenir un mètre en arrière, pour un rappel pour le moins carré, la reprise des Flamin' Groovies (slow death) valant autant le coup d'oreille que le final wrecked on you qui boucle la boucle puisque tiré du premier album. Le groupe peut ainsi partir la tête haute, il a accompli ce pour quoi le public était venu (et resté) nombreux : un mélange de classiques et de nouveautés, sans trop de fioritures, avec un trio qui laisse le sentiment de ne pas s'être moqué du public, qui reviendra assurément à la prochaine occasion.
Set-list presque complète :
- bad time
- into the future (sex kick)
- amphetamine blue
- whips & furs
- automatic lover
- troops of tomorrow
- have love will travel
- ??
- blackout
- the sound of the suburbs
- loose change
- strangers never (friends forever)
- she's the one you need
- baby baby
- judy says (knock you in the head)
- disco in moscow
- pure mania
- Rappel : slow death
- wrecked on you
La suite, c'est ce vendredi soir, avec un léger rajeunissement, puisque c'est Tony Truant que l'on retrouvera à l'Estive.