Date : samedi 4 mai 2019

 

La Boule Noire n'est pas très remplie en ce samedi soir sur les coups de 20h, il faut dire qu'il fait bien froid, et que les concerts sont comme toujours multiples voire intéressants, rien qu'à la Cigale attenante il y a le Bal des Enragés, on notera également une soirée 100% féminine à Mains d'Œuvres, bref on se contentera d'une petite assemblée, qui évoluera d'ailleurs entre les deux groupes à l'affiche...

 

C'est un quintet parisien quasi inconnu qui entame la partie musicale de la soirée, et qui ne fait pas grand chose non plus pour inverser la tendance, puisque hormis un instagram, on ne trouve pas de traces de Film Noir sur internet, mais les quelques clichés montrent que le groupe tourne plutôt pas mal, y compris (voire majoritairement ?) à l'étranger. À l'habituel trio guitare-basse-batterie vient se greffer un clavier souvent omniprésent et dont les sonorités ne sont pas pour me donner le sourire, et une préposée au micro qui alternera anglais et français, chant et phrases parlées, pour un ensemble que certains rapprocheront de La Femme (je n'ai aucun avis, n'ayant jamais écouté ce groupe), tandis que la volonté cold souvent évidente a tendance à lorgner sur une variété peu emballante. J'ai par ailleurs du mal à comprendre l'intérêt de la tenue vestimentaire de la chanteuse, autant dire que je peux passer par la case pissotières sans craindre de rater l'immanquable, qui pourtant se produit : l'avant-dernier titre, introduit par ces mots "certains reconnaîtront peut-être ce morceau", s'avère une reprise musclée et parfaitement efficace du demain berlin de Guerre Froide, ceci expliquant sans doute cette référence qui jusqu'alors paraissait improbable, et on se surprend à trouver cette version extrêmement réussie, pas jusqu'à remettre totalement en cause l'opinion pour le moins mitigée qu'on avait jusqu'ici sur ce que pouvait proposer le groupe, mais tout de même on se dit qu'il y a peut-être une évolution intéressante à venir. Ce questionnement est d'ailleurs confirmé avec le titre final, lui aussi très rentre-dedans et emballant, et les lumières peuvent ainsi se rallumer après un concert vraiment scindé entre une majorité de titres sans aucune magie ni intérêt, et deux derniers morceaux qui laissent de l'espoir... Au moins, cet ordre dans la set-list aura laissé une impression correcte !

 

Le trio américain qui s'installe pour prendre la suite est 100% féminin, 100% féministe également, et très engagé sur de nombreux thèmes (la chanson fuck the NRA est un exemple parmi d'autres) : les trois musiciennes de The Coathangers (les porte-manteaux dont il s'agit n'ont rien à voir avec Elsa Fraulein, mais plus avec une technique d'avortement clandestin) arrivent sur scène dans la même tenue, une robe jaune/ocre brillante à épaulettes 80's, et entament un titre extrêmement lent, assez long, autant dire que ce n'est pas ce morceau qui va me mettre tout de suite en transe, heureusement les choses s'améliorent par la suite, puisque le rythme s'accélère et que cela se tend un brin. Venu en total touriste, sur la foi d'un extrémiste encore jeune, je ne sais trop à quoi m'attendre, en dehors de références diverses et alléchantes (Slits, Mika Miko), et au fur et à mesure des minutes un bon nombre d'autres influences plus ou moins conscientes me traversent l'esprit, de Deerhoof aux Dead Kennedys, en passant par Joan Jett, les Delta 5 ou Ebony Bones, sans que cette liste ne soit exhaustive. À vrai dire, il n'est pas un seul instant qui ne m'évoque un autre groupe, les références étant plus qu'honorables au demeurant, mais cela me gêne un poil de ne pas trouver plus d'unité, d'homogénéité et d’originalité dans la musique du trio. C'est ainsi parfois très poppy, même si les harmonies vocales entre la très aiguë (criarde par instants) voix de la guitariste et celle très (trop ?) rauque de la batteuse (la bassiste s'avèrera plus mesurée) peuvent montrer quelques défaillances assez punk au final. Acoustiquement, le son est assez brouillon, avec peu de basses et de la guitare et de la batterie qui prennent trop de place, et si parfois l'énergie compense (un peu) les faiblesses du son, et si le public (une petite demi-jauge, à vue de nez) réagit avec ferveur, j'avoue ne pas trop réussir à rentrer dans le trip du groupe, ce qui au demeurant n'est pas un drame. Le trio finit par échanger les instruments, la guitariste et la batteuse pour un premier morceau plutôt efficace, mais quand la bassiste passe à la batterie et que la batteuse passe au chant, c'est un genre de rap-grunge qui déboule, et avec la meilleure volonté du monde je ne peux que détester le résultat, qui constitue les 3'30 les plus insupportables de la soirée. Au final, et même si le groupe reviendra sur scène de manière plus ou moins imprévue pour un rappel d'un titre largement apprécié par les spectateurs qui n'avaient pas quitté les lieux dès que les lumières se sont rallumées, je ne peux que constater qu'il me faudra éventuellement écouter les albums du groupe si je veux pouvoir leur offrir une seconde chance lors de leur prochaine venue parisienne, tant je suis resté de marbre devant cette prestation...

 

La suite, ce devrait être une belle série à partir de mercredi, puisqu'on aura successivement au programme Sneaks au Supersonic, Bad Manners au Hangar, Peter & the Test Tube Babies à l'AJB (ou Anti Pasti au Picolo) et Lèche Moi au Studio Campus.