Date : samedi 8 février 2020

 

Si la Maroquinerie n'affiche pas complet en ce samedi soir, cela ne doit tenir qu'à une ou deux places invendues, car on ressentira, dès la première partie terminée, une belle densité de population, les mouvements dans la salle seront compliqués, et si la chaleur ne sera pas trop de la partie, c'est une chance car ce genre de concert en plein été aurait pu déboucher sur de multiples cas de déshydratation - la moyenne d'âge du public est assez élevée, même si on remarque quelques jeunes (moins de trente ans) qui trainent ici où là...

 

La première partie, pas nécessairement en lien avec la tête d'affiche, a probablement été imposée par l'un des sponsors de la soirée (une boisson jaune imbuvable), mais on remarquera que le public fait un accueil tout à fait honorable à Elias Dris et ses deux compagnons, ce qui n'est jamais gagné d'avance. En plus, il faut savoir que le premier titre exécuté par le trio (chant+guitare, guitare, machines+claviers) est pour le moins compliqué : les sonorités de basse sont douloureuses, les sons de clavier bien trop mis en avant, et on se dit que le temps va sembler long en attendant la suite. Pourtant, dès le second titre les choses s'arrangent, on retrouvera uniquement sur un morceau cette tendance à booster les basses sans réelle nécessité, et on s'habitue assez rapidement à la voix haut perchée du chanteur, dont le folk rock ne semble pas désagréable à l'oreille. Au fil des minutes, on apprend que le groupe joue habituellement avec une batteuse, ce qui explique sans doute que l'on trouve la rythmique un peu cheap tout au long du set, en revanche en ce qui concerne les parties de clavier, il y a deux options : le côté Nits, par petites touches, fonctionne bien, mais dès qu'on opte pour la version Jarre, ça coince, surtout quand ces parties sont mises en avant ! Pour le dernier titre, le chanteur fait s'asseoir la fosse, cela donne un côté intimiste qui fonctionne bien ici, en revanche on a du mal à comprendre que ce morceau se termine en version électro très oxygénée, l'intérêt en est absolument nul, et cela gâche même pas mal l'impression raisonnablement agréable que le set peut laisser dans son ensemble...

 

Vous l'aurez compris, c'est surtout pour la suite que je me suis déplacé aujourd'hui, car Mick Harvey, en parallèle de ses gainsbourgeries, a décidé de rendre un hommage à son ami Rowland s. Howard, décédé il y a dix ans. Pour l'occasion, il a mis les petits plats dans les grands, puisque pour les quelques concerts de cette tournée il s'est adjoint la fine fleur du rock australien... entre autres. La soirée va ainsi démarrer avec un set d'une quarantaine de minutes de These Immortal Souls, l'un des groupes phares de la carrière de RSH. Du quatuor originel ne subsistent que son frère Harry Howard, à la basse, et la claviériste Genevieve McGuckin, qui ont donc requis la présence de Chris Hughes, le batteur qui remplaça Epic Soundtracks, également décédé (et à qui sera dédié marry me), et d'un guitariste, JP Shilo, collaborateur de longue date de RSH. Ces sept titres permettent de compenser - un peu - le fait de ne jamais avoir vu le groupe en live, on doit se contenter de quelques enregistrements, mais ce soir le groupe ne va pas se contenter de rejouer les titres à la note près, on a droit à une relecture magnifique de ces morceaux, qui mélangent guitares intenses et distordues et parties bien plus calmes, et le chant est partagé entre Harry et Jp, entre douceur et agressivité, et on a même droit sur black milk à la présence d'Edwina Preston, une autre Australienne qui joue par ailleurs avec Harry dans Harry Howard and the NDE. Pendant ce set, Mick Harvey intervient parcimonieusement, posant ici des maracas, là une guitare, mais on sent qu'il se réserve pour le reste de la soirée, qui s'annonce longue... Lorsque le set de These Immortal Souls touche à sa fin, on commence à voir venir les invités, plus prestigieux les uns que les autres, et qui ont tous (sauf un, dont on reparlera...) un lien avec RSH. Ainsi Mona Soyoc, qui chante sur wedding hotel, joua avec Rowland lors d'un concert de Kas Product en 1985, et elle apporte sur ce morceau sa présence vocale et scénique, tout en ne cherchant jamais à s'accaparer l'attention du public, un écueil que l'ensemble des musiciens impliqués ce soir auront d'ailleurs très bien évité. Autre invitée incontournable, Lydia Lunch va nous interpréter trois titres, seule au chant (endless fall, still burning) ou en duo avec Bobby Gillespie, le chanteur de Primal Scream étant le seul de la soirée à ne pas avoir travaillé avec RSH, mais pour le coup il est à sa place sur scène, et son apport en retenue sur la reprise de Nancy Sinatra (some velvet morning) est dans la droite ligne de la soirée. Pour clore cette première partie, qui a dépassé les 65 minutes, on découvre une dernière invitée, Jonnine Standish, la chanteuse d'HTRK qui a droit d'interpréter shivers, l'un des morceaux phares de la discographie de Rowland s. Howard, et lorsque Mick nous invite à aller boire un coup, car il y a un mini-changement de plateau qui devrait durer un quart d'heure, c'est la ruée vers les escaliers, le bar, la pause cigarette, tandis qu'on reste sur place, déjà ravi par cette demi-soirée qui aura déjà rempli toutes nos attentes.


Set-list :

  1. the king of kalifornia
  2. marry me (lie ! lie !)
  3. black milk
  4. insomnicide
  5. so the story goes
  6. hyperspace
  7. crowned
  8. wedding hotel
  9. endless fall
  10. some velvet morning
  11. still burning
  12. shivers

 

De fait, les Australiens sont de petits farceurs, car le deuxième set commence 10 minutes après la fin du premier, une bonne partie du public va donc rater pop crimes, qui entame magnifiquement cette suite, avec pour le coup un changement de bassiste, puisque c'est Conrad Standish qui officie à ce poste, Harry reviendra de temps en temps donner de la voix ou de la guitare, et on a remarqué également la présence d'une violoniste, qui parfois verra son instrument noyé sous les guitares, alors qu'à d'autres moments verra ses parties bien mises en avant. Mick Harvey est désormais sur le siège du batteur, un rôle dont il se sortira avec les honneurs (on oubliera le petit pain qui réveillera tous les musiciens dans la salle), et cette deuxième partie s'appuiera sur le reste du répertoire de RSH, avec le retour de la majorité des intervenants déjà cités, ainsi Jonnine Standish et son délicieux petit cheveu sur la langue s'occupera de dead radio, son mari Conrad prendra en charge shut me down, et il est à noter que tous ces changements de chanteurs se feront sans jamais perdre la moindre seconde, hormis lorsque Lydia Lunch avait dû attendre Bobby Gillespie, qui était "long à venir" (avec le double sens anglais "long à jouir")... L'intervention de Mona Soyoc sur silver chain est également très réussie, le public en a pour son argent, on ne voit autour de nous que des visages extatiques, et si la fosse ne bouge guère, c'est dû à la fois au manque d'espace et au fait que ce genre de musique n'incite pas à l'extériorisation, mais on sent que pas mal de têtes et de jambes bougent au rythme des morceaux qui se suivent avec toujours la même qualité. Après le second passage d'Edwina Preston (wayward man), c’est le couple Standish qui se charge de (i know) a girl called jonny, un titre très réussi dès lors que les problèmes de basse sont réglés - très rapidement, il faut l'avouer, les techniciens sont d'une efficacité hors pair ! Bobby Gillespie revient pour interpréter deux titres (autoluminescent et sleep alone), il n'en fait pas suffisamment trop pour qu'on s'en plaigne réellement, et le groupe termine son set après un temps équivalent à celui du premier set, mais pour le coup on en veut plus, alors les spectateurs font en sorte de faire revenir les musiciens sur scène, ceux-ci ne se font pas vraiment prier, et c'est exit everything qui est mis en avant sur ce ce rappel, personne n'y trouve à redire quoi que ce soit, c'est juste une perle de plus sur une soirée qui en aura compté un bon nombre, et lorsque le groupe retourne en coulisses, on s'aperçoit qu'une partie du public, sans doute déjà rassasiée, entame son chemin vers la sortie. Mais il ne sera pas dit que tous ces musiciens venus des antipodes nous laisseront comme cela, alors on a droit à un ultime rappel, un breakdown (and then...) qui ferme définitivement la boutique, on a eu droit à pas loin de trois heures de set, sans compter la première partie, et lorsqu'on émerge de la salle, on se dit qu'il faut décidément qu'on se replonge dans la discographie de Rowland s. Howard, sous toutes ses incarnations, tant cette soirée aura rappelé la qualité toujours égale et élevée de ces morceaux. Clairement, ceux qui n'étaient pas à la Maro en ce samedi soir doivent s'en mordre les doigts !

 

Set-list :

  1. pop crimes
  2. dead radio
  3. shut me down
  4. undone
  5. silver chain
  6. ave maria
  7. wayward man
  8. (i know) a girl called jonny
  9. autoluminescent
  10. sleep alone
  11. the golden age of bloodshed
  12. Rappel : exit everything
  13. Rappel 2 : breakdown (and then...)

 

La suite, c'est dès ce lundi soir, au Petit Bain, avec ...And You Will Know Us By The Trail Of Dead.