Date : jeudi 25 avril 2019

 

 

Près de huit ans que je n’avais pas mis les pieds à l’International, en haut de la rue Oberkampf, je m’aperçois même que je suis surpris en constatant que la salle de concert est sise en sous-sol (je confondais ce lieu avec l’Alimentation Générale, un peu plus bas…), et à l’heure annoncée de début des hostilités, soit 20h15 et des brouettes, on n’est guère nombreux devant la petite scène, toujours guère surélevée : les musiciens des groupes à venir compris, on ne doit pas atteindre les dix pelés (il n'y a pas encore de tondu), difficile de se cacher au milieu de la foule donc – heureusement qu’il reste l’obscurité…

 

C’est un duo guitare-batterie qui entame les festivités : Semi Vortex est originaire de Montreuil (ou de Gentilly, selon les sources), et serait à cataloguer du côté « noise math twerk d’opérette » si on en croit les indications portées sur les réseaux sociaux… À vrai dire, il ne me faut pas longtemps pour comprendre que cette quarantaine de minutes ne va pas constituer pour moi un long et agréable fleuve sonore tranquille, tant l’adjonction d’un batteur (qui semble bien se défouler) au guitariste (qui, une fois qu’il a fini de monter ses boucles, continue d’en rajouter à base de pédales d’effets dont la superposition n’apporte pas grand-chose à l’intérêt des morceaux) aboutit à un résultat certes inclassable, mais surtout dont on a du mal à deviner où il nous mène. Certains évoqueront plutôt une tendance post-rock, je veux bien, mais cela ne permet pas de pardonner ces longues minutes pendant lesquelles on sent que le duo - au moins - s’amuse bien, et si certains spectateurs, sans doute musiciens, semblent eux aussi goûter à ces envolées sur lesquelles on n’a pas forcément le sentiment que les parties jouées soient coïncidentes, on en vient presque à les envier… Si les sonorités d’ensemble ne me touchent pas (je ne parle même pas du morceau annoncé « pour les amateurs de heavy métal », bien entendu), c’est au final à un genre de techniciens testeurs d’instruments que cela me fait penser, et même le moment de calme qu’aurait pu représenter le cassage puis changement de corde (il n’y a pas de guitare de rechange pour gauchers dans la salle…) n’existe pas, puisque le batteur en profite pour en rajouter une couche. Bref, ce n’est clairement pas la première partie qui me marquera le plus cette année, et j'en suis presque à soupçonner les spectateurs qui finissent par arriver en nombre d'avoir délibérément choisi d’être en retard en pleine connaissance de cause…

 

Il y a un an, on avait suffisamment apprécié la performance de Guili Guili Goulag au Supersonic pour en être reparti avec des regrets, frustré d'une prestation qui n’avait pas dépassé les 35 minutes, ce soir on espère que le trio bruxellois spécialiste du « harpcore » va bénéficier d’un temps de jeu suffisant pour nous contenter. Après une vingtaine de minutes d’installation (la batterie n'est pas celle du premier groupe, et il y a plein de choses à amener sur scène), le batteur est calé derrière ses fûts en fond de scène, le bassiste est sur la gauche en avant-scène, et la harpiste à droite, et ça démarre tambour battant. Le batteur hurle et éructe des borborygmes tout en émettant de délicieux petits bruits avec tout ce qui lui passe par la main, le bassiste assure un tempo tranquille, et la harpiste manipule les cordes de son instrument avec tout ce qui, à portée, n'est pas utilisé par le batteur, de l’archet au ressort en passant par des cloches ou des outils des plus insolites, son chant passe lui aussi à travers l’instrument, bref visuellement c’est étonnant, tandis que musicalement c’est impressionnant, et la plupart du temps le groupe crée une transe qui emmène avec lui l’ensemble des spectateurs. Enfin, il faut relativiser cet investissement au sein du public, tant on trouve autour de soi de personnes présentes uniquement pour parler (fort), boire (beaucoup), et qui nuisent grandement à l’attention que le spectateur lambda peut vouloir porter à ce qui se passe sur scène. On ne peut pas dire que le trio de musiciens soit expansif ni loquace, les échanges avec le public sont quasi absents, mais l’essentiel est que ce qui sort des enceintes nous transporte, que le son reste hypnotique ou que le ton se durcisse, l’intérêt est le même, et la frange du public la plus attentive ingère avec avidité les titres qui se succèdent quasiment sans interruption. Pour ceux qui sont friands de catégorisations, bon courage avec ce groupe, car il ne ressemble à rien de précis, sans doute par instants peut-on le rapprocher de certaines influences, mais il s’agit avant tout d’un groupe qui s’est construit son propre univers, à l’instar de Le Singe Blanc par exemple, et le fait de ne pas hésiter à étirer les morceaux à l’envi comme d’en produire de très concis et bien plus rapides prouve que le trio ne se fixe guère de règles… Autre bonne nouvelle, notre espoir du soir est pour le moins comblé, puisque c’est une prestation d’une cinquantaine de minutes qui nous est offerte, on n’aura pas vu le temps passer, et ceux qui auront encore raté le groupe ce soir feraient bien de ne pas le louper la prochaine fois, peu importent les conditions acoustiques…

 

La suite, ce sera dès ce vendredi soir, au Cirque Électrique (je sais, il y avait d’autres options, au Petit Bain ou au New Morning) avec PKRK en tête d’affiche.