Date : samedi 11 janvier 2020

 

On a une petite incertitude en rejoignant la place de la République en ce samedi soir : destination de la manifestation du jour, va-t-on pouvoir accéder au Gibus ? On est rapidement rassuré en croisant les schmidts en train de quitter les lieux sous les quolibets des passants, la place pourra se traverser, et on atteint donc la salle de concert sur les coups de 19h15.

 

Remarquez, j'aurais pu attendre un peu, vu qu'on n'est que trois devant la scène à cette heure, donc plutôt devant le bar, il y a plus d'animation, le public ne commencera à arriver que peu avant 20h - à croire que certains ont eu des informations relatives au début effectif des concerts ! Car c'est à ce moment qu'un quatuor grimpe sur scène, guitare-basse-batterie-chant, le visuel de leur première sortie en guise de fond de scène, les Kumusta viennent de Rouen, et comme leurs amis de We Hate You Please Die (concert à venir début février à la Boule Noire), ils montrent très vite qu'ils constituent un groupe énervé ! En première approximation, c'est Protomartyr qui me vient à l'esprit dès les premières secondes du set (en moins sombre), mais assez rapidement je m'accorde avec mon trompettiste voisin sur le lien que l'on peut également faire avec Idles, particulièrement au niveau de la voix du chanteur. Que les choses soient claires : on parle ici de timbre et de façon de chanter, il n'y aura ce soir aucun discours moralisateur à deux balles, le but est de profiter à plein du temps imparti - et il est court, le set ne durera pas plus de 22 minutes - pour montrer un savoir-faire indéniable, une inventivité évidente, et si on regrette un brin la réverb dans la voix, cela est relativement anecdotique, tout comme les (rares) instants presque psyché : on ne peut pas exiger d'un groupe aussi jeune d'être parfait, la démonstration de force a été suffisante pour noter ce nom sur nos tablettes, la prochaine fois on aura écouté les enregistrements du groupe pour être encore plus au diapason, dans tous les cas la soirée aura démarré sous les meilleurs auspices !

 

Le groupe qui suit, après le temps d'installation nécessaire, est comme son prédécesseur sur scène un quatuor guitare-basse-batterie-chant, on reconnaît quelques têtes connues sur scène, et en fond de scène vont défiler tout au long du set des images de jeux télévisés : Euromilliard accorde son nom avec ses visuels, reste à découvrir de quoi sont faites ses compositions... Sur le premier morceau, on s'aperçoit que le chanteur utilise un pupitre pour y lire ses paroles, c'est toujours un peu étrange pour le profane, et si le chanteur déclame plus les paroles qu'il ne les chante, ce petit chuintement me perturbe un brin, et ne cessera de me hanter tout au long de la quarantaine de minutes que durera la performance. Musicalement, le but semble être de créer une ambiance répétitive autour des textes, qui peut être intéressante mais s'avère un peu frustrante à moyen terme, on aimerait (moi, en tout cas) que cela démarre un peu de temps en temps, alors que la monotonie semble obligatoirement de mise, et comme les paroles semblent émarger en permanence au énième degré, on finit par se dire que le projet en lui-même doit être pris au énième degré, ce qui finit par être rapidement lassant. En sus, le décalage qui apparaît parfois entre le chant et la musique est lui aussi perturbant, cela ne m'aide pas à rentrer dans le mood voulu pour apprécier le set, alors j'attends la fin sans impatience, il ne faudrait pas exagérer, mais surtout j'attends la suite de la soirée car la tête d'affiche de la soirée va bientôt prendre la scène d'assaut.

 

Et effectivement, il ne faut pas traîner au fumoir, au bar ou aux toilettes, puisque le dernier quatuor du soir prend à peine le temps de se brancher avant de démarrer son set : Last Night profite de la soirée pour en faire la release party de son troisième album (en sept ans), sorti il y a un gros mois. Si le groupe se retrouve de nouveau à quatre, alors qu'on l'avait vu quintet lors de ses dernières prestations, l'intro au synthé sème une bribe de doute qui ne va guère durer : le garage-punk  du groupe ("Post-punk hardcore" est une autre appellation possible) s'appuie bien plus sur les deux guitares et la section rythmique que sur des sonorités synthétiques, et les quelques nouveaux titres interprétés ce soir confirment que le groupe n'a pas changé d'optique, il s'agit toujours de jouer vite, fort, sans pour autant s'interdire quelques finesses, et si on sent une ou deux hésitations pendant le set, cela s'avère assez anecdotique. Le groupe avait prévu d'enchaîner les morceaux, ce qui aurait pu permettre d'éviter d'avoir à meubler, mais il faut bien de temps en temps se réaccorder ou se désaltérer, alors on a quelques instants de silence, pas forcément dérangeants mais qui surprennent un peu. Le groupe pioche également dans ses enregistrements précédents, qui font encore plus réagir le public, finalement suffisamment nombreux pour agiter la fosse comme il le faut, mais on sera tout de même surpris de remarquer que certains spectateurs connaissent l’ensemble des paroles par cœur, y compris celle du petit dernier "Negative 384 400" (ne me demandez pas le pourquoi de ce titre), preuve qu'en dépit de concerts peu nombreux, le groupe a fini par se constituer une fanbase conséquente et fidèle. Et si on a souvenir de groupes qui se la pètent sur scène, on confirme que ce n'est absolument pas le cas de Last Night, qui s'applique à ce que le concert soit exclusivement basé sur la musique, il n'y a pas de bla-bla, et même au bout des 42 minutes, les musiciens expliquent que c'est terminé, définitivement, et qu'il ne s'agit pas d'un moyen facile de se faire rappeler sur scène... Il ne reste donc plus désormais qu'à écouter au chaud ce que donne ce dernier album dans sa version studio, puisqu'on aura été largement convaincu par la version live !

 

La suite, ce sera ce mercredi, au Petit Bain, avec la visite annuelle des UK Subs de Charlie Harper et ses 75 balais...