Date : vendredi 10 mai 2019

 

En ce vendredi soir, il y avait pas mal de choix pour les concerts, mais au lieu d'aller par exemple tester les Anti-Pasti au Picolo, je prends le RER B, je vais jusqu'à Bures sur Yvette, j'affronte les éléments déchaînés (une bonne grosse pluie de fin d'automne) pour rejoindre le Centre Culturel Marcel Pagnol, où l'AJB (Animation et Jeunesse Buressoise, comme ça vous saurez que les habitants de Bures sont les Buressois) fête tout le week-end ses 30 ans d'existence, à grand renfort de concerts bien sûr. En attendant le début des concerts, on teste la bière bio locale et artisanale (la OX, de Marcoussis, qui ne se refuse pas), on fait le tour des stands, on repère quelques têtes connues (ce qui signifie que je ne suis pas le seul à avoir fait le déplacement), et on profite d'un pousse-disque au goût certain, au nom évocateur de 10G le Fourbe...

 

Lorsque l'appel (au mégaphone !) au début des concerts est lancé, on se rend dans la salle de concert, bien vaste, avec une vraie scène, et dont on pourra constater tout au long de la soirée que l'acoustique est plus que correcte. C'est un quatuor qui entame les festivités, qui comprend quelques têtes déjà aperçues sur d'autres scènes : Pourquoi Pas a comme bassiste Jérôme des Cadavres et comme chanteur Jean-Luc Lopez (des Garage du même nom), ne donne guère d'informations sur le web, et envoie la sauce un peu comme les Garage Lopez, avec un son un poil plus lourd et un peu moins de déconnade sur scène. Le groupe se permet de reprendre the jinx de Peter and the Test Tune Babies, qui va pourtant jouer plus tard dans la soirée, mais la version exécutée est plus qu'honorable donc il n'y a pas de crime de lèse-majesté, un peu plus tard on pourra également considérer l'interprétation du noir sur bleu de Parabellum comme un bel hommage à Schultz (bientôt 5 ans !) et ses amis... Le quatuor possède également son propre répertoire, avec des textes plutôt compréhensibles (ce n'est pas le cas de tous les groupes de punk français), et si on remarque quelques petits solos de guitare ici ou là, ce n'est pas rédhibitoire, et on apprécie largement cette demi-heure introductive. Le public, et particulièrement les jeunes, n'hésite pas à pogoter allègrement (cela durera toute la soirée, et ne causera que quelques saignements de nez presque anodins), et si je ne suis pas certain de la troisième reprise du set (next to you de Police, peut-être ?), cela n'est qu'un détail, la soirée est sur de sacrés bons rails, et on salive d'avance de ce qui va suivre...

 

Car si je n'ai pas revu les quatre Brigitte Bop sur scène depuis près de 15 ans, il ne faut pas longtemps avant de comprendre que la bonne impression que les Orléanais (c'est géographique, pas une branche royaliste) ne sera pas mise à mal ce soir : en démarrant avec une belle version du Clash (complete control), je suis conquis, par la suite les paroles des morceaux en français sont plutôt fines, l'orientation antifa régulièrement réaffirmée, et si un ampli fait des siennes en milieu de set, cela ne perturbe pas plus que ça le groupe qui reprend de plus belle, avec un dynamitage en règle du camarade bourgeois de Renaud par exemple... Le groupe joue depuis 25 ans, scéniquement il est carré, et on comprend que le public accroche autant puisqu'on est dans le même état ! Le quatuor s'offre même le plaisir d'un petit rappel, avec l'alternative entre une reprise du Clash et un titre du groupe, c'est cette option qui l'emporte, mais on sent que le plaisir aurait été le même dans tous les cas de figure, tant l'énergie est associé à un sacré savoir-faire mêlé de bon goût. Bref, au bout de ces 45 minutes, on en est à se demander comment on a fait pour réussir à rater tous les concerts parisiens du combo depuis 2005 ? Clairement, il va falloir être plus attentif aux affiches des concerts punk pour ne pas risquer de les rater encore une fois...

 

Le temps d'un changement de plateau, et d'une petite escapade du côté du bar, et la soirée continue avec les Prouters, un trio (les gloires locales, il faut le dire) que j'avais déjà vu plusieurs fois, et qui ce soir va me laisser la même impression que lors des fois précédentes : c'est énergique, c'est un poil rigolo, ce n'est pas mal fait, mais cela reste trop potache pour m'enthousiasmer totalement - à l'inverse du reste des spectateurs, puisque la salle est quasiment remplie et qu'on sent qu'il ne faut pas tenter de risquer une esquisse de critique, tant ici l'inconditionnel est maître. Alors on écoute sans déplaisir les hymnes qui s'enchaînent, du va te faire enculer sale bâtard à (j'ai marché dans) la merde, de café-clopes à à poils sous la lune, mais lorsque les lumières se rallument on n'en est pas à réclamer un rappel, il ne faut pas non plus pousser le bouchon trop loin...

 

C'est pour le dernier groupe à l'affiche de la soirée que j'ai fait un déplacement aussi lointain, car je n'ai encore jusqu'à présent jamais eu l'occasion de voir Peter and the Test Tube Babies sur scène (vous me direz que c'est pareil pour Anti-Pasti, et vous n'aurez pas tort...). Le groupe, actif depuis 40 ans, est constitué de deux petits jeunes (tout est relatif) à la section rythmique, et des deux membres originaux à la guitare (Del est plutôt sobre sur scène) et au chant (le Peter des bébés éprouvettes). Certains avaient conservé le souvenir de concerts gâchés par l'alcool et l'amateurisme, ce soir ce ne sera pas le cas, même si on peut penser que Peter aura profité de l'OX à des doses suffisamment importantes pour faire quelques fixettes tout au long de la soirée, sur la taille des pénis français par exemple, ou sur la nécessité de lui trouver un joint pendant le concert. Ce côté un peu relou reste cependant dans des limites raisonnables, et est régulièrement oublié dès lors que le groupe joue, tant les morceaux du groupe conservent une fraîcheur et une énergie impressionnantes, et si l'on peut regretter que les titres ne s'enchaînent pas (d'où les digressions parfois pesantes de Peter), c'est presque histoire de pinailler, tant le groupe est carré, et si le groupe né pendant la deuxième vague du punk anglais a parfois été rapproché de groupes de la 3e génération (GBH, Exploited et autres), on est loin musicalement du genre : si le chant de Peter est un peu forcé, les morceaux sont mélodiques, les lignes de guitare sont claires, et la rythmique n'est pas bourrine pour deux sous, le jeu de batterie est même plutôt tranquille parfois. Le groupe peut s'appuyer sur quelques uns de ses tubes pour agiter la foule, de banned from the pubs à maniac, en passant par l'inévitable et incontournable the jinx, mais des titres moins évidents (quoique...) font également l'affaire, de u bore me à run like hell, en passant par every second counts, et si la salle est moins remplie depuis la fin du set des Prouters, elle est loin d'être vide, et les petits regards pleins d'étoiles des quelques spectateurs qui grimpent sur scène (pour se montrer ou pour slammer) montrent que le public profite totalement et apprécie autant la performance des Anglais que moi.

Si le groupe quitte la scène après 67 minutes, ce n'est pas définitif, puisque avec les encouragements du public (et du batteur) le quatuor se réinstalle, pour un rappel qu'il eût été dommage de rater, tant ce elvis is dead (he was 42 & a fat cunt), en version simili acoustique puis bien punk vaut le coup, et que dire du final september ? Là aussi la notion d'hymne n'est pas usurpée, et au bout de ces presque 80 minutes on peut repartir le cœur heureux, le sourire aux lèvres et des chansons plein la tête, et avec le sentiment que l'AJB a sacrément bien fait les choses, et si on va rater la deuxième soirée, on notera qu'elle va accueillir rien de moins que les Washington Dead Cats et L'Opium du Peuple, avec en guest stars les Garage Lopez et autres joyeusetés - les Buressois sont gâtés !

 

La suite, ce sera dès ce samedi soir (promis, dès dimanche c'est repos !), avec la release party de Lèche Moi au Studio Campus.