Date : vendredi 21 septembre 2018

 

Il ne fallait pas arriver en retard au Petit Bain en ce vendredi soir, car les groupes ont fait plus que respecter les horaires, puisqu'ils les ont même anticipés. Résultat : les cinq minutes de battement avant le début des sets se transforment en une petite minute de retard, et je rate l'arrivée sur scène du premier groupe...

 

Comme il s'agit de Plomb, groupe que l'on a reçu à Konstroy dimanche dernier et déjà largement apprécié sur scène depuis deux ans, on s'en veut un peu, mais on oublie tout pour profiter à plein du concert, évidemment largement centré sur le premier album "at ease" du quintet, qui en fête ce soir la sortie sous forme de release party de choix. On constate immédiatement que chacun des musiciens est au taquet, et que le groupe a pris une assurance certaine, les morceaux sont puissants, carrés, et si on regrette encore des transitions encore balbutiantes, cela ne fera jamais baisser le niveau de tension créé par les titres exécutés. Les morceaux les plus anciens (crazy monkeys, run away) ont trouvé une assise impressionnante, tandis que les plus récents ont eux aussi bénéficié à plein des concerts que le groupe a pu effectuer au fil des mois. Et que dire des nouveaux titres encore inédits ? Entre envision (dont le chanteur ne maîtrise pas encore totalement les paroles, il en a la transcription écrite à la main) et alarm, nul doute qu'un spectateur lambda ne ferait aucune différence avec le reste de la set-list, car même s'ils ont été encore peu ou pas joués sur scène, ils envoient eux aussi du lourd, et montrent que les musiciens sont très cohérents entre eux, et réussissent à apporter le meilleur au collectif : le clavier réussit à être d'une extrême pertinence, en demeurant dans des sonorités qui m'évitent la moindre contrariété, tandis que le guitariste est, depuis la première fois que j'ai vu le groupe sur scène, à la fois presque placide et soniquement brillant. La section rythmique, quant à elle, est un roc, rapide, costaud, et l'ensemble permet au chanteur de laisser libre cours à son inspiration, il n'hésite pas à arpenter la scène, à danser, faire des grimaces, et fera même un petit passage dans la fosse (il y sera mis à rude épreuve, d'ailleurs). Nul doute donc que cette prestation incitera les spectateurs à se rapprocher du merchandising pour se jeter sur l'album flambant neuf, en tout cas le groupe aura fait ce qu'il fallait pour ! Et histoire de clore les trois quarts d'heure sur une note humoristique et improbable, c'est Devo qui est convoqué en guise de touche finale, avec un uncontrollable urge (rebaptisé la pisse pour l'occasion) qui permet au chanteur de jouer visuellement du thème de la chanson, et au groupe entier de se lâcher sur des chœurs eux aussi bien décalés par rapport au post-punk habituel du groupe : visiblement, cette ultime offrande est largement appréciée dans la salle, qui sans être bondée est tout de même assez largement remplie, ce qu'on apprécie, et les lumières peuvent donc se rallumer sur une multitude de visages ravis, preuve que les spectateurs ont été attentifs et conquis, et n'étaient pas venus uniquement pour la tête d'affiche.

 

Set-list :

  1. parted minds
  2. crazy monkeys
  3. electric sheep
  4. cup of tea
  5. envision
  6. at ease
  7. unity
  8. alarm
  9. twenty seven
  10. run away
  11. daddy's gone mad
  12. death row
  13. la pisse (uncontrollable urge)

 

Car même si Plomb organisait ce soir sa petite fête, il faut garder à l'esprit que c'est bien le quatuor anglais Crisis qui a rameuté la majeure partie du public, même s'il était déjà à Paris en février (au Trabendo, avec Frustration, le Petit Bain ayant pris l'eau à l'époque). En une demi-année, on note que le batteur a été remplacé par une batteuse, et si cet hiver on sentait encore une certaine retenue sur scène, ce soir l'évolution est évidente, le trio basse-chant-guitare en front de scène est en mode commando, et peut se le permettre tant la cohésion semble de mise, et les hésitations qui transparaissaient à l'époque se sont totalement évaporées. Emmené par un chanteur qui a désormais intégré et assumé son statut, le quatuor nous propose une set-list sensiblement équivalente à celle du Trabendo - il faut se souvenir que le groupe, actif de 1977 à 1980, n'a pas enregistré grand chose sur cette période. Entamant son set (avec dix minutes d'avance !) avec un back in the ussr bien puissant et sombre (on comprend immédiatement le lien avec nos chouchous de Frustration !), le groupe enchaîne les titres, tous connus par cœur dans la fosse, et la comparaison avec le semi-bootleg du Trabendo rend la prestation de ce soir encore plus impressionnante. Pour être bref, il n'y a pas le moindre moment de faiblesse dans la set-list, impossible de profiter d'un titre pour aller se vider ou se remplir, il ne faut pas en rater une miette, et le public bien actif dans la fosse se voit récompensé de cette attention, puisque le quatuor ne se contente plus de jouer les classiques :  la set-list se voit complétée de deux titres absents en février, et tant dead on the shelf que escalator s'intègrent sans aucune difficulté aux titres mythiques. Le groupe ne se repose donc nullement sur ses lauriers, et cela nous offre une grosse heure de bonheur total, et il serait difficile de retenir un titre plutôt qu'un autre : entre un red brigades chanté avec le concours d'un mégaphone et un kill kill kill aussi punk qu'on l'imagine, entre le white youth et le frustration qui a donné des idées à certains, impossible de trancher, il fallait juste profiter de tout. En guise de cerise sur le gâteau, et même si chacun s'en doutait un brin, c'est Fabrice (de Frustration, vous l'aurez deviné) qui vient chanter sur holocaust, et ce n'est pas ce dernier titre de la set-list qui serait de nature à faire baisser la température ! Et comme le temps est compté, le chanteur de Crisis ne fait pas semblant de retourner en coulisses pour attendre le rappel, le groupe revient immédiatement sur scène, pour un ultime kanada kommando, histoire de terminer en beauté et de permettre au public de repartir enchanté, ou plutôt de grimper d'un étage pour profiter du DJ set de Frustration (Junior et Fabrice, accompagnés d'Alban Relax-O-Matic) avant de replonger dans le quotidien des transports en commun... Dans tous les cas, une excellente et très cohérente soirée, qui a surpassé nos attentes, qui pourtant étaient immenses !

 

Set-list :

  1. back in the ussr
  2. no town hall
  3. pc 1984
  4. white youth
  5. alienation
  6. dead on the shelf
  7. on tv
  8. escalator
  9. afraid
  10. laughing
  11. the hammer and the anvil
  12. militant
  13. red brigades
  14. brückwood hospital
  15. kill kill kill
  16. all alone in her nirvana
  17. frustration
  18. uk '79
  19. holocaust
  20. Rappel : kanada kommando

 

La suite, ce sera ce mercredi, avec le retour de Sleaford Mods au Trianon.