Date : mardi 11 février 2020

 

C'est mardi soir, et cela fait bien longtemps que le concert du soir au Trianon est annoncé sold-out, on va donc avoir un public de fans et non de voyeurs, et les réactions tout au long de la soirée confirmeront cette impression (si on oublie les bavards qui ne semblent là que pour accompagner leur conjoint mais ne peuvent s'empêcher de parler sur tout et n'importe quoi, mais le plus souvent dans le vide...).

 

Les horaires ont été annoncés sur le site de la salle, et sur FB également, mais les lumières s'éteignent avec 10 minutes d'avance sur les prévisions, et c'est un homme seul avec sa guitare qui entre en scène : Paul Couter est un vieux compagnon d'Arno (le 'C' de TC Matic, c'est lui), flamand comme Arno, mais qui va ce soir en un temps réduit (25 minutes...) nous faire une belle démonstration de blues électrifié. Une guitare, un bottleneck, une voix adaptée au style, et nous voilà dans un univers classique mais efficace, et si l’échange avec la salle est limité (le français du bonhomme est pour le moins réduit), on ne se plaint pas le moins du monde de cette première partie, au contraire cela met la pêche, et la fin sur la reprise du little red rooster (Willie Dixon pour Howlin' Wolf, déjà adapté par Arno sur "charles et les lulus") est un clin d’œil pour le moins sympathique. Il ne reste donc plus maintenant qu'à se positionner correctement, car le public est désormais très nombreux, et on ne pourra guère se mouvoir tout au long des deux heures qui vont suivre...

 

On parlait d'horaires, eh bien on a encore une bonne dizaine de minutes d'avance lorsque Arno, précédé par ses musiciens, arrive sur scène. Guitare, basse, batterie et clavier, on est dans une configuration classique, et si cela démarre avec un morceau que je ne connais pas encore (je n'ai pas encore écouté "santeboutique", le dernier album en date), le son bien rock qui en émane promet une belle soirée : they are coming, comme la majeure partie des nouveaux titres, est bien plus du côté rock que du côté chanson de la force... Si le public est un public de puristes, il réagit avec enthousiasme à tout ce que va dire le chanteur flamand sur scène, de ses gimmicks classiques ("encore une nouvelle chanson", "encore une fois"...) au fil conducteur de la soirée, qui consiste en une évocation de ses grands-parents, loufoque, crue à l'occasion ("ta moule sent la mer"), qui dans tous les cas permet de créer un lien avec les spectateurs. Le groupe va piocher dans la longue discographie du chanteur, dans ses albums solos ou assimilés (une bonne quinzaine depuis 35 ans) mais également en donnant la part belle à TC Matic, puisque ce ne seront pas moins de 6 morceaux qui seront revisités (deux de chacun des trois premiers albums, seul "yé-yé" restant oublié). Après un chic et pas cher qui fait déjà bien bouger la salle, c'est que pasa qui déboule, le public semble apprécier même si seule une minorité des spectateurs reconnaît le morceau, on a retrouvé le son du début des 80's, et on se dit déjà qu'on a rentabilisé le prix du billet ("merci d'avoir payé" nous dit Arno en début de soirée, même si on sait que l'idée n'est pas de faire les poches des spectateurs...). Entre deux retours sur les histoires ancestrales des Hintjens, et les piques acides à Donald Trump et Boris Johnson (oui, les coiffeurs en prennent aussi pour leur grade !), nous avons droit à d'autres titres nouveaux, qui font rire mais aussi émeuvent, chacun a en tête que c'est le dernier concert d'Arno avant une opération pour un cancer du pancréas, et si le chanteur n'abordera jamais le sujet directement, il l'évoquera malicieusement, expliquant par exemple que "depuis trois mois je ne bois plus, et deux bars ont fait faillite !" avant lady alcohol. Avant cela, d'autres pépites nous seront encore tombées entre les oreilles, des titres qu'on n'avait pas oubliés (whoop that thing, funky you're not) mais que je ne me souviens pas avoir entendus sur scène, alors que j'ai vu le bonhomme une bonne demi-douzaine de fois déjà. Mixant la référence à sa grand-mère et à des supposés problèmes sexuels, qui seront également utilisés de manière récurrente dans les réparties du chanteur, c'est tjip tjip c'est fini qui fait rire, mais derrière c'est the parrot brigade qui déboule, là encore c'est du TC Matic, là encore c'est du rock dur et sombre qui sort des enceintes, et il est inutile de préciser que là non plus les paroles ne sont pas forcément reprises en chœur par des spectateurs qui doivent découvrir ce titre. Un coup de je veux nager, toujours aussi efficace en live, et Arno présente un nouveau titre, les saucisses de maurice, notre hôte sait y faire pour introduire ses morceaux, en alliant un côté bavard et une espièglerie que pas mal de septuagénaires ont perdu depuis longtemps. Vous avez aimé les deux premiers titres de TC Matic ? Eh bien voici middle class and blue eyes, qui ouvrait "l'apache", et qui lui non plus n'a pas pris une ride, il faut dire que comme toujours Arno s'appuie sur des musiciens parfaits, qui ont intégré à la virgule près ce que le chanteur attend d'eux, et on n'est pas dans le groupe d'accompagnement, il y a une réelle complicité, particulièrement avec Mirko, le bassiste, présent depuis près de 20 ans à ses côtés. Cela fait déjà plus d'une heure de set, et il n'y a pas le moindre signe de fatigue ou de faiblesse sur scène, on continue comme cela à fond, même si sur les (rares) titres calmes, Arno se permet de s'asseoir sur une chaise, mais c'est sans doute juste qu'il n'a pas besoin sur ces morceaux d'être debout et agité derrière son pied de micro. On va ensuite retrouver encore deux autres titres de TC Matic, plus habituels ceux-là, puisque putain putain est un incontournable des concerts d'Arno depuis ses tout débuts en solo, et que oh la la la avait été réinterprété sur "à poil commercial" à la fin du siècle dernier - mais ce soir c'est la version résolument rock qui ressort ! Entre les deux, un autre incontournable, puisque les yeux de ma mère est attendu par tous les spectateurs, c'est un moment un poil plus intime avec seulement le claviériste avec Arno, mais le set se termine en beauté (le set n'est que beauté, faut-il le préciser ?) avec la reprise d'Adamo, les filles du bord de mer étant l'occasion pour les spectateurs d'utiliser leurs cordes vocales à bon escient, au grand plaisir du chanteur qui fait durer le plaisir avant d'aller en coulisses avec ses musiciens, au bout de 90 minutes impressionnantes.

On se doute que si le concert  à commencé plus tôt, c'est pour pouvoir profiter à plein de la scène, jusqu'au couvre-feu (22h30 ici), alors on n'est pas surpris de voir le groupe revenir rapidement, là encore c'est un titre entraînant et totalement réussi qui déboule, vive ma liberté correspond bien à l'idée générale de la soirée, du rock, du fun et de l'énergie, et comme il faut terminer les choses, on termine avec un immense éclat de rire, un ha ha lui aussi tiré de TC Matic, on espère que c'est un pied de nez au destin et aux oiseaux de mauvaise augure, car au bout d'1h45 intense et magnifique, on ne demande qu'à pouvoir retrouver le chanteur et ses musiciens sur scène le plus vite possible, par exemple au Murmure du Son à  Eu début juillet... Et lorsqu'un journaliste du Parisien cherche des spectateurs enthousiastes à l'issue du concert, il tombe sur le bon duo !

 

Set-list :

  1. they are coming
  2. chic et pas cher
  3. que pasa
  4. santeboutique
  5. oostende bonsoir
  6. whoop that thing
  7. il est tombé du ciel
  8. tjip tjip c'est fini
  9. the parrot brigade
  10. lady alcohol
  11. court-circuit dans mon esprit
  12. je veux nager
  13. les saucisses de maurice
  14. middle class and blue eyes
  15. funky you're not
  16. oh la la la
  17. les yeux de ma mère
  18. putain putain
  19. les filles du bord de mer
  20. Rappel : vive ma liberté
  21. ha ha

 

La suite, c'est ce mercredi soir, au Petit Bain, avec Tristesse Contemporaine (et après on se repose - un peu !).