Date : samedi 11 mai 2019

 

C'est samedi soir, il y a (évidemment) du monde du côté de Bastille, mais en s'éloignant de quelques centaines de mètres c'est bien plus calme, du côté du Studio Campus, par exemple, où l'entrée se fait toujours au dé (tarif de 2 à 6€, donc), où le bar est minimaliste, mais surtout où le son des concerts est plus que correct, ce qui est l'essentiel !

 

Pour entamer la soirée, c'est le projet Illitch PTM works qui est en lice, sous la forme d'un duo (les deux frères Müller, si j'ai bien suivi) qui nous propose un premier titre pour lequel il est difficile de ne pas parler de musique expérimentale, les manipulations de sons, issus d'une guitare triturée ou de claviers divers, offrant une texture qui peut au choix interpeler, fasciner ou au contraire rapidement lasser. Si vous décidez de rester sur place, la suite de la prestation sera un poil plus conventionnelle, avec le sentiment d'avoir des morceaux plus cadrés / construits, et l'apport d'un saxophoniste additionnel que l'on avait aperçu déjà ici lors de notre dernière venue fin janvier (j'espère ne pas me tromper en citant Quentin Rollet). Ce saxophoniste œuvre lui-même dans un domaine plutôt improbable, puisqu'il utilise son instrument de manière non conventionnelle, et je ne parle pas ici de sa façon de tourner autour du micro : le souffle varie énormément, les sons qui sortent de l'instrument sont parfois secs sous forme de rythmique, et si ces titres en trio sont plus courts que le premier, et s'ils évoquent un peu Einstürzende Neubauten, ils en deviennent sans doute plus accessibles au commun des mortels. Ce genre de concert, qui m'emmène dans un univers que je côtoie rarement, n'en demeure pas moins intéressant et attirant, et il se dit qu'on pourrait en retrouver certains participants à la prochaine Ferme Électrique...

 

C'est d'ailleurs à la Ferme Électrique que l'on avait découvert le duo Lèche Moi l'an passé, et si ce soir le groupe fête la sortie de son premier album "A6", le concert ne va pas être uniquement composé de nouveaux titres, même si c'est the letter qui entame le set. On le sait, le groupe alterne avec le même bonheur un blues post-punk à la Birthday Party (et pas uniquement avec la reprise de jennifer's veil) et une électro rentre-dedans, avec une alternance de textes en anglais et en français, ce que l'on en comprend est cru, vindicatif, bref correspond parfaitement à ce mélange de douceur (quand la voix de la chanteuse se fait rauque) et d'agressivité parfois (qu'elle chante ou qu'il prenne en charge la voix). Scéniquement, il n'y a pas d'effets particuliers, toute la tension tient en ces chansons et ces textes, la posture des deux musiciens (elle coincée derrière ses machines, lui derrière ses guitare et banjo) les rend tout de même irrésistiblement attirants pour les yeux, et on a du mal à concevoir que certaines des spectatrices venues jusqu'ici ce soir (et on n'est guère qu'une vingtaine) ne semblent être là que pour bavarder et piailler pendant les morceaux... On oublie ces désagréments, et on prend de front toute la puissance qui peut se dégager des titres, qu'on les découvre en direct ou qu'on les ait déjà appréciés sur le EP précédent et en concert. Ce soir, pas de participants annexes, le duo reste entre soi, mais cela n'empêche en rien de conserver tout au long de la grosse cinquantaine de minutes l'attention de la majeure partie du public, il faut dire que le duo ne cède guère à la volonté d’échanger avec lesdits spectateurs, qui sont hyper attentifs et ne réclament d'ailleurs pas autre chose que l'exécution des titres prévus. Musicalement, cela devient parfois plus calme (libera me, a monkey on my back), aux niveau des textes cela s'attaque parfois à nos réflexions (irrécupérable, un texte de Koltès), dans tous les cas on reste soufflé et on peut comprendre qu'à la fin du set chacun regrette de n'en avoir pas eu une petite dose supplémentaire. On n'en blâmera pas le groupe pour autant, qui n'a pas ménagé son énergie, et a ô combien réussi la promotion de son album - on regrettera évidemment que personne n'ait pu répondre "Oui ! " à la question posée par le chanteur-guitariste "Y a-t-il un programmateur dans la salle ?", tant il faut surveiller les réseaux sociaux pour espérer pouvoir assister à une prestation telle que celle de ce soir. Merci, Lèche Moi, et au plus tôt possible !

Set-list :

  1. the letter
  2. hôtel mon désir
  3. jennifer
  4. lick me
  5. burned
  6. cold night
  7. anyway
  8. all is all (?)
  9. a monkey on my back
  10. libera me
  11. irrécupérable
  12. lèche moi

 

La suite, ce sera samedi prochain, au Supersonic, avec le retour de Priests.