[Jarboe]
Date : 17 octobre 2012
Mercredi soir, on prend notre temps avant de se rendre à l’Espace B, car le programme annoncé n’est pas forcément attirant, du moins en ce qui concerne la première partie. C’est donc avec pas loin d’une heure de retard qu’on arrive sur les lieux, au milieu d’une foule assez dense, mixte, oscillant entre 25 et 35 ans, et dont on se demandera assez rapidement si elle ne comporterait pas plus d’anglophones que de francophones...
Heureusement, le set du trio Unison vient juste de commencer... Pourquoi heureusement ? Simplement parce que ce soir la règle qui veut que les premières parties soient ennuyeuses ne s’applique vraiment pas ! Le groupe, duo sur CD mais trio sur scène, est peut-être réputé comme étant le meilleur représentant français du “Witch House” (que je serai totalement incapable de vous décrire, d’ailleurs), pour moi ce soir ce sont surtout les Cure et Rise And Fall Of A Decade qui me viennent à l’esprit : un mélange de cold, dark, et d’heavenly, sans doute accentué par le fait qu’on entende très peu la voix de la chanteuse, avec deux guitaristes (ou parfois guitare et basse) qui tissent des nappes autour de la voix et de la boîte à rythmes, un genre de Doktor Avalanche aux sons plus clairs... Un titre en particulier évoquera nettement “Pornography”, et si la voix nous emmène parfois également du côté d’ACWL, on ne peut pas dire que l’on s’ennuie une seule seconde pendant ce set, et c’est une découverte vraiment intéressante. Un regret, mais de taille : pas le moindre merchandising, pas la moindre opportunité de discuter avec le groupe, que l’on devra suivre à la trace pour confirmer cette superbe surprise !
Une certitude : les rangs se sont largement clairsemés pendant le changement de scène, et c’est donc devant une demi-salle, dense et très attentive devant la scène, et plus turbulente et dissipée aux abords du bar (ah, si le héros du film “god bless america” avait pu continuer sa tâche ce soir...), qu’une grande brune, toute de noir vêtue, traverse la salle, s’installe devant son piano et commence un set sombre qui ne peut qu’évoquer Diamanda Galas (indépendamment de l’allure). Là aussi, on est à fond dans le dark, il ne faut pas espérer avoir droit à la moindre blague ce soir, on sent que toute la misère du monde s’est abattue sur le nord du XIXe arrondissement... On se demande tout de même s’il n’y avait pas d’erreur sur le programme, car Jarboe ne ressemblait guère à un corbeau la dernière fois qu’on l’avait vue et écoutée (au Nouveau casino, il y a presque 7 ans), et effectivement à la fin du premier morceau la blonde chanteuse monte sur scène pour prendre le relais de sa pianiste, qui continuera tout de même à jouer de son instrument et à chanter, ce qui permettra de faire varier les effets de voix entre les deux vocalistes. Et si on était d’entrée de jeu dans le registre sombre version Galas, avec Jarboe c’est désormais clairement du côté de Gitane Demone (“facets of blue”, par exemple) qu’il faut se tourner : on est moins dans le dramatique, mais l’ex-Swans ne fait pas non plus dans la gaudriole, et les titres qui vont s’enchaîner sans beaucoup de tentatives d’échanger avec le public (à peine la pianiste se voit-elle poussée à dire difficilement trois mots en français en fin de set) sont superbes, on mise tout sur la voix et le piano, il n’y a pour ainsi dire pas de jeu de scène, sauf à admettre que de faire tourner le micro autour de sa bouche est une variation intéressante à narrer... Un constat, malheureux celui-là, concerne la qualité sonore du set, qui laisse à désirer, ce qui est d’autant plus désastreux dans des conditions acoustiques : il n’y a pas de guitare électrique pour noyer le souffle inhérent au micro, et cela correspond à une réalité, qui est que ce n’est pas vraiment une salle dédiée aux concerts... Menfin, le set demeure toujours plaisant, et on ne peut que se désoler de le voir se terminer après seulement 50 minutes, mais les appréhensions qui pouvaient exister avant le concert (Jarboe fait des prestations très variées d’une tournée à l’autre) se sont dissipées dès le début du set, et ne sont jamais réapparues. Un très bon set, un poil court, mais qui clôt excellemment une soirée totalement réussie : ce n’est pas évident de sortir de chez soi à reculons (temps maussade, fatigue...) pour finir enchanté de sa sortie !
Une semaine de repos, avant un enchaînement Wraygunn (jeudi) / Danko Jones (vendredi) / Eighties Matchbox B-Line Disaster (samedi) qui risque de nous laisser sur les rotules...