[Kid Creole and the Coconuts] mister softee
Date : 26 janvier 2012
Si 2012 doit être l’année de l’Apocalypse, cela n’empêche pas vraiment les salles de spectacles de vivre, si on en juge à la longueur de la queue qui s’étend à partir du Bataclan… Mais on se rend compte en entrant dans la salle qu’il s’agit uniquement de spectateurs arrivés à l’heure, et que les portes viennent de s’ouvrir, car cela sonnera un peu le creux au moment où les lumières s’éteindront, et si le taux de remplissage sera honnête pour la tête d’affiche, on restera encore assez peu serrés dans la fosse, le premier concert sold-out de l’année ne sera pas pour ce soir !
En guise d’amuse-oreille, une demoiselle seule avec son piano, qui apparemment possède un nombre important d’aficionados : Laura Mayne a paraît-il fait partie du duo soul-acid-jazz « Native » il y a quelques années, ce qui peut expliquer que des refrains soient repris en chœur par le public. Pour ma part, ces 25 minutes me permettent d’aller faire un tour du côté du bar, car je suis totalement insensible (qui a dit réfractaire ?) à ce genre musical, et j’ai toujours du mal à trouver le moindre rapport avec la tête d’affiche…
Ah, la tête d’affiche… D’aucuns m’avaient prédit une soirée de souffrance, tant la perspective d’ouïr des sonorités aussi éloignées de mes canons habituels semblait improbable… Qu’ils soient soulagés, je suis vivant, mes oreilles restent dans un état tout à fait correct, et je n’ai pas eu la moindre migraine ! Car s’il est vrai que le genre « Funk / Latino / Tropicale » n’est habituellement pas mon style de prédilection, la perspective d’assister à une prestation de Kid Creole and the Coconuts est largement de nature à m’émoustiller… Biberonné au premier album (“off the coast of me”) du groupe toujours emmené par un August Darnell que l’on attend aussi pétulant, je suis donc à la fois impatient et légèrement anxieux, d’autant que je n’ai pas pris le temps de jeter une oreille sur le dernier album en date, qu’on imagine bien être la pièce centrale de la soirée !
Pourtant, l’arrivée du groupe se fait en douceur, avec des musiciens qui prennent leur temps, et le fidèle Bongo, seul rescapé des débuts (avec le maître de cérémonie, bien sûr), est chargé de préparer l’arrivée du kid et de ses Coconuts... On ne s’attend évidemment pas à ce que celles-ci aient le moindre rapport avec les originelles, et c’est donc un jeune trio européen (une Italienne, une Anglaise et une Finlandaise) qui fait office de Coconuts, dans le style qui était valable il y a 30 ans, c’est-à-dire en petites tenues aux couleurs léopard... Arrivée ensuite du seigneur Darnell, en costume rose typique, avec des références évidentes aux big bands des années 30 (Cab Calloway a toujours été cité), et cette façon inimitable de porter les larges pantalons avec la ceinture au-dessus du nombril... Pour débuter, un classique, légèrement réorchestré (comme le seront d’ailleurs tous les titres, on n’est pas dans de la copie d’album, c’est du vrai live !) mais totalement jouissif, ce Caroline was a drop-out place le set sur de bons rails, et on peut noter immédiatement que le chanteur n’a vraiment rien perdu de ses qualités vocales, tandis que le reste de son groupe est visiblement au point ! Quand on parle de reste du groupe, on remarque qu’avec un trio de cuivres, un pianiste, un guitariste, une chanteuse et une paire basse-batterie, pendant que Bongo gère les percussions, ce sont pas loin de 13 personnes qui se trouvent sur scène, chiffre très honorable et qui fait fi de toutes les superstitions... Ca enchaîne avec un autre tube, tout aussi incontournable, puisque ce i’m a wonderful thing, baby commence à créer des espaces de danse aux quatre coins de la fosse, et si on s’intéresse de plus près aux activités des uns et des autres, on constate très vite que les Coconuts n’ont des micros devant elles que pour la forme, on n’est pas toujours sûr qu’elles chantent réellement, il apparaît évident que c’est surtout pour leur plastique, incontestablement affriolante, que les trois danseuses ont été recrutées, et que la chanteuse située en arrière-plan est là pour compenser à elle seule les manques vocaux de ses 3 comparses... Les Coconuts se changent, troquant les tenues courtes pour des tenues suggestives, de ce côté il n’y a plus de surprise que pour les couleurs des vestes, soutifs ou shorts, tandis que August continue à remonter le temps avec un Endicott tout à fait appréciable, puis un no fish today qui calme largement le jeu, tant dans le tempo que dans l’aspect scénique...
Et c’est à partir de ce moment que la notion de big band prend tout son sens, puisque Le Kid et ses Coconuts abandonnent la scène pour laisser une grande place au reste du groupe : c’est d’abord une interprétation assez sage du multi-repris my boy lollipop, pour les cinq minutes de gloire de la chanteuse, avant que le Bongo ne se mue en Blues Brother réincarné, pour un sweet home chicago sans originalité aucune, mais qui marche toujours auprès de ce public conquis d’avance, qui sera suivi par un flip flop fly sur lequel Kid Creole revient sur scène, et cet épisode plus blues, s’il plaît à la majeure partie des spectateurs, semble en revanche en désoler certains, qui estiment (à juste titre, parfois) que la qualité musicale n’est pas à la hauteur de l’événement... On replonge tout de même dans les tubes des années 80, histoire de continuer à se trémousser sur des titres archi-connus, et c’est après 70 minutes très chaudes que le groupe quitte la scène, sous les applaudissements inquiets d’un public qui craint de voir la séance écourtée...
Que nenni, le groupe revient assez vite pour reprendre ses méfaits sur de nouvelles bases, puisque c’est LE temps des nouveaux titres, avec une ré-interprétation de ticket to the tropics puis le tout nouveau this is my life, pas de quoi se rouler par terre mais des morceaux quand même appréciables et appréciés, le Kid dans son nouveau costume blanc (jaune avec les éclairages) reste dans une forme extraordinaire, il est loin de faire ses 60 ans, bouge beaucoup, occupe largement sa scène, et fait totalement honneur à sa réputation de showman. Pour la petite histoire, les Coconuts ont revêtu leur maillots de bain léopard, continuent leurs chorégraphies, mais n’attirent plus forcément tous les regards, car il y a pas mal d’autres choses qui se passent sur scène... Ce petit quart d’heure écoulé, le groupe repart en coulisses, mais on se dit qu’il ne peut terminer sur des nouveaux titres, qu’il va bien y avoir une plongée dans les plus anciens morceaux du répertoire...
Effectivement, le groupe revient pour un second rappel, deux titres anciens qui sont étirés jusqu’à plus soif, histoire de permettre aux danseurs d’en profiter encore un brin, aux musiciens de s’amuser (au moins pour ceux qui sont sur scène), et c’est sur la dernière vision de Coconuts en robes blanches presque sages que le concert s’achève, après 110 minutes sans grande surprise mais sans déception véritable non plus : le Kid reste un chanteur excellent, un showman évident, et s’il n’est pas forcément soutenu par un groupe au top, cela tient peut-être au fait que les concerts sont une denrée rare pour le groupe, et que les musiciens ont une apparence de requins, sans investissement personnel outre mesure, ce qui donne un set professionnel mais manquant un poil de folie ! Mais pour un premier concert de l’année, je ne me plains pas le moins du monde, c’était la première fois que je voyais ce groupe sur scène (après avoir usé mes disques pendant 30 ans), et je n’ai pas de déception majeure – hormis l’absence de titres de “off the coast of me”, bien sûr !
Set-list
- Caroline was a drop-out
- I’m a wonderful thing, baby
- Endicott
- No fish today
- My boy lollipop
- Sweet home Chicago
- Flip flop fly
- Stool pigeon
- Don’t take my coconuts
- Annie, I’m not your daddy
Rappel 1
- Ticket to the tropics
- This is my life
Rappel 2
- (No more) casual sex
- My male curiosity
Une grosse semaine de patience avant de tester les Wild Flag de Carrie Brownstein (ex-Sleater-Kinney) à la Flèche d’Or.