[Slaves] à bas la charleston !
Date : mercredi 2 novembre 2016
Si le Trabendo n’affiche pas complet en ce mercredi soir, on le déplore autant qu'on peut s'en étonner, la seule bonne nouvelle étant que le public est jeune, très jeune, et si les anciens sont absents, on espère qu'ils le regrettent déjà amèrement.
On attend un bon moment avant que la première partie ne grimpe sur scène, c'est un quatuor anglais, en provenance de Hull (a priori au nord-est de l'Angleterre), et il ne faut pas longtemps avant de se rendre compte que contrairement aux prévisions les plus pessimistes, ce Life réussit le tour de force de conjuguer à la fois l'énergie punk d'un Slaves et la morgue post-punk d'un Protomartyr. Ce mélange vraiment inattendu s'appuie donc sur un chanteur dont l'attitude évoquerait bien le cynisme apparent d'un Joe Casey, extrêmement bien accompagné par un trio guitare-basse-batterie qui nous fait imaginer ce que le duo qui suivra pourrait donner à trois... La basse, énorme, est omniprésente, les deux autres musiciens font dans le bruit et la fureur, de manière encore plus évidente lorsque le guitariste chante/hurle, et il est clairement impossible de rester de marbre devant cette prestation. D'ailleurs, on remarque que Isaac et Laurie sont au milieu du public pour ne pas rater une miette de ces 25 petites minutes, ben oui il fallait bien qu'il y ait un point faible : une durée de set vraiment riquiqui, mais le groupe serait-il capable à l'heure actuelle de donner plus qu'il ne l'a fait ce soir ? Dans tous les cas, on a fait une razzia sur le merchandising, il n'y a encore qu'un CD 3 titres, on espère qu'un format plus conséquent permettra aux Brittons de revenir chez nous pour nous offrir encore plus. Et on peut rêver : le groupe a joué avec Eagulls et Protomartyr le mois dernier, pourquoi ne pas l'imaginer se retrouver encore dans les valises de l'un ou l'autre de ces groupes dans un horizon proche ? Une claque monumentale, donc, qui chauffe le public comme il faut avant l'arrivée de la tête d'affiche !
Et cette tête d'affiche, on en a déjà parlé, c'est le duo anglais Slaves, que l'on suit depuis deux ans avec la même ferveur et sans jamais avoir été déçu par l'une de leurs prestations. Le groupe vient de sortir un album, nommé "take control", qui reste aussi énergique et bouillonnant que ses prédécesseurs, ce soir l'occasion nous est offerte de vérifier qu'il passe le cap du live, et comme on peut s'en douter la set-list sera abondamment garnie de titres qui en sont issus. Pourtant, le premier titre est une rareté "ancienne" (le groupe n'a pas 5 ans d'existence), un how's amelia ? qui indique le ton de la soirée, pour ceux qui en doutaient : l'énergie punk est évidemment toujours là, le duo guitare-batterie (jouée debout par le chanteur) n'est pas là pour faire de/dans la dentelle, et si Isaac attend la fin de ce premier titre pour se retrouver torse nu (et également ôter son bonnet), ce n'est pas que pour la frime, tant on le verra s'agiter, et pas que derrière ses fûts et cymbales... Et dès l'intro de spit it out, on comprend que la majeure partie du public a déjà assimilé le nouvel album (on ne parle pas de l'avoir acheté mais simplement écouté), puisque c'est une ovation qui accompagne ces quelques secondes, avant d'entendre les spectateurs reprendre en chœur les paroles, avec une fosse qui bouge beaucoup mais sans non plus abuser sur les coups. On est au passage dans une série de nouveaux titres, dont les deux gary(skit) et dave (skit) sont des enregistrements de quelques secondes qui restent assez abscons mais permettent au duo d'enchaîner. Play dead est entrainant, pour le moins, tandis que hypnotised faisait déjà partie des set-lists depuis de longs mois, mais l'ambiance monte encore d'un cran avec despair and traffic, l'un des morceaux de bravoure de l'album précédent. Isaac est toujours en mouvement, on l'a dit, mais n'allez pas croire que Laurie reste dans son coin : changeant de guitare à chaque titre (il a un rack comportant 5 instruments !), il tourne sur lui-même, se présente en première ligne face au public, et surtout réussit à faire oublier l'absence de basse à lui tout seul... Lorsque Isaac explique le sens de rich man ("i'm not your bitch man", c'est clair, non ?), c'est là encore une explosion de joie, et le sockets qui lui succède hausse encore d'un cran, si c'est possible, la température dans la salle. Les morceaux se suivent comme s'ils n'étaient pas issus d'albums différents, il y a une vraie cohérence dans tout cela, et à ceux qui estiment que le groupe ne fait que se répéter, sachez que les titres plus anciens évoluent, ce n'est pas un copier-coller d'une tournée à l'autre, et les deux amis savent se remettre en question. Après un the hunter qui crée l'hystérie, pas moins, c'est std's/phd's qui détonne visuellement parlant, puisque Laurie abandonne sa 6 cordes pour un mini-clavier, sans perdre au passage la moindre once de puissance, il faut le noter ! Très bavard, Isaac explique le pourquoi du comment de fuck the hi-hat (pas de chapeau là-dedans, mais bien une charleston pour batterie), morceau très court mais brûlant, avant de le voir empoigner une basse pour cold hard floor, là aussi c'est une boîte à rythmes qui assure le tempo, rapide cela va de soi. Serez-vous surpris d'apprendre que cheer up london vaut une nouvelle fois le déplacement à lui tout seul ? Pour le coup, c'est Laurie qui emploie une basse, mais le son de la guitare ne fait pas défaut, il suffit de savoir bien utiliser sa basse, et Laurie sait - assurément - sacrément bien le faire ! Isaac vient s'asseoir en avant-scène pour steer clear, incitant le public à s'asseoir par terre également, mais cette requête n'est pas réellement efficace, vu que certains rétifs dans les premiers rangs obligent les spectateurs derrière eux à se relever bien plus tôt que prévu... Une fois de plus, Isaac présente un titre en expliquant sa genèse, là c'est where's your car debbie (ou l'histoire vécue par le duo qui a dû ramener une amie d'une amie jusqu'à sa voiture), avant que l'incontournable hey ne souffle sur les dernières braises et n'extirpe les dernières forces du duo, qui nous abandonne au bout de ces 56 minutes sans aucun espoir d'un quelconque rappel. Alors on peut en être marri, mais ce serait sans doute abuser, tant le duo est généreux sur scène, et on imagine qu'il aurait bien du mal à tenir beaucoup plus longtemps à ce rythme infernal. Plus simplement, on aura constaté une fois de plus que le groupe reste extraordinaire sur scène, qu'il sait faire évoluer ses compositions, et on espère bien le revoir bientôt dans nos contrées, on ne le ratera pour rien (ou pas grand chose) au monde !
Set-list :
- How's Amelia?
- Spit It Out
- Gary (skit)
- Play Dead
- Hypnotised
- Dave (skit)
- Despair and Traffic
- Rich Man
- Sockets
- Lies
- The Hunter
- STD's/PHD's
- Take Control
- Fuck The Hi-Hat
- Cold Hard Floor
- Cheer Up London
- Steer Clear
- Where's Your Car Debbie?
- Hey
La suite, ce sera la semaine prochaine, avec le retour des Swans mercredi au même endroit.