Date : lundi 10 février 2020

 

C'est lundi, il tombe des trombes, on prend donc le temps d'aller jusqu'au Petit Bain, en espérant que les spectateurs se seront dépêchés de rentrer dans la salle et auront abandonné la passerelle d'accès au poste de billetterie... Las, la queue est encore bien longue, les bourrasques s'accentuent, et en une dizaine de minutes d'attente on a le temps de se croire plongé dans la Seine - les odeurs en moins, tout de même.

 

La première partie a donc entamé son set lorsqu'on arrive au sec et au (presque chaud), mais assez rapidement on va comprendre que ce que nous propose le Canadien Alex Henry Foster et son groupe (deux guitares, une basse, une batterie, un clavier, en sus d'Alex qui utilise lui-même une guitare ou un clavier) ne correspond guère à ce qu'on pouvait espérer. En effet, le post-rock/noise annoncé se transforme, selon moi, en un genre de rock flirtant avec le progressif, mais pas vraiment métallisé, même si régulièrement cela m'évoque les morceaux les plus calmes de The Gathering sur lesquels on aurait posé une voix masculine quelconque. Vous l'aurez compris, je ne suis pas dans mon élément, si le groupe cite Radiohead cela ne me parle pas le moins du monde, et si cela m'amuse de voir un guitariste utiliser un archet pour jouer de son instrument, je m'emmerde sacrément devant ces morceaux extrêmement longs. Remarquez, on peut supposer que cela aurait pu être pire, puisque 1. le public semble adorer et 2. je préfère subir ça plutôt que d'aller affronter la tempête humide qui règne dehors. Mais tout de même, une heure de ce supplice, c'est bien long, et on en est presque à apprécier la disco (avec un marquee moon incongru intercalé entre deux de ces niaiseries) qui déferle des enceintes lors du changement de plateau, c'est dire...

 

Il y a une douzaine d'années, j'avais découvert sur la scène du Trabendo les Texans de ...And You Will Know Us By The Trail Of Dead (peu de groupes ont un nom aussi long), et si depuis je ne me suis toujours pas penché sur leur discographie, en dehors de quelques bootlegs dégottés ici ou là, je suis prêt à retenter l'expérience du live avec le quintet. Sur scène, on a donc un guitariste-chanteur, un bassiste, un clavier que l'on n'entendra que très sporadiquement, et qui ne nous ennuiera donc que rarement, et un jeune second guitariste et un batteur. Ces deux derniers échangeront régulièrement leurs postes, et on remarquera que les morceaux sur lesquels le jeune est aux fûts sont un poil plus rentre-dedans, sans doute le fait d'avoir un deuxième guitariste-chanteur à la voix plus directe et brutale que celle légèrement fausse et faiblarde du premier chanteur me donne-t-il cette impression. Bien sûr, c'est parfois un peu bavard, même si cela ne sombre jamais dans la grandiloquence, et le groupe nous propose un mélange de pas mal de choses - même si je suppose que chacun y entend ce qu'il connaît. En effet, si à un moment c'est le nom de REM qui me traverse la tête, même si je ne suis pas spécialiste des Stiperies, c'est bien plus souvent les Who qui apparaissent en référence plus ou moins évidente, et plus rarement les voix peuvent me faire penser à Sonic Youth, vous avouerez donc qu'on est loin du monolithisme musical ! On note également qu'il y a énormément de changements de guitares, à croire que l'énergie déployée les désaccorde à grande vitesse, mais comme cela ne ralentit pas le show, on ne s'en plaint pas plus que cela. Une bonne partie des spectateurs (la salle est sacrément bien remplie ce soir) connaît les paroles par cœur, et on sent le plaisir sur les visages, à chaque intro un rugissement de bonheur monte de la fosse, et comme le groupe n'est pas bégueule, il offre au public ce que celui-ci est venu entendre. D'ailleurs, au bout de 65 minutes, les musiciens font mine de quitter la scène, mais se ravisent et entament un dernier morceau, puis se dirigent en coulisses, tout en sachant bien que les spectateurs ne vont pas les laisser avant le rappel incontournable. C'est pourquoi il n'y a guère de surprise quand le quintet revient sur scène, pour deux titres en rappel, et les lumières peuvent se rallumer après 80 minutes d'un set énergique, assez fun, dans une excellente ambiance, et je ne regrette donc pas la drachée prise en arrivant. Cela ne signifie pas que je vais m'engager à me pencher sur la discographie du groupe, en revanche je suis prêt à en reprendre une dose en live s'il revient nous voir d'ici quelques années...

 

La suite, c'est dès ce mardi soir, au Trianon, avec Arno.