Date : samedi 28 juillet 2018

 

C'est samedi soir, et si les températures ont un peu baissé, la soirée qui s'annonce à la Féline s'annonce brûlante, et pour cause : c'est la dernière, le bar ferme ses portes, miné par toutes les tracasseries administratives qui ont émaillé ses douze années de vie. Pour l'occasion, les habitués ou hôtes plus occasionnels du lieu sont de sortie, suffisamment tard pour qu'en début de soirée la rue soit calme, mais on s'apercevra après les concerts que la foule de mardi dernier était ridicule, et que c'est quasiment l'ensemble de la rue Victor Letalle qui est occupée...

 

Il n'empêche qu'il vaut mieux s'installer tôt dans le bar si on veut espérer avoir une place pour assister aux concerts prévus, car ce soir la salle ne désemplira pas, et ce d'autant moins qu'assez rapidement des difficultés au niveau des tireuses à bière apparaissent, ce qui ajoute les buveurs, assoiffés et agglutinés au bar, à la densité déjà importante de spectateurs. Pour entamer cette dernière, c'est un quatuor "classique" (2 guitares, basse, batterie) qui arrive sur scène, visuellement voir les trois gratteux sur le devant de la scène avec leurs chapeaux est réussi (Yo, derrière ses fûts, est sous une habituelle casquette), mais je dois dire que très vite ce que nous propose Smash ne m'enchante pas plus que cela. En cause, non pas la qualité des musiciens, les titres proposés sont la plupart du temps bien carrés, qu'il s'agisse des reprises (on a cru reconnaître keep on dancing ou sweet soul music, mais sans garantie...) ou des titres que l'on supposera originaux. De plus, le son évoque souvent les Who, période "Tommy", mais en insistant bien plus sur les guitares que sur le chant, souvent submergé par celles-ci, et le groupe qui se présente comme "hard-soul 60's-70's" semble faire sacrément plaisir à une bonne partie du public, les cris fusent de partout, ce qui me laisse pour le moins dubitatif. Cerise sur le gâteau, le groupe termine sa cinquantaine de minutes avec une version mi-Who mi-Hendrix de strawberry fields forever, qui me fait presque regretter l'originale, c'est vous dire à quel point je souffre ! Mais cela n'est pas fini, le groupe incite Pat à venir s'emparer d'un micro, avec également le chanteur de Beef Paradise qui s'incruste, pour une reprise de wild thing (Troggs) en guise de rappel réussissant à la fois à ralentir le tempo, à extirper l'énergie, et à ne même pas être suffisamment lourd pour compenser tout cela. Bref, un final qui ne relève pas le niveau général, je me suis ennuyé, mais comme je le disais au début, je n'ai pas quitté ma place, car c'est pour le second groupe que j'ai pris le métro (eh oui, la fermeture annuelle du RER a démarré !) pour venir ici ce soir...

 

Car la prestation prévue des Beef Paradise a déjà ceci d'extraordinaire qu'elle était totalement improbable, le groupe ayant cessé ses activités il y a cinq ans, mais pour cette occasion le quartet s'est reformé, emmené par un chanteur pour le moins présent et efficace. Le groupe joue un "rock'n'roll" bien speedé, dont on avait conservé des souvenirs émus et puissants, et comme toujours on flirte parfois avec le psycho à la Washington Dead Cats, sans cuivres, mais on est loin de la copie, le groupe possède (possédait, malheureusement) sa patte sonore, et si on regrette un brin la difficulté à enchaîner les titres, on comprend et pardonne rapidement en se souvenant que cette reformation n'a sans doute pas été facile à effectuer, tout comme les quelques pains qui parsèment les titres, y compris sur une phénoménale version du new kind of kick des Cramps, qui incite le groupe à allonger la durée alors que les autres morceaux joués sont plutôt concis. Ce qu'on retient de cette prestation, en plus des appels (vains) à ce que tout le monde termine torse nu, c'est l'énergie qui transcende le set de trois quarts d'heure, le plaisir qui se lit sur tous les visages, anciens comme bien plus jeunes, et on n'est même pas étonné lorsque le chanteur se retrouver à slammer (la hauteur de plafond est limitée, il prend des risques !), emporté par des spectateurs aussi enthousiasmés que les musiciens semblent heureux d'être là ! Et pour les plus heureux, le groupe distribuera gratuitement quelques uns de ses derniers vinyles - zut, j'étais bien trop loin pour en hériter d'un...

Et avant que tout le monde se rue dehors pour respirer (ou au bar pour récupérer des litres perdus), c'est Pat qui nous fait une petite déclaration (on est loin du discours) mi-émotion mi-militante, remerciant tout le monde tout en incitant les spectateurs à faire en sorte de se bouger pour que de tels lieux ne soient pas obligés de fermer - Paris la nuit c'est fini, qu'ils chantaient... Merci la Féline, merci Pat, et espérons que d'autres reprendront le flambeau !

 

La suite, ce sera normalement la prestation des Magnetix, samedi prochain au Supersonic.