Date : mercredi 17 octobre 2018

 

On peut continuer à écrire des compte-rendus de concert, même lorsqu'on s'est fait pirater son mail, la preuve : il suffit de créer une nouvelle adresse, et de retrouver tout son carnet d'adresses...

En ce mardi soir, on se dirige vers l'Alhambra, on avait presque oublié l'adresse, plus de six ans après un concert des Blood Red Shoes, et comme le concert est annoncé à 20h, on rentre dans la salle pour 19h55, ce qui nous laisse trois minutes avant que les lumières ne s'éteignent : le timing va être tenu, ce soir, et en cette fin d'été qui n'en finit plus, cela nous rassure quant à la capacité à rentrer à une heure raisonnable après le set - sans pour autant demander à ce que celui-ci soit expédié, bien sûr !

 

On les avait trouvés en grande forme il y a trois ans au Trabendo, ce soir on va rapidement se rendre compte que les Radio Birdman australiens continuent à péter la forme, et comme ce laps de temps m'a permis de me familiariser un peu plus avec la discographie (plutôt clairsemée, depuis quarante et quelques années) d'un sextet dont la moitié des membres est d'origine (chant, guitare et clavier), et dont le bassiste Jim Dickson, s'il n'est pas d'origine, reste un compagnon de route ancien, puisqu'il a dû faire partie de la moitié des groupes australiens... Il ne faut pas se mentir, si la salle est plutôt bien remplie, la moyenne d'âge en est plutôt élevée, mais cela ne va pas empêcher de sentir une belle fièvre, et ce dès le do the pop introductif, qui réussit le tour de force d'être à la fois énergique (le groupe a toujours été catalogué comme proto-punk, dans la lignée des MC5 et autres Stooges) et sacrément mélodique, j'irais même jusqu'à pop parfois, sans pour autant jamais céder à la moindre once de mièvrerie. Les cheveux des musiciens sont aussi blancs que ceux des spectateurs, mais on voit sur leurs visages qu'ils ne sont pas en pilote automatique, le bassiste passe son temps à grimacer tandis que Denis Tek, le guitariste d'origine aux faux airs de Paul Weller, restera totalement concentré, voire hargneux, tout au long du set. Si le claviériste reste comme toujours très stoïque derrière sa cravate et son instrument, le batteur ne jouera pas les utilités et le "jeune" guitariste au crâne bien lisse se partagera les parties de lead et de rythmiques avec Denis Tek. Le groupe a tendance à ne pas perdre de temps, il enquille les morceaux sans beaucoup se poser, et comme on n'entend guère le clavier, hormis nettement sur un descent into the maelstrom ou plus sporadiquement au fil du set, il s'avère très rare que la référence citée plus haut varie et vacille du côté des Doors, même si la voix de Rob peut parfois (pas trop souvent, heureusement) évoquer celle de Jim Morrison. Le plus souvent, on hésite plutôt entre Iggy Pop et Stiv Bators, tout dépend du degré de fragilité de l'organe, mais même lorsqu'on atteint les limites vocales, cela reste prenant et poignant de manière impressionnante. Une bonne partie du public maîtrise l'ensemble des textes par cœur, et cela sera évidemment encore plus flagrant dès lors qu'on attaquera les titres les plus anciens, parmi lesquels on ne manquera pas de mettre en avant le man with golden helmet ou le hand of law avec sa petite partie de pipeline inside... Toujours accroché à son pied de micro, Rob réussit à attirer l’œil sans trop en faire, visuellement parlant, il faut dire que le simple alignement des cinq musiciens (la batterie est derrière...) en front de scène est très réussie, et laisse une impression de puissance qui ne se dément jamais. Bien évidemment, c'est new race qui se taillera la part du lion , niveau applaudissements et cris de joie, mais je persiste à penser que l'interprétation du shot by both sides de Magazine, si elle n'est pas forcément une surprise (on y avait déjà eu droit en 2015), reste un énorme coup de poing, à la fois proche de l'original mais avec ce petit supplément d'âme qui fait que la reprise vaut largement la version première. Le temps s'écoule, les titres se suivent sans beaucoup d'interruption, hormis quelques tentatives plus ou moins réussies en français, qui verront un Denis Tek finalement plus à l'aise que Rob, ce dernier nus offrant même un lancement de morceau "un, deux, quatre, trois" avant de se rendre compte de son inversion numérique, qui le rendra plutôt guilleret d'ailleurs. Le groupe propose dans sa set-list beaucoup de titres anciens, mais également des moins vieux (le dernier album date de plus de douze ans), comme ce zeno beach qui ne fait pas tache au milieu des autres, preuve que si le groupe n'a pas trop produit, sa discographie reste intéressante de bout en bout. C'est également le cas du concert, l'intégralité de cette heure aura été exaltante, et comme on ne veut pas gâcher cette impression tout de suite, on file en direction du métro avant même que les Nashville Pussy n'entament leur prestation, on en a déjà eu largement pour notre argent, et on ne regrette même pas la brièveté du set ! Décidément, ces Australiens valent le coup d'oreille, qu'ils soient anciens ou bien plus récents, il doit y avoir un truc entre Melbourne et Sydney...

 

La suite, c'est le lendemain mercredi, avec une soirée au Supersonic comportant Warum Joe comme tête d'affiche.