Date : samedi 27 avril 2019

 

Dernier épisode du triptyque de concerts de cette fin d’avril, avec une petite expédition du côté du Centre Paris Anim' Montparnasse, quasiment en mode Harry Potter ("dans la gare, prendre l'escalier métallique à gauche de la voie 3"...), en ce samedi soir c'est Yiny.org qui invite, et si cette alternative à youtube propose sa deuxième soirée de soutien, c'est que les coûts ne sont pas anodins, rien qu'en abonnements à un hébergeur et aux serveurs...

 

Il n'y a pas encore grand-monde lorsque le duo Bonheurs Inutiles doit commencer son set, dans des conditions pas optimales puisqu'un récurrent problème de jack empêche le branchement de la guitare. Résultat, comme on n'est guère plus d'une vingtaine dans la salle (avec une vraie scène, c'est à noter), le duo helvético-chti décide de tout faire en acoustique, sans que cela ne nuise à sa prestation. En effet, on s'aperçoit très vite que les chansons du groupe, qui correspondent parfaitement à sa définition de "chansons scandaleuses de PMU", sont un genre de mix entre les VRP et Didier Super, il y a de la provoc' à foison, des blagues plus ou moins drôles, des détournements de tubes, de l'auto-dérision concernant la scène punk, des textes sur les flics, les prisons, les politiques, les drogues, les anarchistes, les proctologues, et même les gens normaux, bref chacun en prend pour son grade, à divers degrés évidemment, et si contrairement à certains je ne ris pas forcément à gorge déployée, on doit admettre que le duo est sacrément au point, et qu'il sait y faire pour emmener avec lui le public (cf. le pogo de l'unijambiste, suivi par plusieurs spectateurs...). En guise d'amuse-bouche, c'est un excellent choix des organisateurs, et on doit avouer avoir été bien séduit par ce duo à la tchatche impressionnante.

 

On a pris du retard, déjà (mais on s'en doutait, c'est un concert punk !), donc les Gastéropodes Killers ne traînent pas avant de prendre la scène d'assaut, le quatuor est bien branché en électrique, lui, et peut offrir au public désormais bien plus dense son punk (mâtiné de pas mal d'autres influences) qu'il travaille depuis plus de 25 ans. Au programme donc, un punk à la française, où on reconnaît ici ou là des influences de type Parabellum, par exemple, mais qui n’hésite pas à aller chasser sur d'autres terres, en allant reprendre (et adapter en français) le stand strong stand proud de Vice Squad ou en intitulant un morceau punk à roulettes. Le chant, majoritairement assuré par la bassiste, est parfois pris en charge par l'un des deux guitaristes, ce qui offre une autre palette, plus virile dirons-nous, au groupe, et la conclusion du set est logique et permet aux spectateurs de vibrer une dernière fois : if the kids are united (Sham 69) est un classique des classiques, et conclut à merveille cette prestation bien calibrée.

 

Il faut du temps pour changer le plateau, car les Warum Joe, s'ils n'ont pas de batteur, sont six sur scène, avec claviers, boîtes à rythmes, autant dire que comme d'habitude l'installation à l'arrache ne peut être totalement expédiée, il faut au moins pouvoir entendre tous les instruments, mais avec le retard prévu on ne peut passer trop de temps sur les balances... Heureusement, le groupe a l'habitude de ces conditions précaires, qui aboutissent à ce que chaque concert soit unique, puisque le son qui surgit des enceintes est toujours différent, et comme les musiciens ne sont pas là pour se prendre la tête, on sent que ces conditions toujours variables les font plus rire que pleurer. Le groupe s'appuie sur une discographie conséquente depuis près de 40 ans, ce qui offre au spectateur à chaque fois la perspective de titres ressortis du placard, et dans tous les cas d'une set-list immanquablement changeante d'un concert à l'autre. Ce soir, c'est c.f.c. qui démarre le set, autant dire qu'on met du lourd d'entrée de jeu, et pendant presque 55 minutes le groupe va aller piocher dans les différentes périodes, des origines (bogota, peste noire, datcha) aux petits derniers (charlie's angels, ice scream), avec toujours des textes ciselés qui s'appuient sur des riffs de guitares tranchants, des rythmiques carrées, et des inventions aux claviers qui permettent d’être encore surpris à chaque fois. On ne s'attendait pas forcément à entendre gesellschaft, une bonne surprise, mais on n'espérait pas du tout découvrir un tout nouveau morceau, sans titre, pas encore totalement terminé (la fin est un peu, comment dire, laborieuse, ou plutôt aléatoire), mais qui montre que le groupe est encore actif dans la création (sur scène, il ne l'aura peut-être jamais autant été qu'en ce moment !). On est entre amis ici ce soir, alors on invite Xavier pour la reprise du rockers de LSD, plus tard ce sera Nono qui viendra placer sa voix sur dernière spéciale, et entre les deux on aura apprécié, par exemple, un dactylo qui depuis quelques mois revient régulièrement sur scène, ou un kriegspiel que Pascal introduit en parlant de jeu de go... Le chanteur, comme toujours, semble détaché sur scène, tout en étant attentif à tout, et s'il laisse de plus en plus souvent les chœurs à ses comparses, on le sent comme les autres totalement heureux d'être là. Le set se clôt avec une music box tirée des tiroirs historiques du groupe, qui peut ainsi laisser la place après une prestation sans trop de soucis techniques - ce n'est pas toujours le cas. Je les avais ratés aux derniers Barrocks, je me suis rattrapé ce soir, et comme à chaque fois je suis loin d'avoir été déçu, c'est toujours du plaisir de voir les Warum sur scène !

 

Set-list :

  1. c.f.c.
  2. peine totale
  3. bogota
  4. peste noire
  5. datcha
  6. gesellschaft
  7. love me tendo
  8. ??
  9. mauser fucker
  10. rockers
  11. les avortons
  12. carpates show
  13. ice scream
  14. dactylo
  15. kriegspiel
  16. charlie angels
  17. loto critique
  18. dernière spéciale
  19. milady en sous-sol
  20. music box

 

La suite, ce sera samedi prochain, à la Boule Noire pour aller tester The Coathangers.