Date : mardi 23 octobre 2018

 

C'est mardi, et on va délaisser les salles de concerts pour aller au théâtre, plus précisément au Nouveau Théâtre de Montreuil, pour une soirée à double pièce et attractions, autant dire qu'on ne sait pas forcément ce qui nous attend lorsqu'on s'installe dans les fauteuils plutôt accueillants de la grande salle.

 

On commence à connaître quelques unes des manies de metteur en scène de Mathieu Bauer, on n'est donc pas vraiment surpris de constater que Western, la pièce adaptée de "La chevauchée des bannis" (André de Toth), démarre en chanson, il faut dire qu'il y a un piano sur scène, un guitariste au fond, et que les musiciens resteront en permanence en place et en action. Le décor - un village enneigé du Far West - est reconstitué de manière originale et efficace, et comme souvent on peut passer l'intégralité du temps à remarquer des petits détails inventifs (la clochette, l'utilisation - éventuellement dispensable - de micros et haut-parleurs à la hanche, le bruit du blizzard), mais après une entrée en matière qui me laisse un poil circonspect, on finit par entrer totalement dans le sujet, avec des comédiens jeunes, aux personnalités bien différentes, et qui réussissent à nous faire dépasser des a priori (les premiers dialogues peuvent évoquer "La classe américaine", surtout dans le phrasé) pour nous emmener dans une aventure impliquant à peu près tous les clichés du western, en dehors les Indiens. On se laisse prendre au jeu, la musique omniprésente - une constante chez Bauer - n'empêche pourtant jamais de se concentrer sur la pièce, et si on n'en dévoilera ni le sujet ni le déroulé, sachez que le manichéisme inhérent au genre "western" n'est pas forcément de mise ici, les méchants ne le sont pas tous, pas aux mêmes degrés, et le héros, pas forcément sympathique au premier abord, ne le devient pas subitement, tout en réussissant superbement à bien faire évoluer son personnage. Les femmes n'ont pas forcément la part belle, mais elles sont souvent indispensables et partie prenante de cette évolution, tout en finesse, et on se surprend parfois à sourire - voire rire - dans ce qui s'apparente pourtant nettement à un drame. Pendant pas loin d'une heure et demie, on est pris dans ce tourbillon de sentiments et de personnages, et lorsque les lumières se rallument on se dit qu'on a déjà gagné notre soirée - qui est pourtant loin d'être terminée !

 

Car pendant le changement de décor (les comédiens y participent largement), on a droit à un entracte à l'ancienne, avec chocolats glacés, esquimaux, sandwiches, mais également des attractions (du magicien improbable mais sacrément impressionnant, surtout avec ses cigarettes, aux chansons et numéros chantés), ce qui explique qu'une bonne partie des spectateurs (j'en fais partie) ne quitte pas les lieux, on ira aux toilettes quand on sera vieux, il ne faudrait pas rater une miette de tout ce qui constitue ce spectacle...

 

Car il y a une deuxième pièce qui arrive, avec les mêmes comédiens que pour Western, et cette adaptation du Shock Corridor de Samuel Fuller, film que j'ai vu il n'y a pas si longtemps, va nous emmener dans un tout autre décor, celui d'un hôpital psychiatrique, tout en conservant une partie des recettes de Western, particulièrement le côté musical évidemment. Là non plus, on ne trahira pas le sujet, on se contentera d'indiquer que c'est un film (une pièce, ici) noir, pour le moins, qui ne rend guère hommage à la psychiatrie de manière générale (ce que l'on peut comprendre), mais les scènes du film (y compris avec des extraits sonores) sont accompagnées/agrémentées de commentaires permettant de mieux comprendre le film, le tournage, les acteurs, les diverses difficultés de tournage, sans pour autant que l'on se perde entre le jeu et l'explication, ce qui est un sacré tour de force. Là encore, les personnages sont très bien dépeints, il n'y a pas d'outrance, et si on pourrait se passer de quelques scènes chorales, cela reste à la marge, en tout cas de mon point de vue qui me permet de ramener la pièce au film. Bien sûr, cette nouvelle heure et demie s'accompagne de quelques bâillements, car il n'y a aucun répit entre 19h30 et 23h30, mais elle permet une belle mise en abyme explicative de la part du réalisateur du film, et si la toute fin de la pièce me laisse un peu sur ma faim, la fatigue y est sans doute pour beaucoup. On ressort donc de cette soirée avec un sentiment très positif, d'autant plus que les deux pièces sont montées de manière tout de même variée, et si on ne s'éternise pas - on ne félicitera donc ni les musiciens ni les comédiens - c'est qu'il se fait tard, qu'on n'est pas de là, et qu'on n'est pas en vacances : il y a boulot demain matin !

 

La suite, c'est un retour aux concerts, avec les Foune Curry et Harassment au Cirque Électrique dès ce mercredi soir.