Date : samedi 27 octobre 2018

 

C'est toujours un peu fastidieux de réussir à atteindre le Cabaret Sauvage, on longe le tram avant de partir vers l'inconnu le long d'un centre équestre (ça se sent), en ce samedi soir le concert est annoncé complet, et effectivement on sentira la densité de population tout au long de la soirée.

 

On ne s'éternisera pas sur la première partie, pour au moins deux raisons distinctes : d'abord parce que la prestation de Turbowolf est déjà entamée lorsqu'on rentre dans la salle, ensuite (et surtout) parce que le genre de métal prog que l'on perçoit ne correspond absolument pas à ce que nos conduits auditifs sont aptes à ingérer sans douleur, alors on attend tranquillement dans le hall que cela se termine (en espérant que cela ne prenne pas trop de temps !). On en profite pour vérifier que la bière est toujours hors de prix (8€ la pinte, cela va à l'avenant des billets à 34€, et même du merch où les t-shirts ne se trouvent pas en-dessous de 25€...), c'est bien, cela permettra de ne pas rentrer alcoolisé et fatigué après le concert...

C'est sous l'appellation "Laugh at your peril" que Killing Joke a entamé sa tournée de 40e anniversaire tout autour du monde, et après une introduction sous le thème de Eyes Wide Shut (masked ball) que les musiciens arrivent sur scène, en prenant leur temps, et les choses ne commencent à s'animer qu'à l'amorce de l'apparition de Jaz, le chanteur-leader, maquillé à la Alice Cooper et dans une combinaison noire. D'entrée de set-list la surprise est énorme, puisque sur les autres dates de la tournée cet unspeakable (la set-list annonce s.o. 36, c'est un leurre...) tiré du second album du groupe n'était pas présent, ce soir cette ouverture serait parfaite si le son était de qualité, or on a un genre de bouillie qui sort des enceintes, et si cela s'améliorera un peu au long du set, on sera loin du niveau acoustique que l'on peut espérer, surtout pour le prix déboursé. On sait que le Cabaret Sauvage n'a pas pour habitude d'avoir un son parfait, mais là cela frise l'abus... Assez rapidement, Jaz présente ses compagnons de scène, Geordie à la guitare, Big Paul à la batterie et Youth à la basse, soit le quatuor historique de fondation du groupe, mais omet de présenter Reza, le claviériste (depuis près de 15 ans), mais on supposera qu'il n'y a pas de rapport avec le fait qu'on ne l'entendra pas très bien, c'est juste un dommage collatéral de l'acoustique. Le groupe va revenir à sa set-list "de croisière", qui va balayer une bonne partie des albums du groupe, mais en passant sous silence certaines périodes : les deux albums de 1982-1983 manquent ainsi à l'appel, tout comme la période 1986-1993 et les "democracy" et "hosannas...". L'idée générale reste tout de même d'être le plus efficace possible, et on ne niera pas que european super state (datant de 2010) ou autonomous zone (du petit dernier datant de 2015) rentrent largement dans ce cadre, et on remarquera même que eighties, extrait du pourtant très pop "night time" (1985) prend un poids supplémentaire ce soir. Le public, qui flirte majoritairement avec la cinquantaine, comprend une petite dose de jeunes, qui s'en donnent à cœur joie dans la fosse devant la scène, on remarquera surtout, en étant placé en retrait, le nombre impressionnant d'allées et venues, ce qui laisse deux options : soit les vieux fans ont des problèmes de vessie, soit ils se sont embourgeoisés et ont un pouvoir d'achat extrêmement élevé qui ne les pousse pas à boycotter un bar aux tarifs tellement exagérés... Requiem est l'occasion d'avoir l'unanimité sur un titre, que dis-je un monument, et l'enchaînement de trois très vieux titres (bloodsport et butcher suivent) ne fait pas baisser l'atmosphère bouillante, que loose cannon ne rafraîchira pas non plus. Si Jaz tente parfois d'expliquer l'opportunité de jouer tel ou tel titre (le concept de fin du monde le taraude depuis bien longtemps, et la situation actuelle ne peut que le conforter), on a parfois du mal à le suivre dans ses raisonnements et explications, et on remarque également que la tournée semble l'avoir un peu éreinté, ainsi sur certains morceaux il atteindra rapidement ses limites vocales et devra forcer pour réussir à se faire entendre. Après avoir enchaîné deux titres datant de ce siècle (corporate elect, toujours efficace, puis asteroid, toujours l'occasion aux spectateurs de donner de la voix), on revient aux origines, avec the wait puis pssyche, ou comment terminer en beauté un set carré mais sur lequel nulle récrimination ne sera acceptée.

Un petit temps de pause, et le groupe revient, pour dédier love like blood à Paul Raven, l'ancien bassiste décédé il y a 11 ans, et ce morceau, sans doute l'un des pires de la discographie du groupe anglais, est pourtant célébré par le public comme s'il s'agissait du clou du spectacle, c'est à chaque concert une chose qui me laisse pantois, heureusement la suite va relever - ô combien ! - le niveau. En effet, the death and resurrection show est une pièce de choix, mais que dire de wardance et pandemonium ? Le premier reste toujours d'actualité, presque 40 ans après son écriture, tandis que le second (et titre terminal du concert) est l'apogée d'une grand-messe toujours impressionnante, sur laquelle on regrette tout de même de ne pas avoir pu bénéficier à plein d'un son correct pour apprécier les variations que l'on a devinées sur certains titres. Au final, on ne crachera pas sur cette heure et demie, il faudrait être d'une totale mauvaise foi pour le faire, mais on apprécierait tout de même que pour sa prochaine venue, le groupe soit programmé dans un lieu adapté au rock !

Set-list :

  1. Unspeakable
  2. European Super State
  3. Autonomous Zone
  4. Eighties
  5. New Cold War
  6. Requiem
  7. Bloodsport
  8. Butcher
  9. Loose Cannon
  10. Labyrinth
  11. Corporate Elect
  12. Asteroid
  13. The Wait
  14. Psyche
  15. Rappel : Love Like Blood
  16. The Death and Resurrection Show
  17. Wardance
  18. Pandemonium

 

La suite, c'est dès ce lundi soir, avec Slaves au Trabendo.