Date : samedi 18 mai 2019

 

On a une grosse pensée pour Baptiste des Pierre & Bastien, qui est décédé cette semaine d'une leucémie, au moment où on approche du Supersonic en ce samedi soir, et si on a du retard on constate que les concerts n'ont pas encore commencé, qu'il y a déjà pas mal de monde, et qu'on a juste le temps de se prendre une bière avant que cela ne démarre.

 

Jusqu'à ce soir, on n'avait jamais entendu parler de Tchewsky & Wood, un duo de base qui s'est rapidement transformé en trio, avec une chanteuse, un guitariste et un percussionniste qui gère le laptop, et si le premier titre interpelle, dans la mesure où on ne sait pas à quoi s'attendre, c'est plutôt dans le bon sens, puisque la voix plutôt grave de la chanteuse s'appuie sur des sonorités qui ne cesseront d'osciller entre new-wave pas dégueu et post-punk assez alléchant. C'est rentre-dedans quand il le faut, plus policé à d'autres moments, dans tous les cas souvent très intéressant, avec au passage certaines références bienvenues, du type Siouxsie ou X-Mal Deutschland à l'occasion. Bien sûr, on n'échappe pas au morceau un peu trop synthétique pour mes oreilles, mais cela reste anecdotique, puisque la quarantaine de minutes s'avère assez addictive, et on ne regrette ainsi pas d'être arrivés à l'heure - ce n'est pas tous les jours qu'on fait une belle découverte en première partie ! Il ne reste désormais plus qu'à écouter l'album pour confirmer cette excellente impression...

 

On est bien moins dans ce processus de découverte avec le quintet 100% féminin qui suit, puisque les Lush Rush ont déjà été appréciées ici même (avec Warum Joe) et au Cirque Électrique (pour le Festival Ovaires Drive), on est donc en mode "comment ont-elles évolué ?" devant la musique autodéfinie comme "On fait du Punk et les gens ne nous jettent pas de cailloux"... Comme lors des concerts précédents, on constate que le chant est bien assumé et assuré, que la section rythmique tient bien les morceaux, et que les deux guitaristes se partagent le taf, sans en faire trop, que ce soit au niveau sonique ou scénique. Le groupe est d'ailleurs super sobre à voir, on sent que le moment n'est pas encore venu où l'on verra les cinq musiciennes se lâcher totalement, et cela s'applique également à la musique. En effet, les titres sont très bien, énergiques, rapides, mais on a tendance à régulièrement se dire que cela pourrait être encore plus explosif, et que le groupe reste encore en deçà de ses possibilités. Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit : la demi-heure est réussie, mais on devient plus exigeant au fil des mois, preuve que le groupe nous intéresse !

 

Venu des États-Unis (Washington DC), le quatuor Priests nous avait estomaqués au Picolo il y a quatre ans, et avait confirmé cette excellente impression il y a deux ans à l'Espace B. Le groupe, qui a depuis sa dernière venue perdu son bassiste, vient de sortir un nouvel album, globalement bien plus pop que les enregistrements punk/post-punk/riot qui l'avaient précédé, et c'est donc avec un soupçon d'inquiétude (incertitude correspond mieux à la réalité) qu'on attend de voir le groupe grimper sur scène. C'est une bassiste très sobre qui officie désormais, on la sent très appliquée et calme, le reste du groupe n'a pas évolué, du guitariste qui assure avec talent à la batteuse qui chante de temps à autres (et échangera sa place avec la chanteuse en titre sur un morceau), en passant donc par cette chanteuse charismatique, en robe-fourreau jaune et gants de même couleur, qui n'a nullement perdu de son agressivité avec la dernière parution, on s'en rend compte immédiatement. Car si les morceaux anciens n'ont évidemment rien perdu de leur fougue, les nouveaux titres, introduits avec une certaine inquiétude par la chanteuse, s'avèrent eux aussi bien pêchus, et si on peut les distinguer de leurs prédécesseurs, c'est parfois en constatant que la voix de Katie Alice se rapproche de celle de Debbie Harry (Blondie), une référence qui ne nous était jusqu'alors pas venue à l'esprit, au contraire de celle menant à Kathleen Hannah (Bikini Kill, Le Tigre) que l'on retrouve bien encore ce soir. Le groupe semble heureux d'être là, et le public bien dense est dans le même état d'esprit, cela dansouille un brin devant la scène, mais surtout les spectateurs sont hyper attentifs, et les applaudissements entre les morceaux sont fournis - et amplement mérités ! Effectivement, certains titres sont un poil plus pop, mais on reste dans une énergie punk/indie indéniable, et pas un seul instant on ne se dit qu'on pourrait quitter les lieux avant la fin, même si une envie pressante nous prenait (rassurez-vous, les précautions d'usage avaient été prises). Pendant plus de trois quarts d'heure, le groupe déroule sa set-list avec la même réussite, et si la fin du set semble d'autant plus brutale qu'un DJ enchaîne immédiatement avec sa programmation de dancefloor de merde (zut, je l'ai dit), le groupe se précipite derrière le stand (c'est un bien grand mot) de merchandising, où les spectateurs sont nombreux à venir chercher qui son t-shirt, qui sont dernier album, qui l'album précédent, bref cette densité de population au stand montre qu'on n'est pas les seuls à avoir apprécié cette prestation. Troisième concert enthousiasmant en trois venues à Paris, on ne peut donc que vous inciter à faire attention si le groupe revient dans nos contrées (d'ici deux ans, si le rythme est tenu...) !

 

La suite dépendra du temps : s'il ne pleut pas, on ira voir les Wampas en plein air à Montreuil après Konstroy (qui invite les Wash !), dans le cas contraire on attendra jeudi prochain pour aller au Gibus voir 1919, Guerre Froide, Pest Modern et Warum Joe (oui, c'est une affiche de dingue !).