Date : jeudi 18 octobre 2018

 

Ce jeudi soir, tandis que la France entière attend avec émotion la sortie du nouvel album d'un chanteur mort et enterré dans une île de milliardaires, les punk-rockers, qui ont bien plus de goût, se dirigent vers le Supersonic, où les attend une affiche de choix, des températures correctes, et des bières qu'il vaut mieux commander avant 20h, happy hour oblige...

 

Pour démarrer, on retrouve sur scène un quintet entièrement féminin que l'on avait découvert et apprécié fin juin pendant le festival Ovaires Drive au Cirque Électrique, et on va rapidement se féliciter de ne pas être arrivé en retard, tant ce que nous propose Lush Rush est excitant. Tout en demeurant, tout au long de la demi-heure, dans un registre que l'on peut qualifier sans rougir de punk/riot grrrl, la chanteuse (qui n'a heureusement plus besoin d'attelle à la jambe) et ses comparses (basse, batterie, deux guitares) nous emmènent sur des chemins bien moins balisés que ce à quoi on pourrait s'attendre, en profitant à plein de la voix sacrément intéressante de la chanteuse, mais également en n'hésitant pas à faire preuve d'une fragilité (oui, j'y tiens) qui n'incite jamais à la moquerie mais nous fait plutôt porter une attention soutenue aux compositions. Le set semble rodé, il n'y a pas de temps morts, et on varie du punk au rock, en frôlant des morceaux presque pop, dans un registre qui pourrait se rapprocher de celui des Radio Birdman qu'on avait vus la veille. Et le public, plutôt bien dense, semble également apprécier ce qui sort des enceintes, il n'y a pas grand monde pour trainer dehors, preuve que ce concert tient la route, et est attendu par beaucoup de monde. Alors, à l'identique d'il y a 4 mois, on regrette un poil la brièveté du set (30 minutes chrono ou presque), mais on continue à avoir envie de revoir les filles sur scène, et on pourrait/devrait également les faire venir à Konstroy, mais ceci est une autre histoire...

 

Changement d'atmosphère lorsque les King Phantom grimpent sur scène : annoncé comme une sorte de pont entre le punk et le rock, on s'aperçoit assez rapidement que c'est plutôt Motörhead qu'évoque le quatuor, même si cela tient beaucoup à la voix du chanteur. On a droit à du riff un poil long, frisant le solo, et ce n'est pas forcément le genre d'énergie qui me transcende, alors sans quitter les lieux, on prend un peu de recul en attendant la suite, ce qu'on entend de l'étage n'est pas non plus totalement désagréable tout de même...

 

La suite, c'est un groupe que l'on suit de près depuis bien longtemps, et qu'on avait vu ici-même il y a trois mois : Warum Joe revient, toujours à six (deux préposés aux boîtes, deux guitaristes, un bassiste, un chanteur) même si le bassiste du soir est nouveau, plus jeune et plus barbu que l'habituel préposé au poste. Il y avait eu des problèmes techniques, la dernière fois, et aujourd'hui c'est après quelques secondes de jeu qu'il faut interrompre peine totale, mais on supputera qu'il s'agit plus d'un problème inhérent au groupe... Le groupe reprend rapidement, et va enchaîner les titres très anciens (datcha, tchang, bogota, peste noire), au plus grand plaisir des spectateurs massés devant la scène, et qui dansent à qui mieux mieux, même si on sentira au fil du temps quelques petites tensions, voire accrochages, plutôt malvenus, alors que tout le monde est là en connaisseur et appréciateur du groupe : on ne peut empêcher les crétins de venir aux concerts ! Ces vieux morceaux sont repris en chœur et par cœur par l’intégralité des spectateurs, mais c'est également le cas pour l'ensemble des titres, preuve que les aficionados constituent la grande majorité du public. On le sait, le groupe possède un sacré catalogue de morceaux, écrits sur plus de 35 ans, alors on attend à chaque fois la petite perle qui fera que le concert du soir s'avérera unique, ce soir on va être gâté car on aura quasiment droit à un collier : gesellschaft fait partie de ces raretés qu'on espère à chaque fois, et il ressort ce soir des tiroirs, mais il est également accompagné de l.h.o. (Pascal annonce qu'il dormait depuis 30 ans !), et on n'oubliera évidemment pas non plus l'interprétation de dernière spéciale, les deux derniers titres cités faisant partie de mon panthéon personnel dans la discographie du groupe ! On ne crache évidemment pas sur le reste de la set-list, étant donné qu'il n'y a strictement rien à jeter, on notera pour les fines bouches les versions de carpates show ou des deux petits derniers ice scream et desert beagle, dont on oublie facilement qu'ils ne datent que de trois ans, alors qu'on les (re)connaît immédiatement. En plus de la musique, le groupe a ceci de punk qu'il se passe rarement un concert sans qu'il connaisse des problèmes techniques, là c'est le guitariste qui se plaint de ne plus avoir de retours des boîtes, alors on se fait une petite pause, l'occasion pour Pascal et son fils d'imiter Booba, avant de reprendre de plus belle avec les avortons, titre qui est dédié à l'un des spectateurs, comme le sont à peu près la moitié des titres de la set-list... On a ce soir droit à la reprise de l'aigle noir (Barbara), toujours aussi percutante, mais également à celle de rockers (LSD), rappel d'une époque où La Souris était intéressante... Le temps s'écoule, cela hésite un peu au niveau des musiciens, peut-on continuer ou pas, dans le doute on entame le camionneur, histoire de continuer à faire plaisir au plus grand nombre, et à la fin, même si certains étaient prêts à tout remballer, on s'offre un petit idi amin pour la route, histoire de clore en beauté ces 68 minutes. Bien sûr, le son aura connu des fortunes diverses, les guitares auront parfois été presque inaudibles, mais cela reste un excellent concert de Warum Joe, et on n'en connaît pas beaucoup qui regretteront d'être venus - au contraire des absents, qui doivent s'en mordre les doigts !

 

Set-list :

  1. peine totale
  2. datcha
  3. tchang
  4. bogota
  5. peste noire
  6. love me tendo
  7. gesellschaft
  8. mauser fucker
  9. l.h.o.
  10. kriegspiel
  11. bloody mary
  12. loto critique
  13. dernière spéciale
  14. carpates show
  15. rats de marée
  16. ice scream
  17. desert beagle
  18. les avortons
  19. l'aigle noir
  20. les feux de l'amour
  21. rockers
  22. le camionneur
  23. idi amin

 

La suite, c'est au Petit Bain, ce samedi, avec Dear Deer qui ouvrira pour les Tétines Noires.