Date : mardi 18 septembre 2018

 

Concert de rentrée pour moi en ce mardi soir de fin d'été (interminable, cette année) au Supersonic, en version toujours gratuite, avec une salle qui prendra le temps de se remplir mais qui finira par être quasi bondée - on ne s'en plaindra pas, et les spectateurs n'auront pas eu tort de se déplacer...

 

Pour démarrer, c'est un trio mexicain qui officie, Tajak de son petit nom, vendu comme un mélange de shoegaze et de noise psychédélique expérimentale, et si certains titres valent le coup d'oreille, évoquant par exemple un Jessica 93 en plus sombre et moins obsédant, on trouvera par ailleurs quelques parties flirtant bien plus avec un genre de prog, mâtiné de quelques envolées de guitare bien rentre-dedans. Si le duo basse-batterie officie de manière relativement classique, le guitariste use et abuse d'effets multiples et incessants, ce qui peut finir par lasser. Vous l'aurez compris, je suis loin d'être convaincu par cette prestation essentiellement instrumentale (le chant n'est qu'anecdotique), le titre final étant symptomatique  des défauts du groupe : c'est loin, voire interminable, et comme cela ne nous a emmené nulle part, on laisse le groupe quitter la scène sans vraiment chercher à le retenir.

 

On continue à voyager, mais bien moins loin, avec le trio (encore, oui) berlinois de Bechamel, dont le guitariste se "contente" de jouer tandis que la bassiste et la batteuse (francophone, pour le moins) se partagent les micros, avec des textes qui évolueront de l'anglais au français en passant par l'allemand... La notion d'europunk avancée par le groupe tient sans doute à cette mixité vocale et géographique, et si certains titres peuvent rappeler les Pixies (sans Franck Black, ça pourrait se laisser écouter), d'autres évoquent singulièrement les girls band bien énervés, qu'on a connus par ici sous la forme par exemple des Fury Furyzz ou de Tu Seras Terriblement Gentille il y a quelques années. Qu'on ne se leurre pas : le groupe n'invente formellement pas grand chose, mais on ne peut nier qu'il est sacrément énergique, et qu'en dépit d'une attitude assez propre (y compris avec un set parsemé de pains), il envoie bien la sauce. Et si ces trois quarts d’heure se seront avérés plutôt agréables, on ne le niera pas, on peut tout de même se demander ce que l'on en retiendra d'ici quelques jours...

 

Mais la majeure partie du public est surtout venue pour le quatuor qui arrive (enfin ?) sur scène, en (pas si) droite ligne de Melbourne, Australie : Amyl and the Sniffers va nous proposer son "Rock'n'Roll Pub Punk", les trois musiciens (guitare-basse-batterie) à forte tendance capillaire de type mullet de la plus belle espèce entourant une petite chanteuse pour le moins tonique et tout en blanc. Il ne faut que quelques secondes pour que la salle s'enflamme, il faut dire que si la musique mélange énergie punk incessante et quelques riffs hard-rock pas si insupportables car presque amateurs et rigolos, l'Amyl en question, outre un chant bien rock/rauque dont la maîtrise n'est pas l'essentiel, attire indubitablement l’œil, tant elle saute partout en permanence, agite sa crinière blanche sans cesse, et ne laisse personne s'endormir dans la salle. Dès le troisième titre i'm not a loser, elle se lance dans un stage diving improvisé, ce qu'elle renouvellera plus tard, allant jusqu'à se retrouver tête en bas, tenue par les pieds par les spectateurs du balcon... Ici, on sent que les musiciens sont heureux sur scène et bien à fond, et pour cette première en France, la chanteuse elle aussi a toujours le sourire aux lèvres, et elle n'est pas la seule : le public, dans son ensemble, réagit avec ferveur à cette monumentale claque venue des antipodes, ça slamme, ça crie, ça applaudit, ça danse, le taux de sueur est bien élevé, et nul doute que le bar en profite à plein. On constate également qu'une bonne partie du public maîtrise la (encore maigre) discographie du groupe, chaque introduction étant appréciée de manière impressionnante. On comprend mieux pourquoi le ban et l'arrière-ban du punk parisien ont été convoqués ici ce soir, cela faisait longtemps qu'on n'avait pas eu cette sensation de faire partie des happy few, tant les absents vont regretter de ne pas être sortis de chez eux ! Et si, après pas loin de trois quarts d'heure, le groupe donne l'impression qu'il va quitter la scène, la pression conjuguée de la chanteuse et des spectateurs pousse les musiciens à rester sur place et à nous offrir deux derniers titres, et on peut dire que c'est l'apothéose : déjà, some mutts valait un rappel à lui tout seul, mais quand vous lui adjoignez une reprise du deceptacon (Le Tigre), sans le moindre clavier mais avec la même énergie que la version originale, on peut supposer que chacun est au nirvana au bout de cette petite heure. Autant dire que lorsque/si le groupe revient en France, le bouche-à-oreille fera que la salle devra être bien plus grande - ou qu'il faudra vraiment arriver tôt si on veut entrer... Une découverte telle que l'on en n'avait pas fait depuis bien longtemps !

 

Set-list approximative :

  1. Mole (Sniff Sniff)
  2. Starfire
  3. I'm Not a Loser
  4. Westgate
  5. Stole My Push Bike
  6. Mandalay
  7. Blowjobs
  8. Balaclava Lover Boogie
  9. 70's Street Munchies
  10. Cup of Destiny
  11. Monsoon Rock
  12. Rappel : Some Mutts
  13. Deceptacon

 

La suite, ce sera ce vendredi soir, au Petit Bain, avec la release party de Plomb, qui s'offre Crisis en co-tête d'affiche, ça devrait le faire aussi...