Date : jeudi 20 février 2020

 

Cela fait du bien de découvrir de nouveaux lieux de concert dans Paris, et ce soir au Quai de Bourbon il est fort probable que je me prépare à assister à mon premier concert sur l’Île de la Cité, ce qui au demeurant ne me fait ni chaud ni froid (ni humide ni sec, d'ailleurs).

 

Le lieu est surprenant : un bar à vin à l'étage, mais qui est loin de faire branchouille, et propose une bière pas très chère et agréable en bouche, et on descend des escaliers à capacité limitée pour atterrir devant une mezzanine, qui surplombe une scène, et en descendant encore on se retrouve sous la mezzanine, donc sous la scène, avec des spectateurs collés aux musiciens, autant dire que c'est improbable et sans doute difficile à gérer pour les groupes, puisque c'est la batterie qui est sur la scène et donc est placée au-dessus des autres musiciens... Qu'on se rassure, aucun des groupes qui jouera ce soir ne se plaindra, en tout cas pas de la disposition des lieux... C'est un trio qui démarre la soirée, une fois que le batteur a réussi à retrouver le chemin de son siège derrière ses fûts, avec sa bière à la main, le chant étant chez Frankreich assumé par le guitariste, le bassiste étant chargé d'enjoliver le tout avec le batteur. Pour tout avouer, je ne sais pas à quoi m'attendre au moment où les potards sont poussés dans le rouge, mais assez rapidement je comprends à quoi je suis exposé : pendant une grosse demi-heure (c'est une estimation, car le changement de corde du guitariste en milieu de set aura duré un petit moment...), j'ai le sentiment d'entendre des morceaux qui finalement se ressemblent pas mal, dans un genre que je ne maîtrise pas vraiment, avec une batterie lourde qui s'appuie beaucoup sur les cymbales (il y a quand même quelques changements de rythme), et un côté lourd et (très) lent (qui a écrit "doom" ?) agrémenté de riffs larsenés, et d'un chant que je qualifierais de crust geignard, si cela peut avoir un sens... C'est donc assez violent, mais loin d'être inaudible, y compris au niveau de la qualité et du niveau sonores, et la reprise terminale de Flipper (ne me demandez pas le titre) n'est pas non plus dégueulasse, autant dire que si je n'en redemanderai pas tous les jours, je me satisfais d'une première partie qui m'a au moins emmené dans des contrées musicales que je fréquente rarement, sans me sentir kidnappé pour autant.

 

Cela fait pas loin de quatre ans qua je n'ai pas vu Le Chemin de la Honte, un quatuor dont on attend toujours une suite au premier album éponyme, et si l'installation des musiciens (batterie, guitare, basse) est assez rapide, on sent que la chanteuse-deuxième bassiste (à deux cordes) est un peu marrie du son de sa voix dans les enceintes, elle s'excuse d'avance auprès du public, mais fait contre mauvaise fortune bon cœur, et accepte même de modifier la set-list d'entrée de jeu, la demande d'un spectateur de démarrer avec trois sœurs étant acceptée avec bonhomie et même enthousiasme ("on commence par la fin !") par les musiciens. Au programme, un post-punk d'une efficacité redoutable, marqué par des accélérations ou des ralentissements au sein même des morceaux, alors même que les rythmiques évoluent grandement d'un titre à un autre. Si la voix me semble effectivement pâtir d'une réverbération trop importante, cela demeure anecdotique, car même si les textes sont importants c'est l'ensemble chant-musique qui est enthousiasmant, et le groupe semble transcendé par la proximité du public (on vous l'a dit, les musiciens jouent dans la fosse), ce qui offre une performance dont l'énergie est palpable, et si Seb Normal (Crash normal, The feeling of love, Delacave...) est très attentif derrière ses fûts, on sent qu'il est à son aise dans cette ambiance à la fois bon enfant et très attentive. Évidemment, on n'aura pas de surprise, le groupe se "contente" de jouer tous ses titres, remplissant au maximum la grosse cinquantaine de minutes accordées, mais on ne trouvera pas un seul spectateur qui reparte de là avec une once de regret d'être venu écouter les Drômois en ce jeudi soir, ils se font suffisamment rares pour ne pas rater leurs prestations, et on commence donc dès maintenant à attendre la prochaine date francilienne du quatuor, car ce genre d'inventivité scénique et musicale mérite qu'on y prête attention à chaque fois que possible !

 

La suite, ce sera lundi prochain, au Trianon, avec le retour de Sleater-Kinney.