17 mai 2014
[Lene Lovich Band] unlucky number
Date : samedi 17 mai 2014
La Java est un peu plus remplie que d’habitude en ce samedi soir (une centaine de spectateurs, au doigt levé), et cela n’arrange pas la visibilité de ceux qui ne sont pas dans les deux premiers rangs devant la scène (5 cm de haut ?), et comme dès l’ouverture des portes les meilleures places sont prises, les moins rapides se verront obligés de se contenter du son, sauf les plus téméraires qui grimperont sur les tables pour tenter d’entrapercevoir les musiciens...
Il ne faut d’ailleurs pas être trop en retard, puisque les choses sérieuses commencent juste 15 minutes après l’horaire annoncé, et c’est une donzelle seule sur scène avec son violon qui se présente à nous. Kirsten Morrison, puisque c’est sous ce nom qu’elle se présente à nous, s’avèrera s’occuper des claviers pour la tête d’affiche, mais pour le moment (une grosse demi-heure) elle opère sur des claviers et boîtes à rythmes pré-enregistrés, ce qui est rarement un gage de qualité, et surtout ne laisse guère de place à l’improvisation (il est vrai que les premières parties n’ont pas non plus beaucoup de temps à disposition !). Alors, de quoi s’agit-il ? Nous avons une chanteuse de type cantatrice, qui vocalise de manière à évoquer un Klaus Nomi (mais avec moins de folie et de justesse), mais c’est également, voire surtout, Tactile Gemma qui nous saute aux oreilles, le côté synthétique de la musique aidant à cette comparaison qui pourrait être flatteuse. Je dis “pourrait”, car malheureusement le mélange permanent de divers folklores musicaux à tendance à me lasser assez rapidement, j’ai du mal à comprendre l’idée directrice de la chanteuse, et le fait de l’entendre assez régulièrement atteindre ses limites vocales n’aide pas non plus à s’enthousiasmer pour la chose. On ne peut pourtant lui reprocher de ne pas faire d’efforts (elle s’exprimera la plupart du temps dans un français plus qu’honorable et totalement compréhensible), elle va même jusqu’à adapter le bal des pendus (un poème de Rimbaud, pour les ignares poésie-phobes comme moi), mais cela ne me permet toujours pas d’adhérer à ce projet, et, contrairement à une bonne partie d’un public pas très jeune, plutôt féminin et hétéroclite, qui applaudira de manière nourrie l’ensemble de la performance, je ne conserverai sans doute pas de souvenir ému de ce show. Du reste, ce n’est pas dramatique, je n’étais pas non plus là pour la première partie...
Ce qui est en revanche un peu plus embêtant, c’est que je ne serai pas vraiment enthousiasmé non plus par la tête d’affiche, et je ne m’y attendais pas vraiment... En effet, la prestation de Lene Lovich il y a sept ans au DDF à Prague avait été grandiose, en version minimaliste avec son compère Les Chappell, mais ce soir il s’agit du Lene Lovich Band, exit Les donc, place à une claviériste donc, à une bassiste relativement exubérante, à un batteur monolithique et à un guitariste au son pas vraiment léché, et après une arrivée “classique” de Lene sous un immense voile, en route pour 55 minutes pendant lesquelles on se rend compte que le public est composé d’aficionados qui passeront leur temps à danser, chanter en chœur, applaudir, bref qui apprécieront le set sans retenue aucune. Alors, vous me demanderez pourquoi je ne me retrouve pas dans le même état d’esprit ? Lene est très souriante, d’un bout à l’autre du set, le groupe en général semble bien s’amuser, même lorsque le guitariste doit quitter (longuement...) la scène juste après le 2e titre (un blue hotel très, voire trop dansant à mon goût), ce qui permettra de meubler (et de gagner du temps, diront certaines mauvaises langues...). Malheureusement, le son général du groupe n’est pas au niveau que j’attends, le batteur semble n’avoir qu’un rythme à proposer/imposer, le guitariste est lui aussi limité, les claviers sont bien trop en avant, et la voix de Lene bien trop noyée dans l’ensemble... Cela ne signifie pas que tous les titres seront gâchés comme peut l’être lucky number, ou des tentatives de reggae pas vraiment maîtrisées, mais pour un say when au niveau, combien de new toy à peine moyens ? Et si i think we’re alone now est une franche réussite, l’ensemble du set évoque plus une répète loin d’être aboutie qu’un concert de groupe professionnel ! A la limite, ce sont les deux derniers titres du rappel qui permettront de mettre un peu de baume au cœur, le premier too tender (to touch) devant supporter un son bien trop dégueulasse pour pouvoir être apprécié... Ce final, très punk dans le rythme comme dans le son, est conclu par un home is where the heart is à la crudité inattendue mais efficace, et si on omet une présentation des musiciens plutôt lourdingue, cela permet au moins de quitter la salle, après à peine 75 minutes de set, sur une dernière impression positive, et donc inespérée. Bref, dans la famille Lovich, j’aime bien le minimalisme, mais la version en groupe n’aura pas été loin de la douche froide, et on s’en passera sans souci lors des (éventuelles) prochaines venues parisiennes.
La semaine prochaine, il y aura de quoi se remettre dans le bon sens, puisque vont s’enchaîner BA13, Nits, Toy Dolls et Undertones...
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