Date : samedi 3 novembre 2018

 

C'est samedi soir, et la fine fleur du punk parisien se dirige vers le Cirque Électrique, pour la seconde soirée du festival Génération Miroiterie, ou comment monter une belle affiche en jouant sur la nostalgie. Qu'on ne s'y trompe pas : comme les autres, je garde plein de bons souvenirs du squat de la rue de Ménilmontant, mais avec les groupes annoncés je serais venu ce soir, peu importe le nom du festival...

 

En arrivant au Cirque, on s'aperçoit que la soirée vient de débuter, avec un one-man-band sur la scène de la grande salle ("Le Tigre") : Sheriff Perkins fait dans le blues sale et saturé, qualifié au choix de grindabilly ou de murderbilly, mais il pâtit du fait de passer en premier, le son n'est pas toujours bien réglé, et l’assistance encore clairsemée, dispersée qu'elle est entre les différents stands, le bar et l'extérieur des lieux. J'avoue que je ne pose moi-même qu'une demi-oreille sur ce qui sort des enceintes, non pas par rejet de ce que le bonhomme propose, avec sa guitare et sa mini-batterie, mais plutôt parce que la soirée s'annonce relativement longue, et qu'il faut prendre (les frites sont bonnes !) et garder des forces pour les heures à venir...

 

Remarquez, si j'avais attentivement regardé la timetable, j'aurais pu inverser mon temps d'inattention, puisque le groupe qui arrive derrière propose du hip hop, ce qui est intéressant dans la mesure où cela rappelle que la Miroiterie accueillait autre chose que du punk, mais DjamHellVice touche du doigt mes limites en la matière : le trio, avec deux MCs et un responsable des sons, fait dans le rap hardcore, qui ne me parle pas du tout, et on a beau me dire que les textes sont intéressants, c'est au niveau du flow que cela coince chez moi, alors je profite des derniers instants avant le grand froid pour sortir en attendant la suite.

 

Il n'y a pas que le Nouveau Tigre qui est utilisé, le Bunker est également de la partie, et la foule s'y précipite pour ne rien rater de la prestation des Prouters, perso je préfère ne pas prendre le risque de rater le groupe qui va jouer au Tigre, car il y a visiblement pas mal de recouvrement entre les sets.

Je m'installe donc tranquillement en attendant que Warum Joe démarre, et ce soir le sextet ne comporte que cinq membres : si le bassiste a récupéré son poste, c'est Hervé qui manque à l'appel (on n'aura donc qu'un seul préposé aux machines) et Nicus fait faux bond, remplacé au pied levé par Jano, même si son arrivée tardive en aura angoissé plus d'un. Vous imaginez donc que le son du groupe va être une nouvelle fois unique aujourd'hui, et même si le groupe n'a, comme les autres, que 45 minutes de set, les spectateurs présents ce soir ne regretteront pas d'être restés dans le Nouveau Tigre. Déjà, le set démarre avec c.f.c., un titre qui n'est pas forcément un habitué des set-lists, et l'enthousiasme qui va régner tout au long de la cinquantaine de minutes va compenser les limites acoustiques des lieux : pendant une bonne partie du set, ce sont presque exclusivement des danseuses que l'on trouve devant la scène, et si les mâles finiront par investir la place et se lancer dans un pogo, celui-ci restera assez soft, il n'y a rien à prouver à personne ce soir ! Le micro de Pascal est souvent pris d'assaut, et de datcha à bogota, en passant par tchang, toutes les paroles sont reprises en chœur, et le plaisir immédiat est augmenté lorsque les premières notes de al tarma résonnent, le groupe ne va pas se contenter de recycler les morceaux les plus évidents, à l'image d'un dactylo totalement inespéré mais qui mettra tout le public à genoux. Le groupe ne se contente pas de piocher dans le répertoire ancien, puisque deux des titres les plus récents (charlie's angels et desert beagle) seront également de la partie, et si dernière spéciale refait une apparition, quinze jours après son exhumation au Supersonic, ce ne sera pas le dernier cadeau de la soirée. Car si les avortons ou carpates show sont des incontournables des prestations du groupe, on sait que Pascal et ses comparses aiment bien surprendre leurs fans, alors c'est sang famille qui déboule, au plus grand plaisir de tous, suivi de les feux de l'amour et loto critique, autant dire que le niveau ne baisse pas d'un cran, et que dire de cette music box en guise de fin de set ? Là, on est revenus au début des années 80, et comme l'organisation n'est pas chienne, on a le droit à un dernier titre, quitte à dépasser le temps officiellement accordé : ce rockers date de la même époque, mais il a été écrit par La Souris, autant dire que c'est l'apothéose pour la majeure partie des spectateurs, et on n'est pas loin de les rejoindre sur ce point. Vous l'aurez compris, le groupe a, une nouvelle fois, fait ce qu'il fallait pour se faire apprécier, à coups de classiques mais également de surprises, et ceux qui craignaient que les deux absences du soir ne nuisent à la qualité du set en auront été pour leurs frais : oui, il fallait être là, et non , personne ne l'a regretté !

 

Set-list :

  1. c.f.c.
  2. datcha
  3. tchang
  4. bogota
  5. al tarma
  6. love me tendo
  7. milady en sous-sol
  8. charlie's angels
  9. dactylo
  10. le camionneur
  11. dernière spéciale
  12. carpates show
  13. les avortons
  14. sang famille
  15. les feux de l'amour
  16. loto critique
  17. desert beagle
  18. music box
  19. rockers

 

On file tout de suite au Bunker, car on sait qu'on risque d'avoir manqué le début du set, mais on se rassure, Louis Lingg and the Bombs est encore en train d'effectuer ses balances, mais cela ne dure guère, car de toutes les façons il n'y a pas grand chose à attendre de la salle et de ses capacités acoustiques limitées, alors le set démarre, avec un favela ninja qui indique que cela va tourner autour de l'album éponyme, mais on ne va pas se contenter d'écouter des nouveautés, puisqu'en guise d'hommage à la Miroiterie, le groupe va exécuter quelques titres qu'il y a joués à l'époque. Ainsi, entre les récents onigiri, kokoro no tabi ou happy day (when the sun explodes), vont se glisser un conspiracy ("le single d'il y a vingt ans", selon Arno le guitariste), un louis lingg anarchist (le héros de Josh) ou encore un bomb the cunts dédié au peuple brésilien... Les musiciens ont visiblement du mal avec leurs retours (on pense particulièrement à la claviériste), mais peu importe, dans la salle le son reste correct, même avec toutes ses imperfections, et si on attendait un set totalement carré, avec des enchaînements parfaits, on serait ailleurs ! Le pogo est ici bien plus virulent que devant Warum Joe, même s'il n'y a pas de violence, on voit également pas mal de slammeurs nous passer sur la tête, y compris quelques musiciens (Julie Hate, la chanteuse, ou Arno, qui met ses côtes endolories en danger, une fois de plus)et il est difficile de rester de marbre devant ce déchaînement musical, qui allie punk, hardcore, mais aussi sonorités nipponisantes à thèmes de manga, et les slogans fonctionnent à la perfection, du r.e.v.o.l.t. au "anarchist" de louis lingg anarchist, et si le groupe doit arrêter sur rave and steal, on constate qu'on a passé encore 50 minutes de pur plaisir, on a déconnecté le cerveau pour entrer dans l'univers du groupe, et là encore il aurait été dommage de manquer cela. En revanche, ce qu'on va manquer, c'est la prestation de Stygmate, puisque le trio (au sein duquel Paul est remplacé par Esteban, ce soir) a déjà largement trop entamé son set lorsque l'on sort du bunker. Gageons qu'on se rattrapera vite, le groupe n'a pas l'habitude de nous laisser trop longtemps sans jouer à Paris...

Set-list :

  1. favela ninja
  2. sheena is too old
  3. twitter riot
  4. occupy everything
  5. grindstone
  6. freedom fighter
  7. r.e.v.o.l.t.
  8. kokoro no tabi
  9. conspiracy
  10. louis lingg anarchist / oï / louis lingg anarchist
  11. destroy civilisation
  12. onigiri
  13. bomb the cunts
  14. happy day (when the sun explodes)
  15. rave and steal

 

La suite, ce sera ce jeudi à la Boule Noire, avec LANE qui devrait nous offrir plus que son excellent quatre titres...