[Marnitude / Acetate Zero] the end is not here
Date : jeudi 23 février 2017
Cela faisait plus de quatre ans que je n'avais pas mis les pieds à l'Espace B, plus par manque d'opportunités que par volonté propre, et on constate en ce jeudi soir que le lieu ne change guère, il y a de la pression variée à tarif correct, la salle de concert offre un son pas dégueulasse, la seule chose qui manque un poil c'est le public : à l'heure où la première partie entame son set, on n'est guère qu'une petite quinzaine dans la salle, et encore en comptant les musiciens des autres groupes à l'affiche...
Pour entamer la soirée, c'est un groupe découvert via/pour Abus Dangereux qui monte sur scène, un trio classique (une batteuse, un bassiste et un guitariste acoustique/chanteur) du nom de Marnitude (pas d'explication du nom, en dépit de quelques demandes en provenance de la salle), qui dans la quarantaine de minutes accordées va nous proposer une majorité de titres issus de son dernier album en date "Death of a hedonist", dans un style "slowcore/post-rock" toujours aussi bien maîtrisé. Si le premier morceau voit le bassiste utiliser son instrument comme une guitare (le phénomène se reproduira tout au long du set), dès le second la guitare acoustique est échangée avec une guitare électrique, ce qui va offrir l'occasion de jouer du larsen et de la stridence avec un savoir-faire évident, tout en offrant une vision un peu moins mélancolique des titres que sur la version studio. Les sonorités de la basse sont omniprésentes, et soulignent le jeu tout en douceur de la batteuse, qui l'air de rien tient les titres en permettant à ses deux acolytes de se lâcher, et si l'exubérance est absente de la fosse, c'est assurément que les spectateurs (cela s'est un peu densifié, mais il reste beaucoup de place dans la salle) sont attentifs et appréciateurs de ce qui leur est proposé. Un petit bémol, tout de même : les titres ne s'enchaînent pas, ce qui fait donc un peu retomber le soufflé et l'ambiance à chaque fin de morceau, mais cela est presque anecdotique, tant on est satisfait de constater qu'à ce léger écueil près, la transposition sur scène est réussie, et même ceux qui ne sont pas des fans inconditionnels du genre (je m'inclus dans ces dilettantes) auront été conquis par cette prestation.
Le trio qui suit a été un classique dans mes sorties, mais après un hiatus de plus de 5 ans c'est un plaisir de redécouvrir sur scène Acetate Zero, qui a perdu en route deux guitaristes et se retrouve donc en formule minimale guitare-basse-batterie avec, autre évolution notable, la majorité du chant assuré par E la bassiste, son compère S le guitariste s'approchant de moins en moins du micro. Là encore, on est génériquement dans un "post-rock" assez attendu, les premiers titres étant très directs et rentre-dedans, à grands coups de riffs et de larsens à l'occasion. Lorsque le son se calme un peu, les morceaux deviennent plus intimistes, y compris lorsque le batteur quitte ses fûts pour empoigner une guitare, l'utilisation d'une boîte à rythmes permettant de compenser la difficulté liée à la limitation du nombre de musiciens. Si les concerts d'il y a dix ans avaient tendance à empiler les guitares, ce soir on est confrontés au cœur des morceaux, ce qui est sans doute plus touchant, et ce ne sont pas les changements d'instruments qui vont modifier les choses. Lorsque E prend la guitare et S la basse sur contemplating the existence of the leaves et wavering cares, on sent que la rythmique est un peu plus présente, mais les mélodies sont également plus marquées, sans remettre en cause l'orientation générale du concert. Cerise sur la gâteau, E prend place à la batterie pour les deux derniers titres, et c'est presque une révélation, tant elle y semble à l'aise sur something's got me down ! Étonnamment, l'intro du dernier morceau présenté m'évoque furieusement celle du fire in cairo des Cure, évidemment cela ne dure pas mais donne une dimension supplémentaire à ces trois quarts d'heure qui n'auront pas été gâchés par les quelques pains plus ou moins perceptibles, le groupe sait y faire, y compris sans être à son top, preuve qu'il ne faudra pas hésiter à retourner voir le trio dès que l'occasion se présentera.
Après avoir un peu pris l'air (bien frais), on jette une oreille au dernier groupe de la soirée, un trio (encore !) nommé Summer, et dont la formule est pour le moins étonnante. En effet, nous avons deux guitaristes, un poil en mode bruitistes indépendants, une boîte à rythmes utilisée avec parcimonie, et un chanteur dont les textes sont paraît-il très intéressants. Je reste dans l'expectative, car on ne comprend pas beaucoup les paroles, et surtout j'ai beaucoup de mal avec l'affectation dans la voix dudit chanteur, qui m'évoque globalement bien moins un Ian Curtis qu'un Daniel Darc, et ceci n'est évidemment pas forcément un compliment... Donc musicalement c'est assez intéressant, mais on finit par se lasser un brin, il faut dire aussi que le niveau sonore n'a cessé de croître au fil de la soirée, et si on n'en est pas encore au stade de la douleur, cela n'incite pas à insister, alors on abandonne les spectateurs avec un sentiment mitigé, peut-être faudra-t-il en passer d'abord par l'écoute des versions studio pour réussir à apprécier une éventuelle future prestation ?
Mais cela n'aura en tout cas pas entaché le seul concert de février (rassurez-vous, mars s'annonce bien plus productif), qui aura permis à la fois de satisfaire les oreilles, mais également de discuter avec des musiciens non moins intéressants !
La suite, ça devrait être jeudi prochain, à la Méca, avec entre autres les Garage Lopez, juste avant les Olivensteins dans un Centre d'Animation...