Date : mardi 9 octobre 2018

 

C’est la première fois que je mets les pieds à la Salle Pleyel, lieu mythique du 8e arrondissement qui s’avère acoustiquement décevante (sans être affreux, le son ne sera jamais grandiose, on ressentira régulièrement des saturations incongrues) et surtout immense (on regretterait presque de ne pas avoir de jumelles), d'autant plus quand on a pris les places les moins chères (26€ tout de même, on n’est pas allé jusqu’aux 65€ du « Carré Or »), qui sont bien en face de la scène, mais bien au-dessus, et surtout la petite barre de protection tombe juste dans le champ de vision de ladite scène : vraiment pas de chance…

 

En guise d’amuse-bouche, c’est une certaine Joséphine qui entre sur scène à 20h pétantes, et qui s’installe, vu de loin, derrière un genre de barbecue fermé insolite en ces lieux, et nous annonce qu’elle va proposer de la poésie tirée d’Andrée Chedid ou Arthur H. Elle entame donc son set avec une reprise de padam padam (Piaf), précédemment reprise par Arthur H, d’ailleurs, et on comprend assez vite que l’emphase de la chose ne nous convient guère, et cela se confirmera tout au long des 25 minutes que durera ce set. Cependant, on découvrira que le pseudo-barbecue permet de jouer de la musique, il semble s’agir d’un handpan, qui permet en donnant l'impression de se réchauffer les mains de créer des sonorités instrumentales plutôt intéressantes, on n'ira pas jusqu'à dire que cela contrebalance totalement l'aspect indigeste de la prestation (la voisine de devant trouverait sans doute ce qualificatif indigne, mais on ne vit visiblement pas dans le même monde) , mais au moins cela aura permis de découvrir un instrument inconnu et improbable...

 

20 minutes d'entracte (on s'attend presque à voir passer les vendeuses d'esquimaux), et c'est Arthur H qui arrive sur scène, accompagné de son fidèle Nicolas Repac (guitares et presque tous les autres instruments) et d'un batteur, autant dire que le serment que l'on s'était fait il y a 7 ans (ne retourner voir Arthur H que s'il est seul en scène) est d'ores et déjà rompu. Le trio est là pour valoriser le dernier album en date du fils de Jacques, et commence d'ailleurs avec une brigade légère qui confirme l'impression de la Clef en 2011 : sans remettre nullement en cause le talent des musiciens, on a du mal avec ces morceaux qui flirtent plus ou moins avec le disco-funk, et si on apprécie toujours le phrasé et les textes du chanteur, on n'accroche pas forcément à ses musiques. Je dis "pas forcément", car si on a du mal avec le titre inaugural, certains titres tirés de ce "amour chien fou" valent le coup d'oreille, on pense par exemple à lily dale symphonie ou (surtout) à la boxeuse amoureuse, qui nous ramènent dans des univers proches de ce qui nous attire depuis de longues années chez le chanteur. Il y a la musique, donc, mais il y a aussi (et c'est souvent un plus) le bagou du bonhomme, qu'il s'attaque au 8e arrondissement et  ses habitants (et leurs grands appartements vides) ou qu'il parte dans des délires en ouvrant sa maison de poupée géante, et ces moments qui évoquent immanquablement son père permettent de ne pas perdre le fil du concert lorsqu'on reste froid devant un il/elle ou une reine de cœur. Le concert ne se contente pas d’égrener les nouveaux titres, il offre également quelques morceaux plus anciens, on a ainsi droit à un enchaînement merveilleux de est-ce que tu aimes ? et la lune, et si la musique de nosferatu n'est pas forcément emballante, elle permet une belle chorégraphie, et un jeu sur les lumières et les postures assez réussi. Malheureusement, lorsqu'on revient à la discoïde ma dernière nuit à new-york city, on se renfonce dans son siège, on attend encore et toujours mieux, et les amour chien fou ou moonlove fantaisie n'incitent pas forcément à en redemander lorsque le trio quitte la scène.

Pourtant, dès que les lumières se sont ré-éteintes, que les deux musiciens se sont ré-installés, et qu'Arthur a pris position derrière sa grande boîte à tout faire pour un long moment de marionnettes, on se demande où il veut en venir (certaines remarques mal-pensantes de sa part font pousser des petits "oh !" horrifiés aux spectateurs locaux du 3e âge ), mais on finit par comprendre lorsqu'il en vient à rendre hommage à son père, avec l'appui de sa fille Marcia, qui vient reprendre en duo un je ne peux plus dire je t'aime pour le moins poignant, ainsi qu'un mona lisa klaxon moins réussi, mais la gageure était de taille puisqu'il s'agissait souvent du moment de bravoure d'Higelin lors de ses concerts... Ces deux morceaux, à eux seuls, ne sont pas loin de rentabiliser la soirée, car si le trio sortira une nouvelle fois de scène avant un second rappel, les titres qui suivront et finiront la soirée ne seront évidemment pas du même niveau. Mais lorsque les lumières se rallumeront définitivement, on s'apercevra que les 2h45 de set ont été atteintes, il n'y a pas eu moquage du monde, et si on n'a pas été emballé par la majeure partie des musiques, certains moments ont permis de totalement relever le niveau, et même d'atteindre des sommets. Au final, on repart de là avec sensiblement la même impression qu'il y a sept ans, avec tout de même la confirmation que le chanteur ne reviendra plus jamais sur les pistes de cool jazz qui rendent ses premiers albums (et ses anciens concerts) inoubliables...

 

La suite, c'est un apéro-concert dès ce mercredi soir, avec René Binamé au Berbère Rock Café.