[The Julie Ruin] she decides
Date : jeudi 1er décembre 2016
Si les deux soirs précédents avaient eu lieu dans des ambiances décontractées, en dépit d'une affluence plus ou moins conséquente, ce soir c'est carrément sold-out au Point Éphémère, et l'abandon de la première partie à quelques heures du concert (et l'annonce afférente tardive) fait qu'en arrivant dans la salle bondée, on a le sentiment d'une tension latente, sans explication rationnelle au demeurant...
La dernière annonce prévenait que le concert devait démarrer à 21h pétantes, c'est donc peu après 21h15 que le quintet américain The Julie Ruin arrive sur scène, le groupe étant clairement formé autour de Kathleen Hannah (Bikini Kill, Le Tigre), ce qui se confirmera tout au long du set, puisqu'elle sera presque la seule (avec son claviériste) à parler, les trois autres musiciens (batteur, guitariste et bassiste)... On a gardé des excellents souvenirs des concerts du Tigre, le dernier album de The Julie Ruin est plutôt réussi, il n'y a donc aucune raison pour ne pas être confiant pour la soirée, et si le premier titre i decide semble un poil hésitant, on peut mettre cela sur le compte d'une balance encore à fignoler, voire d'une fatigue qui se sent sur la chanteuse... Mais plutôt que d'enchaîner les morceaux, on va assister à un psychodrame, un spectateur interpelant la chanteuse à propos de l'avortement, et se faisant déjà rembarrer par une partie du public, et deux ou trois titres plus tard, un nouvel échange aboutit au départ de scène de Kathleen Hannah, tandis que la milice arrive dans la fosse pour expulser manu militari et plutôt violemment le bavard, sous les applaudissements des groupies des premiers rangs (des cris d'extase à chaque mot de la chanteuse, cela va au-delà de l'admiration, à mon sens). Effet immédiat ou simple impression, les morceaux qui suivront auront beaucoup de mal à emporter le public, soit par le fait que les morceaux ne sont pas aussi pêchus qu'attendu, soit que les sonorités coin-coin du clavier déconcertent, soit que l'environnement immédiat s'y mette (les danseurs cocaïnés du fond de salle qui passent leur temps à hurler dans les oreilles et ricaner très fort rendent difficile la concentration sur la musique). Cela ne signifie pas que l'intégralité des morceaux soit déplaisante, bien au contraire, on peut citer hit reset, mr so & so ou la reprise de Courtney Barnett pedestrian best comme de franches réussites, même s'il y a d'évidentes faiblesses, mais le côté bavard (et souvent incompréhensible, par un débit bien trop rapide, alors qu'elle a beaucoup de choses très intéressantes à dire et revendiquer) de la chanteuse, les private jokes avec son claviériste, et surtout l'absence d'enchaînements entre les titres empêchent de mettre de côté l'ambiance presque délétère qui règne ici, en sus de rythmes qui pourraient parfois être plus entraînants, le mix entre le rock pêchu et l'électro du Tigre étant bien moins réussi que sur album. On a également l'impression que le groupe lui-même reste perturbé tout au long du set par les incidents du début, et qu'il est plus en mode automatique que vraiment présent - attitude que l'on n'avait jamais ressentie devant Le Tigre, par exemple. Bref, lorsque le groupe quitte la scène, après une petite heure, et même après un rappel rapide d'un unique titre, on sent un public globalement fataliste et un brin blasé, et au fil des échanges post-concert on peut constater que nombreux sont ceux qui repartent avec un sac plus ou moins rempli de déception de la salle. Dommage, vraiment, mais on en est au point de se demander si on se redéplacera la prochaine fois que la chanteuse, avec son groupe ou pas, reviendra chez nous...
On va prendre le temps de se remettre de cette soirée pour le moins perturbante, avant le gros festival punk à la Secret Place de Montpellier d'ici une grosse huitaine de jours.