[Gang of Four] very great men
Date : 18 mars 2011
En ce vendredi soir grisaillant et humide, le Trabendo peine à se remplir, et chacun se réchauffe comme il peut, quitte à tenter les assez fades chiens-chauds, en attendant que l’atmosphère se charge et que les spectateurs arrivent...
En guise de hors d’œuvre, il nous est proposé un quatuor tourangeau d’allure assez juvénile, et les Divine Paiste démontrent par leur musique “Electrique / Indépendant / Rock” qu’en dépit de leur jeune âge ils ont pas mal travaillé pour réussir à nous offrir des compositions aux références dance-rock fortement prononcées... Même si cela manque un peu d’originalité, et qu’à chaque titre chacun a tendance à trouver dans les 10 secondes le groupe d’influence (au fil du set et des spectateurs, Radio 4, Rakes, Bloc Party, on navigue dans des eaux connues !), le groupe tente de sortir des sentiers battus, avec plus ou moins de réussite (on pourrait allègrement se passer des claviers), et le public réagit avec une certaine bonhommie à cette prestation, ce qui est déjà bon signe ! On peut même parler d’applaudissements nourris à la fin du set, et nul doute que certains suivront l’évolution du quatuor de près...
Après un temps honnête pour passer par la case boisson/sustentation, les lumières s’éteignent et une musique d’allure chamanique amérindienne envahit les lieux, désormais bien remplis tout en restant loin du surnombre, et après quelques minutes les Gang of Four arrivent sur scène. S’ils restent bien à quatre, on ne retrouve plus que deux membres originels des précurseurs du post-punk (et même icônes de la vague dance rock d’il y a quelques années, Bloc Party ou Franz Ferdinand en tête), soit le chanteur et le guitariste, et les préposés à la rythmique, ô combien importante dans la musique du groupe, sont ainsi deux “petits jeunes” (un quadra aux fûts, un presque trentenaire à la basse, qu’on tenait pour le seul membre excellent des insupportables El Presidente), qui démontreront assez rapidement qu’ils n’ont pas été choisis pour rien, et qu’ils sont totalement dans l’esprit de leurs prédécesseurs... Histoire de prouver aux sceptiques que le groupe n’est pas là uniquement pour relever les compteurs, cela démarre avec un titre tiré du dernier album, you’ll never pay for the farm, qui est accueilli avec une certaine circonspection par un public qui visiblement maîtrise mieux les morceaux historiques que les dernières nouveautés... Mais ce flottement ne dure pas, puisque le groupe enchaîne ensuite les titres anciens, dans des structures ne s’éloignant pas des versions originales mais qui montrent que le son du groupe reste assez intemporel, et tout à fait d’actualité ! Le chanteur, Jon King, occupe suffisamment la scène et les trois micros (pas besoin de traîner des fils !) pour faire oublier que le groupe existe depuis plus de 30 ans, et si certains esprits chagrins estiment que la sincérité manque un poil dans cette prestation, ce n’est pas l’avis de la plupart des spectateurs, qui apprécient à leur juste mesure la valeur des versions proposées, même sur des titres moins connus des puristes, tel ce i parade myself rescapé du très sous-estimé “shrinkwrapped”, dernier album en date (1995) avant le petit dernier “content” de cette année... On constatera d’ailleurs que le groupe ne jouera pas plus de 4 titres du nouvel album, dont certains, je pense en particulier à do as i say, pourraient fort bien passer pour des inédits du début des années 80 ! On notera tout de même, en faisant preuve d’honnêteté, que le point faible du concert consistera en une version hyper vocodée et totalement incongrue du it was never gonna turn out too good, ce qui permet de faire retomber la tension, placé qu’il est après un anthrax anthologique, dont l’intro énorme et les larsens persistants montrent la puissance toujours présente. Tout au long du set, la basse reste vraiment d’un niveau incroyable, permettant à Andy Gill de s’amuser avec sa guitare, la notion d’amusement étant assez éloignée de la réalité d’ailleurs, puisque si le groupe semble assez détendu, et n’hésite pas à tenter de communiquer avec le public, mais on reste très sérieux, et la passion avec laquelle Jon entame to hell with poverty confirme que les paroles ont été réfléchies et sont assez éloignées des bluettes sentimentales que l’on peut retrouver chez certains ! Intense joie personnelle, si les albums “hard” et “mall” sont totalement oubliés dans la set-list, on retrouve des joyaux tels ce why theory ? qui apparaissait sur l’album héroïque “rock against racism”, ou un what we all want qui n’a pas pris une ride... Une heure de set toute ronde, et voilà le groupe qui quitte la scène, mais revient assez rapidement, et le rappel est l’occasion de donner de la voix et de remuer du popotin, puisque tout cela reste éminemment dansant, et comme souvent on remarque la réussite dans le mélange des voix, assez claire pour Jon King, quoique un peu altérée par l’âge, et plus grave et posée pour Andy Gill, ce qui permet de retrouver sur scène des juxtapositions très étonnantes, que l’on pensait réservées aux albums studio où l’on peut multiplier les pistes... Deux titres, dont un at home he’s a tourist incontournable, puis le rappel se termine, mais un deuxième rappel nous attend, qui sera conclu bien évidemment par les “goodbye” du damaged goods attendu par tous, dans une version très réussie, même si j’estime qu’il aurait pu avoir encore un peu plus de pêche... Mais au final on aura eu droit à 80 minutes de très bonne facture, avec un groupe très bien en place, très énergique, et s’ils veulent bien revenir avant 5 ans (la dernière date parisienne était en novembre 2006 !), on les accueillera avec délectation !
Set-list
- you’ll never pay for the farm
- not great men
- ether
- i parade myself
- paralysed
- a fruitfly in the beehive
- anthrax
- it was never gonna turn out too good
- what we all want
- why theory ?
- we live as we dream, alone
- to hell with poverty
- do as i say
- Rappel : he’d send in the army
- at home he’s a tourist
- Rappel 2 : i love a man in a uniform
- damaged goods
La suite, c’est le concert des Wampas ce samedi soir, dans le cadre de l’hommage à Brassens à la Cité de la Musique...