Date : vendredi 26 avril 2019

 

Avec le nombre de concerts intéressants en ce samedi soir (les Puntos, Inner Terrestrials et la Fraction au New Morning, Art Brut et les Olivensteins au Petit Bain, entre autres), on pouvait craindre de ne pas voir grand monde au Cirque Électrique, on aura donc la surprise de constater que l'Anti-Club sera presque bondé, à un moment de la soirée, autant dire que le pari, s'il n'était pas gagné d'avance, l'aura été au final.

 

Le line-up a changé au dernier moment, les prévus All This Mess sont remplacés au pied levé par le trio Nothing to Tell, même si les horaires prennent déjà un petit coup dans le pif d'entrée de jeu. Guitare-basse-batterie, du punk à l'américaine au programme, avec un chant le plus souvent en français - même si les moments où on comprend les paroles sont des plus rares, ce n'est pas forcément ma tasse de thé mais il y a assez régulièrement des ruptures de rythmes plutôt bienvenues et inattendues qui permettent de rester dans la salle pour tester le trio. On notera que le chanteur en fait des tonnes pour faire réagir le public, mais que c'est souvent en vain et superflu, et on imagine bien que le bassiste pourrait être autant dans un groupe de punk que de funk, à se demander si Flea ne serait pas son idole... Bon, cela dure moins d'une demi-heure, cela n'aura rien révolutionné, mais au moins le groupe a eu le mérite de dépanner.

 

Après une transition qui semble d'autant plus longue que la musique d'ambiance dans la salle est à la fois horriblement forte et quasi insupportable à entendre (un genre de Cradle of Filth, qui n'a rien à faire là dans les enceintes ce soir), les six membres de Louis Lingg and the Bombs grimpent sur scène, dans une chorégraphie guère réussie (l'escalier d'accès est étroit, et la scène guère plus large) sur une musique de type Carmina Burana, et entament leur prestation avec un favela ninja tiré de leur dernier album éponyme en date, il faut que chacun trouve sa place (il y a un clavier, deux guitares, une basse, une batterie et une chanteuse à caser), et dans la fosse le pogo démarre illico, et ne s'interrompra qu'au bout de ces trois quarts d'heure... On sait le groupe friand de sonorités étranges, et également du contrepied, alors dès le deuxième morceau on est servis, puisque c'est à une reprise improbable que nous sommes confrontés, celle de Charli XCX break the rules (je frime, mais je ne connaissais ni l'auteur ni le morceau avant de chercher sur internet), on sent que dans le public certains ont la référence initiale et sont donc pliés de rire, mais par la suite, on revient à des compositions originales du groupes, avec de l'ancien, voire très ancien (conspiracy, louis lingg, anarchist) ou du beaucoup plus récent (sheena is too old, onigiri). Sur scène, on sent qu'on est toujours à la limite, le groupe n'entend pas forcément ce qu'il joue dans les retours, mais cela ne fait rien, on est là pour jouer, pour le fun, et on en profite à plein. Le groupe se permettra d'ailleurs d'insérer dans une set-list plutôt calibrée deux nouveautés, la première dédiée à une écrivaine anarchiste morte en 2018 (si on a bien compris le français de Josh), la seconde suite à une rencontre du même avec un gars qui lui a dit qu'il est "l'esprit de l'homme"... Si la première est bien dans la lignée des morceaux que l'on peut connaître du groupe, très énergiques et fun, mélangeant punk et sonorités de mangas par exemple, la seconde nouveauté est plutôt calme, ce qui est rare dans la discographie du groupe. Pendant 45 minutes, on a droit à un déferlement quasi ininterrompu de morceaux plus entrainants les uns que les autres, dans une bonne humeur généralisée, ce qui permet de laisser passer les pains sans autre réaction qu'un sourire, le guitariste et la chanteuse tentent un petit passage (avorté, dans les deux cas) sur la fosse, et le batteur, qui en est à son deuxième concert de la soirée (il a également œuvré avec Nothing to Tell), montre qu'il est plus jeune que ses partenaires puisqu'il ne semble pas souffrir de la moindre fatigue et ne pas avoir besoin des "pau-pauses" prévues sur la set-list (mais pas suivies, ou uniquement à contretemps). Cela faisait près de six mois que je n'avais pas vu la bande à Josh sur scène, et à chaque fois on ressort de là avec la banane, et comme le groupe continue à être inventif on n'est pas près de les lâcher en rase campagne !

 

Set-list :

  1. favela ninja
  2. break the rules
  3. conspiracy
  4. sheena is too old
  5. grindstone
  6. ??
  7. occupy everything
  8. onigiri
  9. louis lingg, anarchist / oi / louis lingg, anarchist
  10. r.e.v.o.l.t.
  11. happy day (when the sun explodes)
  12. ??
  13. rave and steal

 

La tête d'affiche de la soirée avait été l'auteur d'un phénoménal concert à l'Olympic il y a quatre ans presque jour pour jour, ce soir on ne sait pas trop à quoi s'attendre de la prestation des PKRK, mais si Vincen a l'air un poil fatigué lorsqu'on le voit arriver sur scène, ce n'est qu'apparent, car accompagné de sa fidèle section rythmique, quoique un poil lourde par instants (l'acoustique n'aide pas ici, on le sait), le chanteur historique du groupe (et seul membre d'origine) va passer en revue les trente ans et quelques de "carrière" du combo messin, cette tournée s'appuyant sur / soutenant la sortie d'un album live récapitulatif. Qu'on le dise tout de suite, la set-list ressemblera beaucoup à celle du CD, y compris au niveau de l'ordre des titres, même si deux morceaux ajoutés (petit joueur et y'a pas d'raison) permettront de frôler l'heure de concert. On est un poil surpris, car le public qui était bondé pour Louis Lingg s'est un peu dispersé, mais en dehors d'un son pas toujours optimal, on osera dire que les absents et ceux qui ont snobé cette prestation devraient s'en mordre les doigts, tant les morceaux que chacun connaît par cœur conservent de l'impact et de l'efficacité, et comme le trio de musiciens n'est pas là pour ramasser des fleurs, ça enquille à fond les manettes, à l'instant "accordage-SACEM" (dixit le bassiste) près. Bien sûr, ce sont les titres les plus anciens qui sont les plus appréciés par le public, mais les plus récents (le désabu, succédané) valent également le coup d'oreille, et il n'y a pas le moindre temps faible dans cette soixantaine de minutes. De fait, ce genre de best-of live démontre que le groupe n'a cessé de composer des hymnes, puisqu'à chaque introduction ou presque (certaines sont un brin méconnaissables) on se dit "ah oui, j'avais presque oublié celle-là" - essayez de citer deux tubes de Dick Rivers, vous verrez la différence... Vincen provoque gentiment les spectateurs, sans pour autant perdre de temps, et si on devine que certains anticipent leur départ par crainte de difficultés liées aux transports en commun (le concert se finira peu avant minuit), on sent également la détresse dans leur regard quand ils doivent abandonner les lieux de manière anticipée. Tout au long du set, les morceaux forts se succèdent, mais on comprend que le groupe a conservé pour la fin les titres qui susciteront le plus d'enthousiasme. Ainsi, cet enchaînement atchoum / faut pas s'y fier / tant que tu vis ton trip / pas fait pour briller / on n'est pas sérieux met tout le monde KO debout, et le trio peut quitter la scène sans faire semblant d'attendre un éventuel rappel, tout est là pendant cette heure, il n'y a rien à rajouter, et cette relative concision suffit à contenter la grande majorité des spectateurs. Tout ce que l'on peut espérer désormais, c'est que les quelques petites phrases balancées ici ou là par Vincen, laissant entendre que c'est la dernière fois que l'on voit le groupe sur scène, n'auront été que de petites piques ironiques, et qu'on pourra reprendre le même pied dans les années à venir.

 

Set-list :

  1. what's my name
  2. j'te sers à rien
  3. au poing le parabellum
  4. ineptik gloria
  5. je n'attends plus rien
  6. succédané
  7. marie bb
  8. petit joueur
  9. le désabu
  10. les poissons nouilles
  11. y'a pas d'raison
  12. aurore in loveland
  13. atchoum
  14. faut pas s'y fier
  15. tant que tu vis ton trip
  16. pas fait pour briller
  17. on n'est pas sérieux

 

La suite, ce sera dès ce samedi soir, au Centre Paris Anim' Montparnasse (que je vais découvrir) avec Warum Joe, parmi d'autres...