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l'ayatollah du rock
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12 mai 2017

[Wire] great persistence

Date : vendredi 12 mai 2017

 

Comme il est tombé des trombes d'eau en cette fin d'après-midi de vendredi, on ne s'étonne pas de ne pas voir grand monde à l'heure où les portes de la Maroquinerie s'ouvrent, pour cette Gonzaï Night dont "le prix est aussi punk que la programmation" (comme souvent la publicité sera mensongère). Il faut aussi dire que lorsque la salle finira par être quasi-bondée, on s'apercevra - sans surprise réelle - que le public est globalement assez âgé, la répartition plus de 25 ans/moins de 25 ans étant de l'ordre du 95%/5%...

Sur les coups de 20h, la fosse est donc bien vide lorsque le duo Teknomom entame son set, les deux bidouilleurs de machines ayant installé leurs "instruments" au milieu de la salle, on verra ainsi au fur et à mesure des minutes les côtés se remplir, personne n'osant s'installer à proximité de la scène. Pourtant, si dans les dix premières secondes une énorme déflagration surgit des enceintes et fait exploser quelques tympans, ce ne sera qu'un feu de paille, tant on attendra qu'il se passe quelque chose pendant la longue demi-heure que constituera l'unique titre exécuté ce soir. Pas de rythme ou presque, le plaisir personnel que se font les deux membres du groupe (qui semblait s'appeler "punks are fags" il y a peu) a du mal à toucher le public, la pseudo-progression de ce morceau ne dépassant guère le niveau d'une musique d'ascenseur, et on se demande bien à quoi sert ce genre de prestations : en sus de l'ennui qui règne en maître, les rares interventions vocales sont inaudibles puisque personne n'a songé à fournir le moindre micro au binôme, alors on attend patiemment la suite, allant même jusqu'à imaginer qu'un DJ-set aurait été plus excitant, ce qui est pourtant loin d'être ma tasse de thé !

Le trio qui suit (très vite, le timing est serré) est parisien, se nomme Blackmail (comme des dizaines d'autres dans le monde...), et se compose d'un bidouilleur, d'un chanteur et d'un batteur-percussionniste. On se rend compte très vite que quasiment chaque morceau démarre comme du Suicide, et par la suite il y a deux solutions : soit on reste dans un copier-coller légèrement coldifié mais toujours assez chiant, soit cela s'améliore un peu plus nettement, avec une évolution qui peut se faire en lorgnant du côté d'Alien Sex Fiend ou de Guerre Froide (la voix, surtout), le côté légèrement tribal de la chose apporté par le batteur permettant de s'affranchir de la présence d'un chanteur loin d'être omniprésent, loin d'attirer l’œil voire l'oreille, puisqu'on ne finit par comprendre quelques paroles (en français ou en anglais) qu'à force de répétitions. Bien sûr, certains dans la fosse sont dans une transe assez hallucinante, réussissant sans doute à trouver un côté électro dansable à ce qui nous est proposé, pour ma part je compte les moutons, tout en constatant que je suis sans doute bien le seul à ne pas rentrer dans ce trip qui me dépasse un peu... Peut-être faudra-t-il que j'écoute les versions studio ce ces morceaux pour comprendre ce qui m'a échappé pendant ces 3/4 d'heure ?

Allez, peu importe, l'important c'est ce qui se profile sur la scène, c'est-à-dire le retour de Wire, le quatuor britannique venant défendre son dernier opus "silver/lead", que je dois reconnaître n'avoir pas encore écouté, tout comme son prédécesseur "nocturnal koreans" d'ailleurs, alors que je ne suis pas loin de posséder l’intégralité du reste de la copieuse discographie du groupe qui œuvre depuis 1976 (et deux petites pauses). Cela fait une grosse dizaine d'années que Bruce Gilbert, le guitariste originel, a quitté le groupe, et il est remplacé par le chevelu Matthew Simms, comme la dernière fois que j'avais vu le groupe sur scène, qui se chargera de la plupart des parties distordues, laissant au trio original (le toujours droit Robert Gotobed derrière sa batterie, tandis que Graham Lewis à la basse et Colin Newman à la guitare se partageront le chant) la charge de créer le cadre dans lequel il pourra se laisser aller. Ceux qui craignaient que le groupe se concentre sur ce "silver/lead" a priori peu percutant en seront pour leurs frais, puisque ce ne sont pas moins de 7 titres joués ce soir qui en seront extraits, mais il faut bien dire que même calmes, les titres de Wire prennent toujours une dimension très tendue sur scène, rien qu'au niveau de ce qui sort de la basse et des guitares... Après un ahead introductif qui a dû rassurer les plus craintifs, tant ce morceau trentenaire n'a rien perdu de sa fougue et de son aspect excitant, les trois titres qui suivent sont tout nouveaux, et sont également assez variés, le post-punk de Wire (c'est un raccourci, tant le groupe a expérimenté dans des genres différents depuis plus de 40 ans) prend des chemins suffisamment différents, plus ou moins agressifs, plus ou moins rythmés, pour ne jamais ennuyer. Et lorsque le public commence à s'inquiéter, le groupe ressort une perle, ce three girl rhumba suffisamment efficace pour avoir été pompé par Elastica vingt ans après sa création, mais dans une version totalement restructurée, les paroles semblant les seules rescapées de ce relooking que l'on ne peut qu'apprécier, même si (comme plusieurs fois pendant le set) le chant de Colin Newman, surprenant avec ses cheveux long et son chapeau, tel un Elvis Costello hippie, semble plutôt défaillant, voire un peu déconnecté de la musique. Ce genre de réorchestrations se renouvellera, comme avec underwater experiences, qui n'a jamais été exécuté de manière similaire depuis sa création en 1978, et on s'aperçoit de temps à autres qu'on ne cherche même plus à savoir si ce qui sort des enceintes est neuf ou non, car la démonstration est permanente, sans jamais tourner à l'auto-congratulation, le groupe joue pour son public, invente pour lui, et celui-ci globalement le lui rend bien. Bon, c'est bien beau d'osciller entre 1977-1978 et 2017, mais il y a eu d'autres albums, y compris depuis la renaissance en 2003, alors le quatuor pioche ici ou là, d'un red barked trees toujours aussi incisif à un small black reptile qu'on ne se souvenait pas aussi impressionnant sur "manscape", et toute cette fin de set est d'ailleurs totalement réussie, le short elevated period nouvellement paru aurait tout aussi bien pu exister en 1977, et la conclusion de ces 55 minutes s'effectue avec un over theirs bien calibré, qui reste bien dans la tête tandis que le groupe se fait un peu désirer pour son rappel...
Lorsque Colin et ses comparses reviennent sur scène, c'est là encore en mélangeant les genres et les époques, le silver/lead éponyme donne vraiment envie de rattraper son retard, et si used to ne surprend guère, enthousiasmant au possible, l'ultime titre stealth of a stork est un départ en forme d'apothéose au bout de 70 minutes qui auront à la fois confirmé que le groupe se calme un brin au niveau du rythme, mais qu'il continue à travailler dans le bon sens au niveau de la tension qu'il est capable de créer, et si on l'a vu plus percutant il y a quelques années, on ne regrette nullement de s'être déplacé ce soir, y compris en arrivant un peu trop tôt en regard des deux premiers groupes... On ne sait pas si Wire va encore continuer longtemps, mais sachez que le groupe est encore loin d'être sur la mauvaise pente !


Set-list approximative :
  1. ahead
  2. diamond in cups
  3. an alibi
  4. this time
  5. three girl rhumba
  6. art of persistence
  7. brio
  8. underwater experiences
  9. red barked trees
  10. small black reptile
  11. keep exhaling
  12. split your ends
  13. playing harp for the fishes
  14. short elevated period
  15. over theirs
  16. Rappel : silver/lead
  17. used to
  18. stealth of a stork

La suite, c'est dès ce samedi soir, au Cirque Électrique, avec entre autres le retour des 3 Gnomes.
 
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