Date : vendredi 6 septembre 2019

 

Pour fêter ses 20 ans, Born Bad (la boutique) se paye la tournée des salles parisiennes, avec le jeudi soir au Bataclan les Oh Sees en tête d'affiche, le samedi soir au Point FMR le Prince Harry pour attirer les foules, et en ce vendredi soir c'est à la Station que cela se passe, on sait que le lieu a réussi à avoir un sursis de longue durée (fermeture prévue en novembre 2012), et si sur les coups de 19h30 une petite averse a pu doucher les velléités de certains, on verra le lieu en extérieur se remplir au fil des minutes, et encore on ne restera pas pour la partie intérieure de la soirée (au programme, 3 concerts en extérieur et la même chose en intérieur) : un vendredi soir, c'est compliqué de se motiver pour rester sur place jusqu'à 6h du matin sans s'endormir...

 

On arrive un peu à la bourre, le premier groupe a démarré, mais heureusement on n'aura raté qu'une petite partie de la prestation de Ero Guro, un quatuor belge dont le punk-rock parfois très violent et d'une redoutable efficacité peut muter en quelque chose de bien plus fin, de type post-punk, sans pour autant perdre au passage l'attention des spectateurs. Car en dehors d'un accent bien marqué sur quelques petites interventions en français, le groupe base l'essentiel de son show sur la musique, et si son chanteur attire l’œil (et l'oreille), c'est bien parce que le trio guitare-basse-batterie est au point pour lui laisser toute la place. Bien sûr, il faut avouer qu'on a plus l'oreille attentive que les yeux, il faut dire que la bière se mérite, malgré le second bar, alors on passe l'essentiel du set dans la queue, mais cela ne nous empêche pas de prendre une sacrée claque, et on note bien de ne pas hésiter à revoir le groupe sur scène dès lors qu'il reviendra pas loin de chez nous !

 

S'il est anglais et comporte un clavier, on peut avouer que, comme Ero Guro, le quatuor Arndales est lui aussi une belle découverte dans cette soirée, dans un mode moins agressif que les Belges, mais guère moins addictif. Dans un genre post-punk qui n'hésite pas à faire dans le bizarroïde (le clavier n'y est pas pour rien), le groupe évoque (immanquablement ?) Art Brut, surtout dans la façon de chanter, mais le quatuor de musiciens expérimentés va également lorgner du côté d'Alternative TV, par exemple, en évitant les redites et en emmenant lui aussi certains morceaux dans des coins sombres et un peu tordus. Le groupe ne se laisse d'ailleurs pas démonter par les problèmes techniques, on sent l'habitude de la scène et de ses vicissitudes, et si par moments on reste un poil circonspect, la plupart du temps on reste très attentif, ce combo vaut le coup, et si on ne comprend pas forcément toutes les petites blagues, telles la référence à l'Eurovision 1977 (cela ne précèdera pas une reprise de Marie Myriam, en tout cas), on est en fin de set marqué par le groupe, et on se dit qu'il va falloir là aussi se pencher sur la discographie du quatuor (chez In the Red, comme Jon Spencer ou Kid Congo), il serait dommage de rester sur un vague souvenir sans pouvoir réécouter ça au chaud !

 

La partie "concerts en extérieur" se termine avec les régionaux de l'étape, à double titre puisque Mark, patron de Born Bad, officie également en tant que batteur de Frustration, on sent que la majeure partie du public n'est là que pour eux, et si le groupe démarre sacrément bien les choses avec un we have some qui nous ramène dix ans en arrière, on a immédiatement le sentiment qu'au contraire des deux premiers groupes, le son manque d'ampleur, et ce problème ne va malheureusement pas se résoudre au fil des minutes, on restera d'un bout à l'autre du set frustrés, acoustiquement parlant, alors que la set-list mitonnée par Fabrice et ses comparses vaut grandement le déplacement ! En effet, les allers-retours entre le passé (no trouble, blind en rappel, et l'inespéré faster en fin de set) et le présent (the drawback, décidément diablement efficace) et même le futur (une nouvelle chanson, bien rapide et punk, augure bien du nouvel album à paraître le mois prochain, si l'info donnée par Fabrice se vérifie) sont de nature à agiter vigoureusement une foule qui n'attend que cela, mais malheureusement on aura régulièrement l'impression d'un gâchis, qu'on ne saura à qui ou quoi imputer. Qu'on ne s'y trompe pas, on ne s'ennuie pas devant la scène, il y a même des parties totalement réussies et excitantes (the drawback, excess, assassination), mais on a tellement l'habitude d'avoir des sets incendiaires d'un bout à l'autre (c'est ma quarantième fois...) que lorsqu'il ne s'agit que de pics d'adrénaline (non, elle ne sera pas jouée, celle-là), on reste un peu sur sa faim. Ne vous inquiétez pas, cela ne remet pas en cause l'attente impatiente de ce nouvel album, et d'une prochaine date parisienne (dans une grande salle ?), disons simplement que ce n'est pas le meilleur concert que j'aurai vu du groupe - mais cela reste des coudées au-dessus de la majeure partie de ce qui se fait dans le genre en France, voire ailleurs.

Set-list (SGDG) :

  1. we have some
  2. midlife crisis
  3. the drawback
  4. as they say
  5. it's gonna be the same
  6. excess
  7. uncivilized
  8. minimal wife
  9. assassination
  10. no trouble
  11. new song
  12. dreams, laws, rights and duties
  13. faster
  14. Rappel : blind
  15. Rappel 2 : too many questions

 

La suite, ça pourrait bien être jeudi prochain, avec un concert anniversaire des Washington Dead Cats à côté du Cirque Électrique.