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l'ayatollah du rock
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10 juin 2015

[Kent] on fait c'qu'on peut

Date : mercredi 10 juin 2015

 

C’est à un exercice bien particulier que se livre Kent en ce mercredi soir : revisiter non pas un mais deux albums anciens (« tous les hommes », 1991, et « métropolitain », 1998), le but étant de réunir deux disques poussant dans leurs ultimes retranchements les deux aspects (chanson française pour l’un, rock pour l’autre) du chanteur, qui a eu cette idée en travaillant sur l’intégrale de sa discographie qui vient juste de sortir… Pour l’occasion, c’est le 104 qui lui ouvre ses portes, on se retrouve dans la même salle que le concert de Jello Biafra, par exemple, avec une grosse différence : c’est un concert places assises (moins de 300 places), ce qui convient sans doute mieux à la moyenne d’âge relativement élevée des spectateurs, mais perturbe toujours autant mes repères et mon appréciation globale du set…

Un quart d’heure après l’ouverture officielle des portes, les lumières s’éteignent, et Kent arrive sur scène, chemise rouge et costume noir (le gilet et le pantalon suffisent, pas besoin de veste), avec un (autre) événement spécial ce soir puisque le chanteur décide désormais d’assumer ses… lunettes ! Il nous présente ensuite son pianiste, Marc Haussmann, et entame l’album « chanson française », dans l’ordre exact du disque, avec des versions qui sont évidemment différentes de celles que l’on connaît. On le sait, Kent aime la scène, il y est à l’aise, et n’hésite pas à distiller de petites touches d’humour entre les morceaux, tandis que son jeu sur scène est travaillé, il peut autant mimer pour accompagner les paroles qu’esquisser quelques pas de danse, sa gestuelle est comme toujours très au point, et comme sa voix ne bouge pas non plus (ben oui, il chante aussi !), on n’a pas la sensation d’avoir laissé passer sept ans depuis l’Européen. Duo voix-piano, donc, avec un départ sur tous les mômes, titre qui n’est pas (ou plus, à force d’écoutes ?) mon préféré depuis longtemps, mais qui connaît une deuxième jeunesse dans cette version dépouillée, et qui commence à montrer à quel point le travail du pianiste va être important. D’ailleurs, dès au revoir, adieu, le fait d’ajouter un instrument (Kent empoigne sa guitare acoustique) ne modifie pas la sensation de redécouverte, on a beau pouvoir interpréter l’intégralité de l’album sous la douche, l’émotion survient, et elle ne nous quittera guère lors de cette première partie de set, même lorsque quelques paroles feront défaut (je suis un kilomètre, au fond des bermudes avec un rattrapage tardif) ou lorsque Kent prendra en lèvres son harmonica (l’idole exemplaire, là aussi surprenante de calme, ou illusion d’optique, très réussie). Le moment « fort » de la réinterprétation de l’album se situe quasiment en son milieu, puisque pour « la chanson la plus peace and love de mon répertoire » (dixit Kent), le chanteur prend sa guitare, invite un ami à jouer de l’œuf de zèbre (une petite boîte utilisée en percussion), et échange la Enzo-Enzo originale contre une plus jeune, en l’occurrence Jeanne Cherhal, et nous offre un ni plus, ni moins qui vaut le détour. À partir de ce moment, la fin de l’album ne prête à aucune critique, les morceaux que l’on considérait comme parfaits sur l’album original se retrouvent transfigurés et magnifiés (si, c’est possible !), avec des parties de piano parfois un poil sombres qui permettent de clore en (extrême) beauté ces gros trois-quarts d’heure totalement réussis, qui ont permis de se remémorer les multiples écoutes de cet opus qui n’est pourtant pas revenu sur la platine depuis pas mal de temps. Il faudra y remédier, bien sûr, mais le bilan de cette première partie est suffisamment bon pour appréhender la seconde avec déjà le sentiment d’une soirée réussie.

Le temps d’un petit changement de plateau, et Kent revient sur scène avec ses nouveaux accompagnateurs, soit Tahiti Boy et quelques musiciens qui ne font pas forcément partie de la Palmtree Family. Nous voilà donc avec un batteur, un bassiste, et deux claviers, tout ce petit monde entourant un Kent qui s’est changé, puisqu’il arbore désormais une chemise noir et blanc à col pelle à tarte et aux motifs vaguement psychédéliques. Kent se charge de la guitare électrique, et c’est le deuxième album de la soirée, « métropolitain », qui est passé en revue, et il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que le plaisir ressenti pendant toute la première partie ne fera que de fugaces apparitions lors de cette partie « rock ». Je m’explique : avec une rythmique assez discoïde (même si on n’entend pas trop la basse, les cymbales sont omniprésentes sur la batterie), et des sonorités bien moins orientées électro que sur l’album original qui avait dérouté pas mal de ses supporters, j’ai bien du mal à m’y retrouver, les nappes de clavier ne faisant qu’accentuer cette impression peu avantageuse. On a vraiment le sentiment d’une rythmique assez monolithique, sauf sur a.d.o., qui  de fait est le titre qui s’en tire le mieux (il est même enthousiasmant, il faut le dire !), au milieu de morceaux pendant lesquels on a tendance à se demander quand ils vont réellement démarrer et nous emmener avec eux. Le dernier titre métropolitain va jusqu’à m’évoquer les Doors, autant dire que je ne regrette pas vraiment que cette deuxième partie soit plus courte (37 minutes) que la première, et je reste un peu estomaqué de constater que j’aurai été plus touché par la partie chanson que par la partie rock…

Heureusement, on ne va pas rester sur cette demi-figue, car Kent revient, tout seul, et pendant qu’il se penche vers ses pédales le public entame un à nos amours qui inspire le chanteur, puisqu’il reprend a cappella, sans le mener jusqu’au bout, ce morceau emblématique de sa carrière. C’est beau, d’autant plus que c’est improvisé, mais l’homme est revenu pour nous offrir un tout est là symbolique de la soirée, il ne va pas jouer les 300 morceaux de sa discographie en genre de jukebox humain, et si cet ultime titre est superbe, il ne sera suivi d’aucun autre, à 23h15 chacun peut vaquer à ses occupations, le retour at home permettant de se rembobiner la soirée. Cela permet de confirmer le déséquilibre existant entre une première partie et un rappel magnifiques, et une deuxième partie qui n’aura pas été loin de me laisser indifférent. Mais au final, on ne jettera évidemment pas le bébé avec l’eau du bain, on pourra continuer à écouter les albums de Kent, y compris les derniers, et on verra à l’occasion à retourner le voir sur scène, parce que ça vaut toujours le coup.

 

Set-list :

Partie 1 : « Tous les hommes »

  1. Tous les mômes
  2. Au revoir, adieu
  3. Je suis un kilomètre
  4. On fait c’qu’on peut
  5. L’idole exemplaire
  6. Au fond des Bermudes
  7. Ni plus, ni moins
  8. Montréal
  9. Illusion d’optique
  10. Chienne de vie
  11. J’aime bien mourir un jour
  12. L’homme est une erreur

Partie 2 : « Métropolitain »

  1. Ton bonheur
  2. Orang des villes
  3. Qu’est-ce que c’est le monde ?
  4. Rebelle nouveau
  5. A.d.o.
  6. Laisse tomber la nuit
  7. Métropolitain

Rappel :

  1. À nos amours
  2. Tout est là

 

La suite, c’est dès ce jeudi soir, au Trabendo, avec le retour des Australiens de Radio Birdman.

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