Date : lundi 24 février 2020

 

On s'attendait à trouver un Trianon un peu mieux rempli, en ce lundi soir, mais à l'heure où la première partie débute on remarque une fosse bien remplie devant la scène, quelques fauteuils occupés à l'étage, et c'est à peu près tout, le bar et le merch' sont assaillis par pas grand monde, et il faudra vraiment attendre que la tête d'affiche pour que la salle se remplisse correctement, sans plus...

 

Pour chauffer un public que l'on sent très bienveillant, c'est un trio féminin qui est sur scène, Harkin est composé d'une guitariste-chanteuse et d'une section rythmique, les trois musiciennes étant alignées en bord de scène. Pour faire rapide, je trouve très vite que le chant évoque furieusement Warpaint, sans doute avec ce mélange de voix féminines, mais je dois avouer que musicalement également on retrouve certaines similitudes, et c'est plutôt une bonne chose, la chanteuse-guitariste anglaise ayant réussi à bien s'entourer pour cette tournée. Mais il faut également admettre que de temps à autres, on entend certains titres un poil plus insipides, en mode rock FM américain, et surtout constater que ce qui fait vraiment défaut à cette prestation, c'est un ou deux tubes, des morceaux qui vous feraient basculer dans l'addiction, alors que tout au long de cette demi-heure on reste au bord, en se disant que c'est plutôt sympa, mais qu'on est loin d'en redemander toutes les semaines... Allez, un petit effort pour la prochaine fois !

 

Il y a déjà 5 ans, Sleater-Kinney nous avait offert une performance de très haut niveau à la Cigale, qui avait été immortalisée sur un album live montrant à quel point le public et les musiciennes étaient chauds ce soir-là, aujourd'hui si les deux guitaristes-chanteuses sont toujours présentes, on retrouve en accompagnatrice la chanteuse Harkin, qui n'a bénéficié que d'une demi-heure pour changer de costume et va gérer la basse, mais également un clavier voire une guitare et des chœurs, et était déjà présente la dernière fois, mais aussi une batteuse qui n'est plus Janet Weiss (qui a donc laissé son siège à Angie Boylan, peu après l'enregistrement du dernier album en date, "the center won't hold") et enfin une seconde multi-instrumentiste, Toko Yasuda étant le pendant, visuellement également, de Harkin. Nouvel album donc, cela signifie que la set-list va être remplie de nouveaux titres, au moins pour moi qui n'ai pas encore écouté ce dernier album, et cela démarre d'ailleurs avec le morceau éponyme, suivi de hurry on home, qui s'avèrent l'un comme l'autre un peu éloignés des standards de SK auxquels on était habitués, avec une présence évidente des synthés, plus ou moins mis en avant, et une certaine recherche pop à laquelle on ne s'attend pas forcément. On recule de 5 ans avec price tag, qui surprend d'autant moins qu'on le maîtrise mieux, on constate avec un soupçon d'inquiétude en ce début de concert que Corin Tucker semble avoir des faiblesses dans la voix, mais rassurez-vous cela ne durera guère, juste le temps de chauffer les cordes vocales et on retrouvera tout ce qu'on peut aimer chez elle. D'un autre côté, Carrie Brownstein ne va pas hésiter à jouer la guitar-heroin, dès le début du set et jusqu'au bout du concert, et si parfois son instrument empêchera de bien entendre celui de Corin, on finira par comprendre que c'est cet équilibre qui convient au groupe, ou du moins aux deux leadeuses, et on sait que cela fonctionne réellement bien comme cela. Bien sûr, je dois avouer que the future is here m'est quasi-douloureux tant il me semble synthétique, mais comme le groupe enchaîne directement sur jumpers, l'un des moments de gloire attendus du groupe, et qui ne déçoit pas le moins du monde, là on est remonté 15 ans en arrière, et on sent que le concert va enfin prendre son envol. Le quintet, tout de noir vêtu (en version robe, short ou pantalon, au choix), va enquiller quatre morceaux remontant jusqu'au début du siècle, et la température est soudain montée d'un cran dans la salle, on sait que même les fans les plus hardcore préfèreront toujours un titre un peu plus ancien qu'une nouveauté, et c'est le cas, il faut dire que oh! ou ironclad mettent la barre sacrément haut, et ces deux titres quasiment enchaînés précèdent le nouveau ruins, le second titre dont je me serais bien passé ce soir, toujours ce problème avec le synthétique, et les vocalises aussi d'ailleurs, qui ne sont pas contrebalancées par les guitares. Rassurez-vous, c'est le dernier moment faible de la soirée, tous les autres nouveaux titres passeront comme une lettre à la poste, et il faut avouer qu'en glissant un what's mine is yours ou all hands on the bad one,  le groupe joue sur du velours - avec parfois quatre guitares en même temps, vous pouvez imaginer le déluge que cela peut créer ! Les deux chanteuses se relaient, mais se complètent aussi à l'occasion, c'est beau tout simplement, et si ni l'une ni l'autre n'est très bavarde, on a quand même droit à quelques petits mots, qui au final laissent à entendre que le groupe aime jouer à Paris, et cela se sent, y compris sur les visages souriants de Corin et Carrie. Bad dance et son intro improbable est une vraie réussite, on retourne au siècle passé avec one more hour ou start together, et the fox est la preuve qu'on peut faire du gros son avec une certaine finesse - on le savait, mais ça fait du bien de le vérifier de temps en temps. Love puis can i go on s'avèrent presque pop (on sait ce qu'on peut faire de "presque pop" avec quelques guitares...), on retourne au rock bien rentre-dedans avec a new wave, et bien évidemment on ne voit pas le temps passer avec ces aller-retours entre passé et présent musical. Le set (75 minutes, globalement sacrément intenses !) se termine avec entertain, de quoi se défouler dans la fosse, et le groupe quitte la scène - on le sait que c'est pour de faux, mais le groupe doit tout de même apprécier le boucan produit par les spectateurs qui en veulent encore.

Les spectateurs ne vont pas être déçus, puisque Corin et Carrie reviennent sur scène, Carrie s'installe derrière un piano, offrant un bel écrin à Corin pour broken, avant que Carrie ne glisse un petit speech relatif à l'état du monde, précédant l'attaque du classique parmi les classiques avec ce modern girl qui n'a pas pris une ride. Une petite gâterie tient en cette reprise (pour la première fois) du gloria de Laura Branigan (oui, je sais, l'original est proche de l'immonde), sur lequel le groupe réussit à faire danser le public, cela fait d'ailleurs beaucoup rire les musiciennes, qui décident en récompense d'ajouter un titre à la set-list, alors au lieu de terminer directement avec dig me out, comme sur toutes les autres dates de la tournée, c'est words and guitar qui s'intercale, vous pouvez imaginer la joie dans la fosse, et c'est ainsi que le groupe termine ses 95 minutes d'une prestation qui n'aura pas été exceptionnelle d'un bout à l'autre, mais qui sera montée en puissance et aura tenu ses promesses - et également incitera sans doute la majeure partie des spectateurs présents à revenir, si l'occasion s'en représente. Quant au nouvel album, hormis deux titres qui ont peu de chances de me convenir en version studio, y jeter une oreille pourrait permettre de passer un bon moment...

 

Set-list :

  1. the center won't hold
  2. hurry on home
  3. price tag
  4. the future is here
  5. jumpers
  6. bury our friends
  7. oh!
  8. ironclad
  9. ruins
  10. what's mine is yours
  11. all hands on the bad one
  12. bad dance
  13. one more hour
  14. start together
  15. the fox
  16. love
  17. can i go on
  18. a new wave
  19. animal
  20. the dog/the body
  21. entertain
  22. Rappel : broken
  23. modern girl
  24. gloria
  25. words and guitar
  26. dig me out

 

La suite, ce sera ce mercredi soir, au Cirque Électrique, avec le(s) retour(s) des Brassen's Not Dead et de PKRK.