{Even If] même si, et oui
Date : 15 septembre 2012
La rue Pierre Fontaine est par principe très animée, ce qui n’est pas forcément positif dans mon esprit (on n’est pas loin de Pigalle...)... Et le Bus Palladium semble avoir attiré la grande foule en ce samedi soir, avec une bonne cinquantaine de jeunes (on parle ici de mineurs, entre 13 et 16 ans, à vue de nez !) qui piaffent d’impatience en attendant l’ouverture des portes. Pas de bol, au moment où l’entrée devient possible, on s’aperçoit que les Bus n’est accessible qu’aux majeurs, ce qui laisse sur le carreau un bon nombre de spectateurs potentiels qui finiront sans doute la soirée dépités...
Et c’est sans doute le premier groupe qui en pâtira le plus, car on peut penser que les jeunes Spartes avaient attiré sur leur nom les jeunes désappointés : camarades de lycée ou simple bouche-à-oreille, la fosse est donc bien moins remplie que prévu, en dehors des familles des musiciens, et la demi-heure offerte au groupe (ils n’ont pas profité des 40 minutes qui leur étaient imparties, c’est rare !) permet tout de même de s’en faire une impression rapide. Le quintet (et pas quatuor, comme annoncé sur le site du Bus !) œuvre dans un style psyché/rock évident, avec le clavier-orgue omniprésent, des envolées de guitares “à la mode de”, une rythmique parfois à la limite, mais pas d’erreurs manifestes, le groupe ne prend pas de gros risques, et plaît assurément à ses admirateurs ! Les titres sont évidemment un poil trop long à mon goût, les références sont bien trop marquées, mais dans l’ensemble on peut (pour ceux qui aiment le genre) apprécier la performance : rien n’est révolutionnaire, mais cela pourrait évoluer positivement, en prenant plus de personnalité, comme sur le morceau joué avec un guitariste additionnel, qui change pas mal l’orientation musicale du groupe.
Vous l’aurez compris, ce n’est pas la première partie qui m’avait conduit au cœur de Paris en ce samedi soir, mais plutôt la première apparition scénique parisienne de Even If, un sextet composé de gens qu’on apprécie, issus de divers groupes (Lézard, Le Cercle, France Cartigny...), et qui ont continué, repris et fait aboutir l’idée initiée par Daniel Roux (à qui le concert est dédié), avec en point d’orgue un CD-BD (est-ce l’inverse ?) qui paraîtra le 16 octobre prochain... Peu d’infos ont paru concernant ce concept global, en dehors de l’idée d’un super-héros, Even If (si j’ai bien compris), et au niveau musical rien n’a filtré, ce qui oblige à avoir une écoute totalement open au moment où le groupe arrive sur scène. Impossible également de citer le moindre titre, ce compte-rendu se fera donc en aveugle, très grossièrement, il faudra attendre le mois d’octobre pour pouvoir mettre des titres sur les impressions de ce soir. Donc que peut-on dire de la dimension musicale du projet ? Eh bien, c’est très pop, et j’avoue même avoir été décontenancé sur deux ou trois titres, dont un simili-twist très kitsch, même si la bonne humeur qui règne sur scène réussit à amortir le choc auditif... Mais à part ces trois titres, qui demandent une réécoute attentive, bien sûr, l’ensemble est de très bonne tenue, les morceaux sont à la fois de structures complexes et agréables à l’oreille, on reconnaît par exemple très bien la patte guitaristique de Sylvain Cartigny, et pour une fois la juxtaposition de deux batteries (Richard et France) est un réel enrichissement, tant les deux se complètent et évitent de se superposer. Les voix (en anglais et en français) sont prises en charge de manière très collective, puisque ce ne sont pas moins de quatre chanteurs qui les gèrent (Paul, Fanny, Sylvain, France), ce qui offre une palette de diversité très intéressante, qui prendra sans doute toute sa valeur sur la galette (par exemple, la voix de Fanny est assez peu audible, ce soir...). Et si l’on parle de pop, que l’on ne s’y trompe pas, l’énergie est là, comme toujours, que cela soit au niveau rythmique ou des guitares, il y a du gros son qui sort des enceintes, et on peut parier que deux ou trois titres pourraient très bien faire bouger les foules en concert... Certains titres, très fins, pourraient sembler assez radio-friendly, mais je ne sais pas vraiment quelle radios passent encore de la musique à l’heure actuelle... L’alchimie au sein du sextet est évidente, même si Raphaël se retrouve un poil en retrait derrière ses machines, et on ressent quelque part la satisfaction du devoir accompli, et le public ne s’y trompe pas, qui réagit avec ferveur tant aux titres qu’aux petites blagues que les uns et les autres se font sur scène. 45 minutes de prévues, 45 minutes effectuées, il n’y a pas à perdre l’occasion de jouer, et le groupe se permet d’ailleurs un petit rappel, histoire de combler tout le monde, et de faire encore monter l’impatience en attendant le 16 octobre !
Le temps de se remettre de ses émotions, et de vider la scène, c’est un duo qui arrive pour clore la soirée : Clinic Rodeo est composé d’une batteuse et d’un chanteur-guitariste, et certains y verront évidemment une énième resucée des White Stripes... La comparaison est facile, évidente, et également difficile à éviter, mais on est bel et bien placé dans un registre bluesy sale, tant dans les sons de guitare que dans les voix. On peut regretter une certaine monotonie dans le jeu de batterie, qui manque à mon goût d’un peu de folie, et la différenciation des titres qui se succèdent n’est pas forcément flagrante, ce qui pose un petit bémol à l’appréciation globalement positive qui peut émaner de ce set. Lâchez-vous un peu plus, et nous pourrons vous rejoindre dans votre folie, c’est tout ce qu’on peut leur souhaiter !
Prochaine probable sortie en fin de mois à l’Espace B, avec Object au programme.