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l'ayatollah du rock
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6 juillet 2016

[Ausmuteants] music writers

Date : mercredi 6 juillet 2016

 

 

 

Après une journée  de mercredi passée sur les routes, sous le soleil et parfois dans les bouchons, les travaux et les sens interdits, c’est la RATP qui s’en mêle : la dizaine de minutes d’attente au départ, puis le sempiternel « colis suce pet » qui oblige à quitter le RER à Auber, bref toutes les conditions sont réunies pour rater la première partie de la soirée au Batofar (effectivement, on arrivera trop tard pour Joujou Jaguar), et on angoisse même à l’idée de manquer le groupe qui suit, ce qui nous frustrerait franchement. Coup de chance, le programme a pris un poil de retard, et les musiciens montent sur scène juste au moment où l’on descend dans le ventre de la péniche…

 

Car puisqu’on avait beaucoup apprécié la prestation de Last Night au Pop-Up du Label en septembre dernier, tout autant que l’album, d'ailleurs, il n’y a pas de raison d’envisager un seul instant que la prestation du soir inverse la tendance… Et effectivement, passée la surprise initiale d’un 5e membre (chargé d’un clavier) qui s’ajoute au quatuor habituel (deux guitares-basse-batterie), on retrouve illico l’énergie oscillant entre garage et post-punk que l’on aime chez le groupe, la tendance dark décelée en version studio ne faisant que de rares apparitions pendant les 40 minutes accordées. En dehors d’un problème de batterie (une pédale défectueuse, si l’on a bien compris) qui interrompt le set pendant deux minutes, les morceaux s’enchaînent quasiment sans discontinuer, et sans que jamais ne se perde l’esprit rentre-dedans qui préside aux destinées du groupe, même si les titres sur lesquels le clavier intervient (il n’est encore ni omniprésent ni omnipotent) lorgnent plus sérieusement du côté garage de la chose, avec étonnamment des sonorités que l’on associerait volontiers aux premières années de Frustration, par exemple… En revanche, en l’absence de clavier, c’est dans le punk et/ou post-punk que l’on verse, avec un tempo encore accéléré, une énergie de tous les instants, et des musiciens qui suent à grosses gouttes, car la température déjà peu clémente est accrue par un public bien dense qui commence à bien bouger, signe qu’il apprécie justement le set proposé. Au passage, le quatuor/quintet profite de la présence de spectateurs globalement bienveillants pour tester de nouveaux morceaux, prévus pour le futur deuxième album, et le verdict est simple : ces nouveautés s’intègrent sans souci aucun dans la set-list au sein des plus anciens (c’est-à-dire de l’ordre d’une année !), ce qui augure bien de la nouvelle galette ! Petite curiosité, si Pat le guitariste (bassiste chez Frustration, pour le rappel et la petite histoire) et son bassiste se partagent allègrement les parties vocales (il y a aussi de la superposition), la voix du premier évoque de temps en temps celle de Vérole, ce qui peut créer de petits soupirs de plaisir chez les plus anciens, adeptes des Cadavres… Vous l’aurez compris, s’il y a un unique regret au bout de ce concert, c’est qu’il ne dure pas plus longtemps, on espère donc avoir d’autres occasions (avant le nouvel album, si possible !) de revoir sur scène le groupe, tant il est à la fois au point et percutant, et mérite d’élargir son audience.

 

Le temps de changer un brin la disposition de la scène, de se désaltérer (on échange à regret la Mutzig pour la Heineken), de constater que la péniche tangue beaucoup (on avait perdu l’habitude, puisqu’on n’avait pas mis les pieds ici depuis plus d’un an et demi), et le public revient tranquillement de sa pause clope, ce qui fera rater le début du set des Ausmuteants à bon nombre de spectateurs, et connaissant la brièveté des concerts du quatuor australien, c’est bien évidemment une erreur ! Le groupe (basse-guitare-batterie-clavier, ce dernier empoignant parfois une guitare), dont le chant est partagé entre le guitariste et le clavier, avec également de petites incursions du batteur, part sur les mêmes bases que l’an passé lors de sa prestation à Villette Sonique, c’est-à-dire que tout en nous présentant ses titres, anciens ou à peine sortis du four (le nouvel album "band of the future" n’étant pas forcément maîtrisé par tous les spectateurs, vu qu'il ne sort qu'en août, et n'est disponible actuellement qu'aux concerts), le principe reste que chaque morceau soit très court (la fin peut être très abrupte et brutale), exécuté très vite, de manière à assurer un tempo quasi épileptique, avec un chant souvent presque crié qui ne laisse jamais l’occasion de perdre le fil du set. Musicalement, c’est à la fois toujours à la limite de la dissonance et extrêmement carré, et si les quelques interventions parlées ne sont pas toujours compréhensibles (l’accent aussie n’est pas le seul en cause, il n’est pas sûr que les discours soient toujours bien cohérents…), on en retient au passage que la fascination pour les « cops » est toujours là, mais c’est à peu près tout… Visuellement, le bassiste fait dans le décalque de Johnny Thunders, avec ses cheveux longs, sa maigreur, ses poses et ses mimiques/grimaces, tandis que le batteur arbore (pas très longtemps, il exhibera rapidement ses pectoraux) un joli t-shirt «Crisis », encore une preuve supplémentaire du bon goût des musiciens. Si les quelques vidéos en arrière-plan ne laisseront pas un souvenir impérissable, on retiendra au contraire quelques expérimentations, d’une intro hip-hop à une reprise a cappella des Red Hot Chili Peppers, autant dire que les Australiens font ce qu’ils veulent, mais avec un talent indéniable, et le désappointement est évident lorsque le groupe quitte la scène après… 35 minutes ! Bien sûr, il y a un rappel, qui offre encore l’opportunité aux slammeurs de tester leur portabilité ainsi que la résistance de certaines pièces du bateau, mais ce rappel ne dure pas très longtemps, puisque les lumières se rallument après une prestation totale n’atteignant même pas les trois quarts d’heure… Au final, on ne sait pas si les Ausmuteants sont "le groupe du futur", mais on peut vous assurer que comme groupe du présent ils se posent un peu là, leur côté « fumistes hyper excitants » se confirmant à chaque écoute comme à chaque prestation live, et on est confiant pour l’avenir : si l’écoute du nouvel album ne remet pas en cause ce qui s’est passé ce soir, et il n’y a pas de raison objective pour cela, on restera à l’affût des prochaines visites des antipodes, qui finiront bien un jour par allonger un peu la durée de leurs concerts…

 

La suite, ce sera dès ce jeudi soir, avec un set des Whodunit à la Féline, avant la première partie du Punk DIY Summer Fest qui se déroulera mardi prochain au Gibus.

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