Date : mercredi 26 septembre 2018

 

Le Trianon affiche complet en ce mercredi soir, pourtant la salle semble presque vide lorsqu’on y entre sur les coups de 19h45, seuls les bars sont quasi-inaccessibles, on en profite pour se dégotter un petit coin de moquette tranquille pour s’y poser avant que les hostilités ne démarrent.

 

C’est un trio qui débarque sur scène, peu après 20h, avec un bidouilleur, une chanteuse/hurleuse et un chanteur/déclameur, ces deux derniers accompagnant le premier nommé, à tour de rôle ou ensemble, aux diverses machines et moyens de sonorisation à leur disposition. Au programme, ce que l’on peut appeler de la techno-noise expérimentale, ce qui se traduit par une rythmique incessante et imposante, des sonorités agressives, stridentes et globalement dérangeantes, et plus généralement une tentative de déconstruction sonore plutôt réussie, tout cela derrière (ou avec) deux manières de gérer le micro bien distinctes : la chanteuse relativement exubérante crie et hurle des textes et slogans de manière répétitive, tandis que son comparse plus posé joue plus du côté inquiétant de son phrasé. Ce qui est donc finalement surprenant, c’est que le mélange de toutes ces choses plutôt pertinentes me laisse pour le moins froid, et que je n’adhère vraiment pas à ce que nous propose Consumer Electronics, et je ne dois pas vraiment me tromper lorsque je dis qu’une majorité de spectateurs ne serait pas aussi indulgent que moi… Les 37 minutes bruitistes proposées n’auront donc pas fait l’unanimité, mais je persiste à penser qu’il doit y avoir des choses à retenir de ce trio, et qu'il va falloir fouiller un peu dans son catalogue...

 

On se remet assez rapidement de cette demi-déception, car on est surtout (uniquement ?) venus pour assister à la prestation des Sleaford Mods, un duo anglais pour le moins prolifique (une petite dizaine d’albums et le double de EP en une grosse dizaine d’années) que l’on a déjà eu le plaisir de voir sur scène 3 fois depuis 2015 ! Autant dire qu’on est dans le passage obligé et annuel ce soir, le groupe profite de la sortie d’un EP 5 titres éponyme (malheureusement, il n’y a pas de stand de merch’ ce soir) pour nous proposer un mélange de nouveaux titres (les deux premiers du set semblent d'ailleurs encore inédits) et de morceaux bien plus anciens, remodelés au goût du jour bien sûr. On connaît la formule : Andrew lance les musiques sur son laptop, et se contente ensuite d'osciller en faisant un sort à sa canette de bière, tandis que Jason occupe le reste de la scène, et attire l’œil tant par ses grimaces que par ses attitudes, ses déhanchés, son auto-dérision flagrante, le tout sans beaucoup perdre son large sourire. On sent ce soir plus de volonté d'échanger avec le (ou plutôt de parler au) public, il y a de la bonne ambiance dans l'air, indépendamment du contenu des textes (pour le moins acerbe et virulent) que distille Jason, cela incitera le public pas vraiment jeune (on ne croise pas de moins de 30 ans !) et relativement propre sur lui à balancer des bières par pintes entières, autant dire que le pouvoir d'achat (les billets à presque 29 € et la pinte à 7 €) est plutôt élevé, et qu'on est assez loin des punks de la Comedia, voire même des spectateurs des derniers concerts du duo à Paris ou Pantin. Cela étant, il suffit de se concentrer sur ce qui se passe sur scène (on oublie les incessants passages de spectateurs qui stage-divent ou qui viennent se faire prendre en photo avec Andrew...) pour apprécier la soirée, car même si toutes les musiques sont pré-enregistrées, la présence vocale et physique du chanteur ne peut laisser indifférent. Les titres que l'on ne maîtrise pas encore valent le coup d'oreille (stick in a five and go, bang someone out), et si le son du groupe n'a pas été métamorphosé, on sent quelques petites évolutions, tant dans le phrasé du chanteur que dans la présence de quelques passages presque planants ou plus posés qu'à l'habitude, mais on le répète cela ne modifie en rien la qualité de la chose. Le groupe joue sur du velours avec ce public, mais on ne peut blâmer les spectateurs d'applaudir à fond un moptop ou un jolly fucker, tant la version live apporte d'ampleur à des morceaux qui n'en manquent pourtant pas en version studio, il faut dire également que l'acoustique des lieux est très bonne ce soir. Les titres s'enchaînent, pas forcément trop rapidement puisque visiblement Jason veut profiter des réactions du public, mais après un gallows hill lui aussi tout neuf, le duo quitte la scène, après 55 minutes au bout desquelles personne n'imagine qu'il ne puisse y avoir de rappel, puisque les tubes attendus ne sont pas encore tous passés dans les enceintes.

D'ailleurs, Andrew et Jason ne font pas durer le suspense, ils reviennent très vite, et démarrent ce rappel avec un fizzy toujours aussi percutant, mais y a-t-il eu un seul instant de mollesse dans la set-list du soir ? Jobseeker semble avoir été trempé dans le piment, tied up in nottz ne calme pas vraiment les ardeurs, et si tarantula deadly cargo est devenu un incontournable des tournées du duo, ce n'est pas pour rien. Comme de bien entendu, le groupe termine sa prestation sur un tweet tweet tweet qui semble lui aussi reboosté, et on peut attendre en vain après que les lumières se soient rallumées, il faut se rendre à l'évidence, on en restera là, après une heure et quart toujours aussi impressionnante : le duo ne semble pas se lasser des tournées, on n'a pas le sentiment qu'il triche le moins du monde, et on se demande juste quand on va trouver le temps d'aller récupérer le dernier EP en date... Et soyons sûr que lorsque le duo reviendra, on sera encore bien là !

 

Set-list probable :

  1. Flipside
  2. Subtraction
  3. Stick in a five and go
  4. Moptop
  5. Just like we do
  6. Giddy on the ciggies
  7. Tcr
  8. Joke shop
  9. Bang someone out
  10. From rags to Richards
  11. Routine dean
  12. Jolly fucker
  13. You’re brave
  14. Bhs
  15. Dregs
  16. Gallows hill
  17. Rappel : Fizzy
  18. Jobseeker
  19. Tied up in nottz
  20. Tarantula deadly cargo
  21. Tweet tweet tweet

 

 

La suite, ça pourrait être la semaine prochaine, avec Pierre et Bastien à l’Olympic et/ou Klink Clock à la Clef, à défaut cela ne serait que d’ici une petite quinzaine de jours, avec Arthur H qui va nous faire découvrir la Salle Pleyel.